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Jalil El Attar : « C’est une injustice envers un laboratoire en première ligne contre la pandémie »

Entretien avec Jalil El Attar, Directeur du laboratoire “Centre de Biologie Riad”


Rédigé par Safaa KSAANI le Samedi 31 Octobre 2020

Le ministère de la Santé, premier à solliciter le laboratoire “Centre de Biologie Riad”, est bizarrement le premier à lui jeter la pierre. Jalil El Attar ne compte pas en rester là.



Jalil El Attar : « C’est une injustice envers un laboratoire en première ligne contre la pandémie »
- Dans une lettre adressée par le ministre de la Santé au Wali de la région Rabat-Salé-Kénitra, qui date du 2 octobre, il a été décidé que suite à une mission de contrôle, effectuée à votre laboratoire le 17 septembre, de suspendre l’activité de diagnostic du Covid-19 jusqu’à l’obtention de l’autorisation nécessaire. Quel commentaire en faites-vous ?
- Il s’agit d’une confusion, d’une incohérence et d’une injustice envers un laboratoire qui a été au premier rang de la lutte contre la pandémie, pour rendre service au pays, sachant que le ministère de la Santé et les autorités locales nous ont sollicité pour renforcer les laboratoires du secteur public dans la lutte contre l’épidémie Covid-19. La capacité de dépistage était très limitée au début de l’épidémie.

Le 17 septembre dernier, une commission malintentionnée était venue au laboratoire cherchant « la petite bête » comme le non-respect des mesures de prévention contre la Covid-19, qui était observé. La lettre a fuité du ministère de la Santé, pleine d’incohérences, parmi lesquelles l’absence de l’autorisation nécessaire pour effectuer des dépistages. J’ai toutes les preuves et les documents officiels qui lient notre laboratoire et le ministère de tutelle, contredisant ces fausses allégations.

- Vous avez été sollicité par les autorités locales et les ministères de la Santé et de l’Intérieur pour réaliser des dépistages du Coronavirus. Raconteznous les faits.
- Au début de la pandémie, nous réalisions entre deux cents et trois cents tests par jour, dont les résultats étaient rendus dans les 5 jours suivant le prélèvement. 

Le réseau de laboratoires, qui réalisaient les dépistages par PCR, était limité à l’Institut d’Hygiène de Rabat et l’Institut Pasteur du Maroc à Casablanca.

Ensuite les CHU, l’Hôpital Cheikh Zayed et l’Hopital Cheikh Khalifa ont pu intégrer ce réseau de dépistage. L’implication des laboratoires privés était indispensable pour couvrir toutes les régions du Royaume.

A l’époque, le ministre de la Santé affirmait au Parlement que la réalisation des teste PCR est compliquée et que les laboratoires privés n’avaient pas le savoir-faire. Par contre, il fallait se projeter pour accompagner ces laboratoires pour répondre à ces demandes importantes en tests, chose qui était prévisible après la période de confinement. Nous recevions des personnes venues de villes lointaines pour se faire dépister, faute de laboratoires dans leurs villes. 

Le dimanche 3 mai vers 13h00, en plein confinement, j’ai reçu une demandes des autorités invitant notre laboratoire à renforcer les services publics dans la lutte contre l’épidémie.

Le même jour à 16h00, une commission composée du directeur régional du ministère de la Santé de Rabat-SaléKénitra, du délégué du ministère de la Santé de Rabat, de représentants de la Wilaya, est venue pour faire l’état des lieux et vérifier les moyens techniques et les capacités du laboratoire. On m’a rapidement demandé si on pouvait réceptionner des prélèvements. Le soir même, tout le personnel a été mobilisé pour réorganiser le laboratoire et pour mettre en place un circuit Covid-19 dédié.

Le lendemain, à 10h, la même commission est revenue au laboratoire, ramenant 320 échantillons à tester en PCR. Les premiers Kits PCR étaient fournis par l’Institut d’Hygiène. Les résultats étaient rendus le soir même et envoyés par email au délégué du ministère de la Santé. Nous avions dans cette première série des cas positifs. Les gens étaient surpris de voir un laboratoire privé dépasser le ministère de la Santé en termes de dépistage du Coronavirus.

D’ailleurs, cela prouve qu’il y a des dysfonctionnements flagrants dans le secteur public. Au laboratoire, nous faisions des nuits blanches avec l’engagement d’un staff composé à 90% de femmes. Nous recevions les prélèvements de la région Rabat-Salé-Kénitra, dont le cas du cluster de Lalla Mimouna que nous avons traité avec un débit qui atteint 1200 tests PCR en une journée. Nous avons réalisé depuis le 4 mai 2020 pour le compte du ministère de la Santé un total de 20.680 tests PCR. L’équipe de notre laboratoire était très motivée et dévouée pour servir notre pays. 

- Comment sont réalisés les tests PCR ?
- La technique du PCR se déroule en plusieurs étapes. Il y a d’abord le prélèvement. Les échantillons sont ensuite traités au laboratoire de biologie moléculaire qui passe par une phase d’extraction d’ARN du virus, suivie d’une phase d’Amplification (PCR) pour détecter le génome du virus.  

A l’époque, il y avait une pénurie en kits d’extraction à l’échelle mondiale. La demande était mille fois plus élevée que la production. Beaucoup de pays demandaient les kits en même temps. Cela créait une “guerre” commerciale au niveau international.

 - Votre laboratoire est connu pour ses capacités techniques et logistiques. Quelles sont vos nouveautés dans ce sens ?
- Toujours pour accompagner le pays dans la gestion de la pandémie, notre laboratoire a acquis, le 2 août dernier, le plus grand système de PCR qui existe au monde, que le ministère de la Santé ne possède pas. Ce qui nous a permis d’automatiser tout le process, et de soulager le personnel. Dans les prochains jours, nous recevrons pour le même système des kits PCR Multiplex, très sollicités en cette saison hivernale qui vont nous permettre de rechercher, sur le même échantillon et en même temps, les virus de la grippe saisonnière ( Grippe A, Grippe B) et le virus SARS-CoV2. Ceci va permettre aux cliniciens de faire la différence entre une infection au Covid 19 et une grippe saisonnière. J’ai commandé 30.000 kits dans ce sens. 

- Vous soupçonnez quelqu’un en particulier dans cette affaire ?
- Je crois que c’est un coup monté pour essayer de casser ma réputation. Au lieu d’encourager les bonnes volontés qui contribuent par leurs propres moyens avec une prise de risque énorme, on publie des accusations fallacieuses.  

Recueillis par Safaa KSAANI 

Centre de Biologie Riad

Le laboratoire d’analyses biomédicales le plus performant en Afrique
Créé en 2012 à Hay Riad, le Laboriad fait partie d’un réseau de laboratoires privés, répartis entre Casablanca et Rabat, en l’occurrence Groupe Bio Santé. Situé à Hay Riad, quartier résidentiel et abritant certaines des hautes administrations de la capitale, ce laboratoire privé d’analyse biomédicales est considéré comme l’un des premiers du Maroc et d’Afrique, en termes de capacité pour le dépistage du Covid-19, grâce à ses services et à ses équipements sophistiqués.

Sous la direction du Dr Jalil El Attar, médecin biologiste, ce laboratoire d’analyses a joué un rôle majeur, aux côtés des laboratoires Pasteur de Casablanca et de l’Institut National d’Hygiène (Rabat), au début de la propagation du virus, dont le patient zéro a été détecté le 2 mars 2020 à Casablanca. “Chaque jour, des personnes se présentent directement au laboratoire, sans rendez-vous, pour se faire dépister. Les résultats leur sont fournis quelques heures après le dépôt du prélèvement. Le prix d’une analyse PCR est fixée à 600 dirhams, et celui d’un test sérologique s’établit à 300 dirhams”, nous affirme ce médecin cinquantenaire. Ces tests sont analysés à travers un appareillage informatisé et automatisé de dernière génération, pour le dépistage du Covid-19. 

Cet appareil est doté d’un robot, qui a la capacité de traiter et d’analyser, en une seule opération, des dizaines de prélèvements. Dans les 10 prochains jours, une nouvelle technologie sera disponible au laboratoire, permettant de différencier les personnes atteintes du Covid des personnes atteintes de la grippe saisonnière, nous confie le Dr Jalil El Attar.
S. K.

Repères

Le 2 octobre, le ministère de la Santé retourne sa veste
Dans une lettre adressée au Wali de la région Rabat-Salé-Kénitra, le 2 octobre, le ministère de la Santé publie les conclusions des investigations menées par la commission de contrôle au laboratoire “Centre de Biologie Riad”. Au niveau de l’unité de biologie moléculaire pour le diagnostic du Covid-19, “ Dr Jalil El Attar n’a pas présenté à la Commission de contrôle l’autorisation pour la réalisation du diagnostic du Covid-19 par qRT-PCR”. Le même document relève que le directeur du laboratoire n’a pas présenté à la Commission de contrôle les documents justifiant la notification au Secrétaire Général du Gouvernement de l’extension du laboratoire “non-Covid 19” pour abriter les activités de diagnostic du Covid-19, en vue de l’obtention d’une autorisation pour son exploitation. En revanche, Dr Jalil El Attar nous confie disposer des documents pour démentir ces “allégations”.
Test PCR : nouvelle circulaire du ministère de la Santé
Dans le cadre du renforcement du réseau des laboratoires de diagnostic moléculaire et sérologique de la Covid-19, et afin de rendre ces tests accessibles aux Marocains et aux étrangers et d’en assurer une large couverture au niveau du territoire marocain, tous les laboratoires de biologie médicale ont pu, dès fin septembre dernier, effectuer le dépistage moléculaire par qRT-PCR du SARS-CoV2, avec ou sans tests sérologiques, selon une circulaire du ministère de la Santé.

  


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