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Actu Maroc

La rage sévit encore au Maroc, des efforts restent à faire pour son éradication totale


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Dimanche 4 Octobre 2020

Malgré les efforts déployés pour la lutte contre la rage au Maroc, la transmission de la maladie sévit encore à cause d’une gestion inefficace de la population canine.



La rage sévit encore au Maroc, des efforts restent à faire pour son éradication totale
Depuis que Louis Pasteur a découvert le vaccin contre la rage en 1885, le fléau a été grandement maîtrisé à travers le monde. La Journée mondiale de lutte contre la rage célébrée le 28 septembre de chaque année est, de ce fait, un moment pour commémorer cette avancée sanitaire majeure et pour faire le bilan de la lutte contre cette zoonose qui, malheureusement, continue de sévir, notamment au Maroc. « Finissons-en avec la rage : collaborons et vaccinons » est le slogan retenu cette année pour cette Journée mondiale. Le nombre de cas de rage est passé de « 31 en 2007 à une moyenne de 18 cas ces cinq dernières années », souligne un communiqué du ministère de la Santé publique diffusé récemment. « Au Maroc, l’écrasante majorité des cas de rage transmis à l’Homme est causée par les chiens. Le seul moyen d’éradiquer la rage au Maroc passe donc par une bonne gestion de la populationcanine », précise Dr Yassine Jamali, vétérinaire.

Abattage des chiens errants
« La stratégie menée ces dernières décennies n’a pas été couronnée de succès, car elle s’est appuyée sur l’abattage des chiens errants. Or, nous savons maintenant que ce n’est pas la bonne méthode », confie pour sa part Dr Jamal Bakhat, chef de division d’hygiène et de contrôle sanitaire à Tanger et président de la Société Marocaine des Médecins d’Hygiène et de Salubrité Publique (SMMHSP). « Cette stratégie a quasiment tout mis à la charge des communes qui doivent ainsi faire les captures des chiens, acheter des produits d’euthanasie et assurer les vaccinations au niveau des bureaux d’hygiène », poursuit Dr Bakhat qui souligne que « d’autres axes complémentaires comme la mise en place d’une stratégie de ramassage des ordures –qui attirent les chiens errants- n’ont pas été développés ». Le médecin d’hygiène explique par ailleurs que les campagnes de vaccination des animaux domestiques dans le milieu rural n’ont pas apporté beaucoup de résultats, car les chiens y sont difficiles à capturer.

Une convention en stand-by
En 2019, le ministère de l’Intérieur a pourtant fixé un nouveau « cadre réglementaire de coopération entre le ministère de l’Intérieur, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires et le Conseil de l’Ordre national des vétérinaires dans le domaine de la prévention des maladies dangereuses transmises par les chiens et les chats errants, en particulier la rage ». Cette convention qui était supposée mettre fin définitivement aux campagnes d’éradication de chiens errants par empoisonnement et par abattage aux armes à feu est pourtant encore inactive. « Notre pays est arrivé à une phase où il semble vouloir abandonner des méthodes de gestion de la population canine qui sont obsolètes, cruelles et surtout inefficaces pour adopter une méthode plus éthique, mais surtout qui apporte de bons résultats. Cette volonté louable est malheureusement encore peu concrétisée vu que plusieurs communes continuent à recourir à l’abattage des chiens errants », confie Ahmed Tazi, président de l’Association de Défense des Animaux et de la Nature (ADAN).

Gestion de la population canine
La méthode de gestion des chiens errants que le ministère de l’Intérieur semble vouloir généraliser et qui a fait ses preuves dans plusieurs pays à travers le monde est appelée TNR (Trap Neuter Release). « Le TNR permet de transformer des chiens qui peuvent être dangereux ou porteurs de la rage en véritables agents sanitaires », commente Dr Jamal Bakhat, président de la SMMHSP (voir repère). « Pour améliorer les efforts de lutte contre la rage, il est à mon sens nécessaire de faire un recensement de la population canine au Maroc, d’appliquer le TNR dans les villes et d’opter pour la vaccination oral (appâts vaccinaux) au niveau du rural », suggère l’hygiéniste qui souligne que le ministère de l’Intérieur a lancé la mise en place de centres d’hygiène intercommunaux qui permettent d’élargir l’accès aux vaccins dans le milieu rural. « Je pense qu’il est également primordial que le ministère de la Santé installe des centres de vaccination au niveau des centres de santé situés dans les cercles ruraux où il n’y a pas de bureaux d’hygiène », explique Dr Bakhat. « Les décès qui sont dus à la transmission de la rage ont le plus souvent lieu dans ces régions qui ne disposent pas de bureaux d’hygiène et où les centres de santé ne font pas de vaccination », conclut-il.

Oussama ABAOUSS

Encadré

Kyste hydatique : l’autre maladie mortelle véhiculée par les chiens
Si la rage est le danger le plus connu que le monde entier tente d’endiguer à travers la gestion des populations de chiens errants, il existe une autre maladie tout aussi dangereuse, qui sévit par le même schéma de transmission. « L’échinococcose ou kyste hydatique, maladie parasitaire transmise par le chien à l’homme et aux animaux domestiques, est beaucoup moins connue. Pourtant, elle cause autant de décès que la rage, soit un peu plus d’une vingtaine par an », explique Dr Yassine Jamali, vétérinaire. Cette maladie cause par ailleurs des pertes économiques non-négligeables : 10 millions de DH d’organes saisis aux abattoirs et détruits chaque année. « Il ne faut pas oublier les «pertes occultes» représentées par les dizaines de milliers de vaches, chèvres, moutons légèrement atteints par le kyste hydatique, qui ne développent pas de maladie apparente, mais ont une production de lait, viande, laine réduite, car ils sont affaiblis », poursuit le vétérinaire. Pour éliminer la propagation de ce parasite, il est nécessaire d’agir sur le vecteur de propagation de ce parasite, les chiens errants qui vivent dans les milieux ruraux. « Il est possible de capturer des chiens en ville, car ils peuvent par exemple être acculés dans une ruelle avec notamment l’utilisation de filets. En rase campagne, dans des milieux ouverts, il est souvent impossible de les capturer pour les vacciner », précise Dr Yassine Jamali pour qui le seul moyen efficace passe par l’utilisation d’appâts vaccinaux qui contiennent des vaccins contre la rage et également contre le kyste hydatique

3 questions au Dr Yassine Jamali, vétérinaire

Yassine Jamali
Yassine Jamali
« Les appâts vaccinaux ont prouvé leur efficacité dans plusieurs pays »

Agriculteur et vétérinaire, Dr Yassine Jamali a répondu à nos questions à propos de la lutte antirabique et de la gestion de la population des chiens errants au Maroc.

- Quelle est votre évaluation globale des efforts de lutte contre la rage au Maroc ?
- Depuis quelques années, le nombre annuel de décès causés par la rage est quasiment le même. En revanche, le nombre de morsures est en croissance, tout comme la population de chiens errants dont les nombres sont corrélés au nombre d’habitants et aux niveaux de consommation. La méthodologie de gestion de la population canine n’est pas encore établie à 100%. Si le ministère de l’Intérieur semble opter pour la TNR (capture, stérilisation, antiparasites, vaccin puis relâche), plusieurs communes continuent à faire des abattages. La volonté de passer vers la TNR est là, mais les divers acteurs peinent encore à coordonner leurs efforts.

- Quelles méthodes devraient, selon vous, être utilisées dans la gestion des chiens errants au Maroc ?
- Les villes sont condamnées à avoir des chiens errants tant qu’elles auront des ordures. Si nous tuons la population de chiens errants d’une ville, elle sera vite remplacée. Donc, la meilleure solution est le TNR. Le milieu est ainsi saturé de chiens qui ne peuvent pas se reproduire et qui ne constitue plus un vecteur de propagation de la rage puisqu’ils ont été vaccinés. Dans le milieu rural, au vu de la difficulté de capturer des chiens errants, la meilleure solution passe à mon sens par les appâts vaccinaux.

- Les appâts vaccinaux ont-ils prouvé leur efficacité ?
- Les appâts vaccinaux ont prouvé leur efficacité dans plusieurs pays qui ont pu éradiquer la rage par ce moyen. Il s’agit de petits cubes qui contiennent un vaccin et qui sont simplement éparpillés dans la Nature. Les chiens les consomment et sont ainsi vaccinés sans besoin de les capturer.

Recueillis par O. A.

Repères

Capture, stérilisation, relâche
Le TNR (Trap Neuter Release) est une solution pour contrôler les populations des animaux errants ; elle s’applique aussi bien aux chiens qu’aux chats et consiste à capturer les animaux, à euthanasier -si nécessaire- les plus dangereux, et à stériliser et vacciner les individus restants pour les relâcher dans les territoires où ils ont été prélevés. Elle se révèle comme le « seul moyen de faire diminuer les populations d’animaux errants autant que les dépenses de l’État en vaccins antirabiques et en soins médicaux ».
Conseils du ministère de la Santé
Afin de lutter contre la rage, le ministère de la Santé appelle à la vaccination des chiens domestiques et à adopter les bons réflexes : en cas d’exposition à un animal suspect, il est nécessaire de laver soigneusement la lésion avec du savon et de l’eau dans les 15 minutes suivant la morsure et de se rendre au centre antirabique le plus proche. Le ministère conseille aux enfants de ne pas jouer avec des animaux inconnus, même s’ils paraissent doux et les encourage à signaler tout contact, morsure ou griffure par un animal inconnu ou suspect.

  


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