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Culture

Edition : La saga de Hela Ouardi


Rédigé par M’hammed MELLOUKI le Mercredi 26 Janvier 2022



Hela Ouardi : «Les califes maudits : Meurtre à la mosquée - Ed. Albin Michel»
Hela Ouardi : «Les califes maudits : Meurtre à la mosquée - Ed. Albin Michel»
Les travaux de Hela Ouardi nous font voir sous un jour nouveau les enjeux, les luttes et les acteurs qui ont façonné l’islam de la première heure lui donnant le tournant qui ne le quittera plus au long de son histoire. Elle le fait avec brio, déterrant, analysant et confrontant les sources négligées par la Tradition, ignorées par l’hagiographie, instrumentalisées par les interprétations apologétiques. Résultat : une oeuvre originale, documentée, plaisante à lire, éclairante en ces temps opaques où la religion est mêlée à toutes les sauces, où la raison, dont nous avons tant besoin, est malmenée.

Outre son premier ouvrage consacré aux Derniers jours de Muhammad, Hela Ouardi nous avait promis cinq autres récits relatant l’histoire des « règnes des quatre premiers successeurs du prophète », une saga au titre terrifiant : Les califes maudits. Vingt-neuf ans se sont écoulés depuis la mort du Prophète. À l’heure de prière de l’aube du mercredi 29 novembre 644, une main assassine enfonce quatre fois le couteau à double tranchant dans les entrailles du deuxième calife. En pleine mosquée de Médine, devant des dizaines de témoins, mais personne n’a rien vu !

Selon la version sunnite officielle, Omar a été tué par Fayrûz, un esclave d’origine perse. Sitôt capturé, il met fin à ses jours. L’affaire est close. Elle le restera pendant les quatorze siècles qui suivent. Ceux qui deviendront les shiites affirment quant à eux que Fayrûz était partisan de Ali, leur figure tutélaire. Il aurait agi ainsi pour rétablir une injustice en éliminant le tyran qui avait privé Ali de son droit naturel à succéder au Prophète. « Ni la version sunnite ni la version shiite de l’assassinat… n’expliquent les multiples zones qui entourent ce crime ».

Dans Meurtre à la mosquée, Hela Ouardi décide d’élucider le mystère de l’assassinat. Ce faisant, elle plonge le lecteur au coeur d’une véritable enquête policière où se mêlent le politique et le religieux. Une seule des nombreuses hypothèses discutées par l’auteure résiste à l’examen rationnel et à la concordance des faits avérés : Omar est victime d’un complot conçu par les nobles de Quraysh en complicité avec certains membres de la famille et des compagnons du Prophète. Derrière cet assassinat, c’est l’islam « mis en place par Muhammad qui était la véritable cible du complot ».

Le meurtre de Omar avait donc pour cible la restauration de l’ancien régime. L’élimination du représentant le plus zélé du « système mohammadien » redonne la main à « ceux qui avaient toujours eu le pouvoir avant l’islam : les clans nobles de Quraysh et plus particulièrement les descendants de Abd Manâf ». La succession de Omar est réglée entre hommes qui se considèrent plus qurayshites que musulmans, selon la vieille rivalité qui a toujours opposé les clans descendants de Abd Manâf : l’Umayyade Uthman et son cousin Hachémite Ali. Avec la disparition de Omar, l’islam originel est enterré, « l’islam impérial » se dresse prêt « à conquérir la terre entière ».

Le conflit entre les enfants de Abd Manâf que l’islam n’a jamais réussi à apaiser deviendra dans les siècles à venir un enjeu capital et jouera le rôle d’amplificateur de l’antagonisme ancestral puisque l’empire qu’il a engendré, les richesses qu’il permettra d’amasser rendront les combats plus âpres et « la compétition plus féroce entre les descendants du patriarche ».


M’hammed MELLOUKI
Chercheur

  


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