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Culture

Magazine : Maria Kabbaj, vols et envols


Rédigé par Anis HAJJAM le Dimanche 2 Janvier 2022

L’artiste multidisciplinaire expose ses oeuvres jusqu’au 6 avril 2022 à la galerie casablancaise Artspace. «Battements» -son intitulé- propose dessins, peintures, sculptures et vidéo. Un univers coloré et lunaire. De l’aérien en prime.



Magazine : Maria Kabbaj, vols et envols
Un espace créatif trouble, parsemé de «darkness» appuyé et d’appels à se sortir la tête de l’eau. Couleurs sombres et rêves d’éclaircies. Et c’est tout le noyau d’un état d’esprit cherchant la quiétude en la triturant. Il y a le dessin et son dessein, la forme et son rêve difforme, le plat et ses gros volumes. Si l’artiste se renvoie à du référentiel, elle a la classe de bien le camoufler. Elle chaloupe ses créations en les faisant dialoguer. Le brouhaha est là, sa compréhension l’est moins. Mais que cherche-t-elle ? Tout et son grand tout : la grandeur de la petitesse, le rêve éveillé et le cauchemar interrompu. Elle essaie de nous arracher des bras de la tristesse pour nous glisser dans les draps de l’espoir.

Finalement, si elle ne sait pas trop ce qu’elle fait, elle a le mérite de bien le faire. Elle s’acharne à créer, elle jouit en nous déroutant. Est-elle heureuse ou essaie-t-elle de nous communiquer un brin de ce bonheur qu’elle guette ? Elle est là (peut-être lasse par endroits) et partage avec nous ses plus belles élucubrations. Une artiste, en somme.

L’oiseau multiple

Maria Kabbaj agit avec grande assiduité, histoire de ne pas nous laisser sur le bord de la route. Pour cela, elle a un secret devenu polichinelle : le grand air ! L’aérien, même visuellement compressé dans ses oeuvres, est sa branche de salut. L’oiseau multiple est son univers.

Elle en parle avec belle prose : «L’oiseau est un élément central dans cette exposition, il représente la liberté dans son dessin primaire, symbolisé à travers les siècles et dérivé sur tout support et tous types d’art. Il fascine l’inconscient humain depuis les temps anciens, tantôt bon présage, tantôt mauvais. Mes oiseaux représentent l’oiseau avec un grand o comme l’homme avec un grand h. Il n’a ni race ni genre et ne s’identifie que par son vol, son mouvement. Il est parfois à l’image de l’homme coupé dans son envol, retenu, meurtri.»

Joyeux sont ces mots vautrés dans l’inquiétude qui fait avancer. Maria Kabbaj renvoie à l’image de l’addict abstinent. Il essaie de s’en sortir mais sa fragilité est criante. Il essaie de s’éloigner pour mieux voir, mieux comprendre. Il est toujours en action malgré une apparente inertie.

En définitive, il écoute son coeur puisque la raison le malmène. D’où ces «battements» : «‘Battements’ est aussi le titre pour une peinture humaniste, qui se caractérise par la symbolique de la relation entre les êtres vivants. Une peinture inspirée par les choses qui font battre un coeur : la joie, la peur, l’amour, la compassion, l’incompréhension... toutes ces émotions qui traversent et que j’essaie d’exprimer dans ces oeuvres. La couleur, en plus du dessin, est un élément important dans la communication de ces sentiments sur toiles, les personnages n’y sont pas nus mais habillés de couleurs. Battements d’ailes pour le vol ou l’esquive d’un oiseau, battements de coeur soudain subi d’amour ou de peur, ou battements de paupières pour admirer, ou oublier. Aujourd’hui, les murs n’ont pas d’oreilles. Autour de vous, ils ont des yeux, des bouches, des corps entrelacés, coloriés, vivants.»

Approche lunaire

Ainsi, Maria Kabbaj investit la pureté du vide pour y habiter et y donner vie à une famille nombreuse. Il faut croire que ça jacasse en polyphonie et que seuls les regards curieux apaisent. Parce que la curiosité enveloppe amplement l’univers de cette artiste à l’approche lunaire. Elle dessine et peint avec générosité. Ses valeurs sont cernées par de grandioses bords perdus que seul le cadre arrête. Et ces couleurs mélangées à satiété, prenant soin d’ignorer la démesure. On l’imagine caressant du regard une toile vierge qui lui tient tête, on l’imagine essayant de l’amadouer, on l’imagine la laisser momentanément faire sa capricieuse. Et lorsqu’elle revient à la charge, elle la charge en déployant toute son âme. Car, Maria dessine et peint avec générosité. A coeur battant.


Anis HAJJAM