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Interview avec Fouad Douiri : « Notre stratégie de croissance se base sur l’investissement public dans l’économie productive »


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Mardi 7 Septembre 2021

Ancien ministre de l’Énergie, candidat aux élections régionales et tête de liste du Parti de l’Istiqlal à la circonscription de Hay Hassani à Casablanca, Fouad Douiri se livre sur les enjeux des scrutins du 8 septembre. Redressement de la Métropole, modèle de gestion locale, programme national et politique économique, M. Douiri décortique, les dessous du programme istiqlalien. Entretien.



- Vous avez fait le choix de vous présenter aux élections régionales à Casablanca : expliquez-nous les raisons de votre démarche ?

- En principe, il s’agit pour moi de réaliser la vocation de tout homme ou femme politique qui est la participation à la gestion de la vie publique. C’est également un engagement vis-à-vis des citoyens qui nécessite une mobilisation et un dévouement pour répondre à leurs préoccupations et leurs soucis quotidiens. Ceci requiert que l’on donne notre temps et toute notre énergie et que l’on fournisse une réflexion intellectuelle pour proposer des mesures et des solutions concrètes aux citoyens. Donc : ma candidature s’inscrit dans cette logique et c’est le corollaire d’un engagement qui date de plusieurs années. Je suis ravi d’avoir eu la confiance du parti pour me lancer dans ce nouveau défi.


- En tant qu’économiste, avez-vous contribué à l’élaboration du programme national de l’Istiqlal ?

- Evidemment, en tant que membre de l’Alliance des Economistes Istiqlaliens, j’ai contribué, comme tous mes collègues, à la conception de la stratégie et des mesures proposées par le parti pour la relance de l’économie. Nous nous sommes distingués par des propositions spécifiques et propres à nous, fruit d’un travail de réflexion et d’étude du terrain. Nos objectifs sont clairs : rendre justice aux classes moyennes et au travail, sortir un million de gens de la pauvreté et veiller à ce que la généralisation de la couverture sociale bénéficie à tout le monde, et que les marchés soient assez régulés pour protéger le pouvoir d’achat des classes moyennes.
 
« Il s’agit pour moi de réaliser la vocation de tout homme ou femme politique qui est la participation à la gestion de la vie publique »

- Le Parti de l’Istiqlal a proposé un programme spécifique à Casablanca-Settat : si vous êtes élu, quelles seront vos priorités ?

- Nous avons tâché de préparer un programme articulé sur trois axes principaux, à savoir l’égalité des chances dans une région très inégalitaire, la création d’un cadre de vie décent, c’est-à-dire concrètement rendre la métropole et les villes de la région vivables pour les habitants et finalement la création d’emploi qui est l’une de nos priorités. C’est pour cette raison que nous voulons que le Conseil régional investisse davantage dans l’accompagnement des jeunes dans la quête d’emploi. C’est d’autant plus urgent que le chômage est très élevé dans des villes comme Casablanca et qu’il faut le réduire le plus tôt possible.

Il existe des problèmes urgents qu’il faut régler aussi, comme le dossier des bénéficiaires des programmes de logement social, nous voulons accélérer le règlement des dossiers des titres de propriété des bénéficiaires. Outre cela, nous comptons également subventionner la création de zones industrielles et des zones d’activité commerciale. L’objectif est de donner, surtout, un coup de main aux commerçants et aux artisans pour moderniser leurs activités.

En plus, il est absolument vital de rester en contact permanent avec les citoyens et donc nous sommes déterminés à développer les outils de communication du Conseil, nous proposons une télévision officielle régionale et une politique de promotion de la région sur les réseaux sociaux. Il s’agit également de tenir les gens informés du travail des élus et de l’avancement de l’exécution du programme.


- Casablanca a connu, il y a quelques mois, des inondations ravageuses qui ont montré l’état déplorable du réseau d’assainissement d’eau. Avez-vous une solution pour ce problème ?

- En effet, c’est un problème majeur, surtout dans les quartiers comme Hay Hassani. Bien sûr qu’il faut régler ce problème dans les plus brefs délais, d’autant qu’il se produit chaque année. La solution passe évidemment par une amélioration de l’infrastructure et du réseau d’assainissement, c’est un investissement irréversible.


- Comme vous savez, les inondations ont montré aussi les défaillances de la société gestionnaire et les carences du mode de gestion déléguée, faut-il revoir celui-ci, à votre avis ?

- En réalité, le contrat signé entre la Société LYDEC et les autorités locales fait l’objet d’un examen et d’un renouvellement périodique. Si nous prenons les commandes de la région, nous allons renégocier le contrat en exigeant un cahier des charges plus rigoureux, de sorte à exiger plus d’investissement dans l’entretien et le développement de l’infrastructure à tous les niveaux, aussi bien la distribution de l’électricité que de l’eau potable. Se contenter de cela ne suffit pas, il faut également un suivi régulier de l’exécution des engagements et du respect des termes du contrat. Ceci a fait défaut chez le Conseil actuel de la ville.
 
« Si nous prenons les commandes de la région, nous allons renégocier le contrat avec LYDEC en exigeant un cahier de charges plus rigoureux »

- Le parti propose de plafonner les frais de scolarité dans les écoles privées : est-ce facile de convaincre les propriétaires d’une telle mesure ?

- En fait, l’éducation est un service public, si l’Etat l’a privatisée, c’est en échange de certaines contreparties et des règles d’éthique. Il ne s’agit pour l’Etat que de reprendre une fonction qui est la sienne : la régulation. Je rappelle que les écoles dépendent d’un agrément pour ouvrir leurs portes, et donc elles doivent obéir à un certain nombre de règles et de normes, dont le respect d’une limite des prix. Par ailleurs, ce n’est qu’une mesure parmi d’autres. En somme, le Parti de l’Istiqlal donne la priorité à l’enseignement public.


- Le programme de l’Istiqlal contient une série de mesures sociales qui nécessitent une hausse des dépenses publiques : comment sera-t-il financé ?

- Avant d’annoncer notre programme, évidemment que nous avons songé à son financement, ça va nous coûter annuellement presque 20 à 25 milliards de dirhams. Soit près de 112 milliards sur cinq ans.

Je rappelle que notre stratégie de croissance se base sur l’investissement public dans l’économie productive, ce qui est en mesure de relancer l’activité et les recettes fiscales. Nous nous fixons la priorité de rationaliser les dépenses publiques et lutter contre les dépenses inutiles et rentières. Il faut que l’investissement public soit essentiellement dirigé vers des projets productifs. Nous avions fait le choix, il y a une vingtaine d’années, de la politique des grands chantiers d’infrastructures, maintenant, il est préférable d’aller dans des projets plus rentables.


- Le Maroc a accumulé une dette publique importante, comment préserver un équilibre entre la rigueur budgétaire et l’augmentation des dépenses publiques ?

- En fait, la dette n’est inquiétante que si le pays ne produit pas de croissance. Actuellement, l’endettement du Maroc n’est pas si problématique qu’on peut l’imaginer, sachant que le Trésor est endetté à hauteur de 76%. Je rappelle que la dette publique dans plusieurs pays développés est supérieure au PIB. Cela reste normal tant que le pays a une économie productive capable de financer la dette.


- Parlons un peu de la méfiance vis-à-vis de la politique, sachant que beaucoup de Marocains désertent les urnes. Nizar Baraka a proposé une charte d’honneur comme moyen concret de rétablir la confiance entre l’élu et les électeurs : qu’en pensez-vous ?

- En effet, l’initiative proposée par le Secrétaire Général est louable et va dans le sens de plus transparence et de responsabilité politique. Il appartient dorénavant aux élus de respecter leurs engagements et de se vouer complètement au service des citoyens. Quant à la méfiance, c’est un problème complexe et qui date de plusieurs décennies, il faudra du temps pour s’en sortir, le respect des engagements est l’unique issue.
 
« Il est absolument vital de rester en contact permanent avec les citoyens et donc nous sommes déterminés à développer les outils de communication du Conseil »
 
Propos recueillis par Anass MACHLOUKH

 


Portrait
 
Né en 1960, Fouad Douiri a été ancien ministre de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement de 2012 à 2013 dans le gouvernement Abdelilah Benkirane. Originaire de Fès, M. Douiri est ingénieur de formation, sachant qu’il est lauréat de l’École nationale des ponts et chaussées à Paris où il a obtenu son diplôme d’ingénieur civil en 1982, avant d’achever ses études de Doctorat à l’École des mines de Paris en 1985. Concernant son engagement politique, Fouad Douiri est l’un des cadres du Parti de l’Istiqlal, il est membre du Conseil national du parti ainsi que du Bureau exécutif de l’Alliance des Economistes Istiqlaliens, l’un des organes les plus actifs de la formation de Nizar Baraka.
 

  


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