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Interview avec Ahmed Boukous : « Le gouvernement rattrape le retard accumulé pour promouvoir la langue amazighe »


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 17 Janvier 2022

La volonté politique de promouvoir la culture amazighe est là. Reste à renforcer les domaines dans lesquels de sérieux efforts devraient être consentis, estime le Recteur de l’IRCAM.



Interview avec Ahmed Boukous : « Le gouvernement rattrape le retard accumulé pour promouvoir la langue amazighe »
- Un intérêt particulier est porté par l’actuel gouvernement à la culture amazighe. Quel commentaire en faites-vous ? Trouvez-vous que la promotion de cette culture dépend de la volonté politique des ministres de tutelle ?

- L’intérêt de l’actuel gouvernement pour la culture amazighe s’inscrit dans le cadre de l’application des dispositions de la loi relative à la mise en oeuvre du caractère officiel de l’amazighe, d’une part, et, d’autre part, à la lumière du programme annoncé par le gouvernement en octobre dernier. Il est évident que l’action gouvernementale est mue par une volonté politique affirmée par le Chef du gouvernement et ses ministres. 


- Le gouvernement de Aziz Akhannouch serait favorable à une reconnaissance officielle du Nouvel An amazighe en décrétant le 1er jour de Yennayer comme jour chômé et férié au Maroc. A quel point cette reconnaissance officielle participera-t-elle à l’augmentation de la conscience identitaire et à la mobilisation des Amazighs ?

- Naturellement, la reconnaissance officielle du Nouvel An amazighe donnera un souffle supplémentaire à la politique de promotion de la langue et de la culture amazighes. Ce sera un geste de bonne volonté politique qui sera largement apprécié par les Marocains dans leur ensemble parce que le patrimoine amazighe appartient à la nation marocaine toute entière, et non pas à une composante particulière.

La célébration du Nouvel An amazighe a aussi une dimension globale car il s’agit de célébrer la relation fusionnelle entre l’Homme et la Nature, une relation qui est gravement mise en danger aujourd’hui avec le dérèglement climatique et la surexploitation des ressources naturelles. Cette reconnaissance a ainsi une portée nationale et une dimension planétaire. Le Maroc ne peut qu’être gagnant en termes de prestige international.


- Le gouvernement a également exprimé sa volonté de promouvoir la langue amazighe dans le fonctionnement des administrations et de diffuser les informations en langues arabe et amazighe relatives à toutes les activités officielles, notamment royales et gouvernementales. De votre côté, quels événements culturels vous aimeriez mettre en avant, mis à part Yennayer ?

- La volonté du gouvernement tire sa source de la Constitution de notre pays ainsi que de la loi organique dédiée à la mise en oeuvre du caractère officiel de l’amazighe. Cette loi prévoit l’intégration de l’amazighe dans les services publics de tous les ministères afin de servir les citoyens marocains amazighophones. Cette disposition vient réparer un préjudice dont les citoyens ont largement pâti, notamment dans les domaines de la santé, de la justice et de l’administration territoriale.

Dans une note adressée à M. le chef du gouvernement, l’IRCAM a proposé un certain nombre de mesures, dont la principale est le recrutement par les administrations de lauréats spécialistes de l’amazighe pour assurer les fonctions de communicants en langue amazighe. La contribution de l’IRCAM sera de former et accompagner les recrues. 


- De son côté, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaïd, promet d’autres initiatives en faveur de la culture amazighe. 2022 sera-t-elle l’année où la culture amazighe va briller de mille feux ?

- Le ministère de la Culture a souvent apporté son concours à la promotion de l’amazighe, notamment à travers le soutien apporté aux artistes, aux créateurs et aux chercheurs, et aussi par les Prix décernés aux différentes catégories et le soutien au livre amazighe. Il reste à renforcer cet appui et à intégrer les arts amazighes dans les conservatoires de musique et les instituts de formation dans les domaines du théâtre, de la chorégraphie, du costume, etc. Il existe des domaines dans lesquels de sérieux efforts devraient être consentis, il s’agit notamment des musées, des sites archéologiques et des parcs écoculturels.

Afin d’assurer les conditions de durabilité de la culture amazighe, il convient de se doter d’un programme de transmission culturelle aux nouvelles générations à travers la famille, l’école et les médias. 


- Depuis 2011, la Constitution a reconnu la langue amazighe comme deuxième langue officielle du Maroc. Qu’est-ce qui a entravé l’avancement de ce chantier au Royaume ?

- La question est pertinente. En effet, il a fallu attendre dix ans pour voir la promulgation de la loi 26-16 relative à la mise en oeuvre du caractère officiel de l’amazighe dans les différents domaines, en particulier l’administration, la justice, l’éducation, la culture, le parlement, etc. Le gouvernement actuel rattrape le retard accumulé pour promouvoir la langue amazighe. Soyons optimistes.


-En quelques mots, quel apport de la culture amazighe au Royaume du Maroc tracez-vous ?

- Dans le concert des nations, notre pays se distingue par sa stabilité, sa tolérance, son ouverture, et par son attachement à son Histoire, à la diversité de ses langues et de ses expressions culturelles. La reconnaissance de la dimension amazighe de son identité renforce sa cohésion et consolide sa notoriété. L’aura internationale de Sa Majesté le Roi Mohammed VI est le garant de la crédibilité de notre pays. 
 
Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait


Sa bataille : la promotion de la culture amazighe
 
Ancien Professeur de l’enseignement supérieur à l’Université Mohammed V, où il a exercé son métier entre 1974 et 2002, Ahmed Boukous est depuis 2003 Recteur de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM).

Ce manager est porté par ses convictions et sa passion pour la culture amazighe. Il obtient son premier Doctorat en sciences sociales de l’Université René Descartes de Paris en 1974 puis un deuxième en sciences du langage de l’Université Paris VIII en 1987. Entre 2004 et 2006, il a fait un Cycle supérieur en management des entreprises à l’ISCAE de Casablanca.

Ses centres d’intérêt : recherches en linguistique, sociolinguistique, anthropologie culturelle, politique culturelle, politique linguistique, management stratégique.

Tout au long de sa longue carrière universitaire, il a dirigé de nombreux mémoires de recherche et de thèses sur la langue amazighe et publié plusieurs ouvrages, devenus des références dans le domaine de la linguistique au Maroc. Ahmed Boukous compte à son actif de nombreux ouvrages, dont “Langage et culture populaires au Maroc”, “Société, langues et cultures au Maroc : Dominance et différence”, “Phonologie de l’amazighe”, “Revitalisation de l’amazighe : Enjeux et stratégies”, ou encore “Essais sur les enjeux culturels”.

Il a été décoré du Wissam de l’Ordre du Mérite National de l’Ordre de Grand Officier en 2013 et a reçu le Prix Grand Atlas pour le roman « Rhapsodie de Tanit la captive » en 2019.


S. K. 

 








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