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Nizar Baraka : “Il est temps de revoir la répartition des richesses”


Rédigé par Amine Ater le Mercredi 5 Mai 2021

La dernière édition des « Hadiths Ramadaniens », de la Fondation Lafquih Titouani, a été l’occasion pour Nizar Baraka de présenter une partie de la feuille de route de l’Istiqlal pour le scrutin à venir. Il en ressort une vision fortement imprégnée des valeurs égalitaristes chères aux héritiers de Allal El Fassi.



La dernière édition des « Hadiths Ramadaniens » organisée par la Fondation Lafquih Titouani a accueilli Nizar Baraka, Secrétaire général du parti de l’Istiqlal, le lundi 3 avril. L’occasion pour ce dernier de présenter sa feuille de route pour les élections à venir. « Nous ne sommes pas là pour faire du populisme ou pour donner des fausses promesses, mais pour gagner la confiance du citoyen, ce qui passe par l’action et la sincérité de l’acte et de la parole», souligne d’emblée le secrétaire général de l’Istiqlal. Face à un panel de journalistes, Nizar Baraka a préféré laisser de côté les envolées politiciennes dont les marocains ont l’habitude à l’approche de chaque scrutin pour se concentrer sur les pistes concrètes de relance et de réforme que l’Istiqlal compte investir en cas de victoire aux élections à venir.

Désamorcer la défiance

« Il est nécessaire de regagner la confiance des marocains ! », a martelé Baraka tout au long du débat. Pour ce dernier, le défi numéro 1 du prochain gouvernement sera de rétablir le capital sympathie et la confiance des citoyens marocains envers les partis politiques qui ont été dilapidés lors de la dernière décennie. Une perte de confiance que le SG de l’Istiqlal impute, notamment, aux effets de la politique ultra-libérale menée par le gouvernement et qui, en moins d’une décennie, n’a fait que creuser encore plus profondément les écarts et les inégalités.
"Nous ne sommes pas là pour faire du populisme ou pour donner des fausses promesses, mais pour gagner la confiance du citoyen, ce qui passe par l’action et la sincérité de l’acte et de la parole" Nizar Baraka.

En l’espace de 6 ans, et jusqu’en 2019 soit bien avant l’avènement du coronavirus, les disparités ont atteint le seuil de 46% selon le HCP, alors que selon les indicateurs internationaux, notamment l’indice GINI, le seuil socialement acceptable est de 42%. Résultat des comptes, «53,3% des richesses du pays sont détenues par 20% de la population, ce qui signifie que 80% des marocains se partagent moins de la moitié de la richesse nationale et que 20% d’entre eux accaparent le reste !», s’est étonné M. Baraka, rappelant que sous le dernier gouvernement istiqlalien le taux des inégalités sociales avait été réduit de 9,5%. Cet enrichissement d’une minorité s’est accompagné d’un appauvrissement et donc d’une réduction de la classe moyenne qui a perdu au passage une partie de son pouvoir d’achat. « Il existe aujourd’hui une polarisation entre tenants de la ligne ultra-libérale et défenseurs de la diversité et du rééquilibrage de la répartition de richesse», soutient Baraka pour qui cette opposition qui augure d’une confrontation entre les classes sociales est la principale ligne de polarité ayant marqué les deux dernières législatures et de laquelle découlent l’ensemble des failles économiques, sociales, politiques, voire même culturelles auxquelles le Maroc est aujourd’hui confronté.

Le patriotisme économique comme remède au modèle ultralibéral

L’expansion du modèle économique ultralibéral s’explique, en partie, par les mesures de standardisation des législations financières et fiscales imposées par les bailleurs de fonds internationaux (FMI,BM,UE…). Un mouvement qui se traduit par une plus grande rigueur en matière de dépenses publiques alors qu’en parallèle des pans entiers des économies des pays concernés sont soumis à une privatisation accompagnée d’une dérégulation, aux effets souvent dévastateurs.

Le virage ultra-libéral des politiques économiques du gouvernement est pointé par l’ex-président du CESE comme l’une des principales raisons derrière la perte de confiance des jeunes dont 70% souhaitent quitter le pays. Une réalité qui implique selon le SG de l’Istiqlal de mettre l’accent sur l’humain et ses besoins. « Les marocains ont, avant tout, besoin d’être rassurés et (de) recevoir des gages sur leur pouvoir d’achat et leur futur ».

Un chantier de taille qui reste conditionné par la mise en oeuvre effective d’une répartition équitable des richesses. « Il est temps de revoir le mode de répartition de la richesse du pays, mais aussi de mettre en place une répartition juste et équitable des sacrifices », avance le SG de l’Istiqlal.

Pour y arriver, le parti compte adopter, en cas de victoire électorale, une politique basée notamment sur le patriotisme économique. En clair, s’atteler à la réduction du gap entre les régions de manière à permettre l’éclosion de tissus économiques locaux complémentaires au niveau national, tout en étant compétitifs au niveau international. L’objectif final est la mise en place d’une économie efficiente et résiliente, 100% marocaine et autosuffisante, grâce à une répartition équitable et homogène sur l’ensemble du territoire.
"20.000 TPME ont mis la clé sous la porte et une dizaine de milliers d’entreprises risquent le même sort à court et moyen termes" Nizar Baraka.

Souveraineté nationale

« L’investissement public devra être redirigé en priorité vers la création d’emplois et le soutien aux TPME, quitte à intégrer leur actionnariat. Ce qui permettra de pérenniser l’investissement et d’établir des stratégies de développement sur mesure », préconise Baraka, qui rappelle, dans la foulée, qu’à ce jour, 20.000 TPME ont mis la clé sous la porte et qu’une dizaine de milliers d’entreprises risquent le même sort à court et moyen termes. Pour renverser ou du moins limiter les effets de cette tendance désastreuse, Nizar Baraka appelle au renforcement de la souveraineté nationale, qu’elle soit économique, hydrique, énergétique ou sanitaire.

A ce propos, il rappelle que l’immense chantier Royal de la généralisation de la sécurité et de la couverture sociale au profit de tous les marocains, en cours de déploiement, doit bénéficier aux entreprises marocaines. «Dans les années 1990, les médicaments consommés au Maroc était à 85% produits localement», rappelle-t-il, avant de déplorer la dégringolade continue de ce taux qui pourrait continuer sa chute jusqu’à atteindre moins de 40% si rien n’est fait.

Il en est de même des propositions récentes des parlementaires istiqlaliens en vue de nationaliser La Samir, qui s’inscrivent dans cette volonté d’autosuffisance et de souveraineté nationale dont l’objectif est d’alléger considérablement le poids des importations, et surtout de préserver les emplois et les ressources. «La SAMIR assurait les besoins internes du pays en hydrocarbures raffinés tout en réalisant un chiffre d’affaires à l’export de l’ordre de six milliards de dirhams. Aujourd’hui, le gouvernement se repose largement sur les importations pour répondre à la demande, notamment en hydrocarbures, céréales et maintenant la santé ! Le patriotisme économique doit être une priorité. Il est inconcevable que l’importation d’intrants pour la production locale soit soumise à des taux douaniers supérieurs à ceux appliqués à des produits finis importés», souligne Baraka.

Cacophonie gouvernementale

Ce dernier ne s’arrête pas là et déplore les retards accumulés par l’Exécutif dans le développement des régions situées hors de l’axe Casablanca-Tanger. « Le gouvernement s’est limité à la mise en place d’infrastructures de base, sans chercher à développer en parallèle les services de proximité ou le commerce local. Il s’est concentré sur le hardware, oubliant l’élément humain qui doit être au centre des politiques de développement».
"Les Marocains font preuve depuis le déclenchement de la pandémie de résilience, de capacités d’innovation, de solidarité et d’unité" Nizar Baraka

Ces retards s’ajoutent à ceux enregistrés dans d’autres chantiers stratégiques, à l’image de la réforme des retraites, de la justice et de la charte d’investissement ou encore celle des instances constitutionnelles qui restent à mettre en place. Des lenteurs qui s’expliquent, selon le dirigeant de l’Istiqlal, par les luttes intestines qui secouent la coalition gouvernementale. En témoignent, les conflits entre ministres, la grogne au sein de la majorité dont les députés votent fréquemment contre les projets de leur propre gouvernement, la lutte entre groupes parlementaires censés être alliés et les communiqués incendiaires de formations ciblant des ministres issus de leurs propres rangs. Des dissensions qui ont éclaté au grand jour lors de « la fronde » des parlementaires PJD contre le nouveau quotient électoral et que l’on peut considérer comme inédite dans l’histoire politique du Royaume.

Situation inédite dans les annales politiques

Ce gouvernement est un cas d’école, de ce qui ne doit pas être fait en termes de gouvernance. La cacophonie qui règne au sein de la coalition gouvernementale relève du jamais-vu depuis l’indépendance », déplore Baraka. En attendant, l’ensemble des stratégies et plans de développement, hors l’agriculture, élaborés du temps du gouvernement istiqlalien d’Abbas El Fassi, sont arrivés à échéance «sans qu’aucune nouvelle feuille de route n’ait été dressée par ce gouvernement. Ce qui implique que la prochaine équipe gouvernementale devra débuter son mandat en partant de zéro».

L’une des pistes avancées par le SG de l’Istiqlal pour dépasser ce « handicap » en cas de succès aux élections à venir est d’accélérer « le rapprochement entre le politique, le législateur et le citoyen en imposant aux élus d’ouvrir des bureaux dans leurs circonscriptions, de manière à y assurer un ancrage physique. Ce qui permettrait à leurs électeurs d’y présenter leurs doléances et propositions ».

Un ancrage territorial qui permettrait une approche personnalisée des propositions de lois, en fonction des besoins et capacités propres à chaque circonscription. «Ecouter les doléances, personnaliser les réponses, reconquérir la confiance avec des actions et un discours basés sur la sincérité, la sincérité et encore la sincérité», conclut Nizar Baraka.
 
Amine Ater

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Highlights
«Les alliances à venir seront conditionnées par la cohésion entre les programmes électoraux. Les formations qui s’estimeront prêtes à couper avec le modèle ultralibéral pour se diriger vers une société plus égalitaire seront les bienvenues».
 
- «Il ne peut pas y avoir d’alliance entre des partis de l’opposition, mais seulement la coordination».

- « Ce gouvernement a manqué son rendez-vous avec l’histoire ».
 
- «En 2050, le Maroc perdra la moitié de ses ressources hydriques. Si on ne se prépare pas dès aujourd’hui à cette situation, on court vers la catastrophe assurée».
 
- «Les lois et règlements sont aujourd’hui élaborés en partant de l’hypothèse que les marocains sont des tricheurs. Ce qui donne au final des lois inapplicables et encourage des comportements déviants comme la corruption en vue de les contourner. Cette approche doit changer, car on ne peut pas légiférer en considérant l’exception comme la règle. Il faut faire confiance aux marocains et considérer leur bonne foi. Et que celui qui faute, le paie».
 
- «Le degré de mécontentement et de polarisation sociale atteint son paroxysme. Ce n’est pas le moment d’être divisés, mais celui de se réunir autour d’un projet commun».
 
- « Il est temps que chaque marocain, qu’il vive au coeur des montagnes ou à la périphérie des villes, reçoive sa part du développement et de la richesse nationale. Comme il est temps qu’il y ait répartition égalitaire en termes de richesses, mais également en termes de sacrifices».
 
- « Si intégrer le gouvernement doit se faire au prix de continuer cette politique ultralibérale. Je préfère ne pas en faire partie ».
 
- « Le gouvernement tend vers une généralisation de la contractualisation dans l’enseignement et envisage même son extension vers d’autres départements comme la santé. Cela doit cesser, car il en va de notre souveraineté».

  


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