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Actu Maroc

​Un coup de maître dans le dossier de révision de l’ALE Maroc-Turquie


Rédigé par le Jeudi 8 Octobre 2020

L'Accord de Libre-Echange Maroco-Turque a longtemps suscité beaucoup de controverses. Depuis 2018, le sujet fait parler de lui sur les colonnes de tous les journaux nationaux, et ce, pour une bonne raison. Ce jeudi 8 octobre, le Maroc a enfin réussi à adopter un nouvel accord, en conseil de gouvernement.



Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange conclu entre la Turquie et le Maroc, le déficit commercial de ce dernier vis-à-vis d’Ankara n’a fait qu’exploser, s’élevant à plus de 16 milliards de dirhams en 2018. Un accord sans aucune complémentarité industrielle, sachant que la Turquie est un producteur de matières premières pour plusieurs secteurs industriels marocains, notamment du textile, qui constitue un secteur de leadership potentiel pour le Royaume, avec une valeur d’exportation atteignant 37.000 MMDH.

Ce dernier secteur qui aurait dû bénéficier dudit accord, est devenu, depuis sa mise en œuvre en 2006, sa principale proie. Au lieu d’importer de la matière première textile pour consolider l’industrie nationale, de grosses quantités de produits finis ont été achetés de la Turquie. Résultat : le secteur perd 19.000 emplois en 2014, près de 24.000 en 2015 et 35.000 l’année d’après. 

Pour remédier à ce fléau, l’Association Marocaine des Exportateurs (ASMEX) avait établi une note stratégique Maroc-Turquie qui propose des orientations structurantes pour rééquilibrer la balance commerciale qui a atteint un niveau intolérable.

Selon l’ASMEX, la défectuosité des ALE du Maroc est due à leurs signatures sans aucune mise à niveau du cadre réglementaire et compétitif global, soulignant qu’il y a toujours eu une absence de stratégie concertée et globale. C’est ainsi que l’ALE Maroc-Turquie a permis à cette dernière de consolider son offre en se positionnant davantage sur les produits finis (de 8% en 2001 à 21% en 2018). 

D’autant plus qu’en novembre 2019, lors de la 34e session du Comité permanent pour la COMCEC tenue à Istanbul, le ministre Moulay Hafid Elalamy avait annoncé à son homologue turc qu’il était impératif de rééquilibrer la balance commerciale entre les deux pays, sans quoi le Maroc n'hésiterait pas à dénoncer l'ALE qui lie les deux pays.

Dans le but d’identifier les potentiels mécanismes de rééquilibrage de la balance commerciale maroco-turque, une commission technique a mené une étude durant des mois qui s’est conclut par la signature d’un nouvel accord entre les deux pays le 24 août dernier pour amender l'ALE en vigueur.

Grâce à ce dernier, le Maroc a établi dans l'ALE une liste de 1.200 produits qui seront exclus de l'accord de libre-échange. Ces produits dérivent de plusieurs secteurs, notamment le textile et l’habillement, le cuir, l'automobile, la métallurgie, le bois et l'électricité. Cette liste sera soumise à une évaluation annuelle et pourra être révisée.

 

Valable pour une durée de 5 ans renouvelables à partir de la date de sa ratification, le présent accord appliquera à ces produits un droit de douane équivalent à 90% du droit commun correspondant à leurs positions tarifaires.

Pour rappel, le déficit commercial du Maroc avec la Turquie a atteint 19,5 milliards de DH en 2019, en hausse de 22% ou de 3,5 milliards par rapport à 2018. Même si les exportations du Maroc vers la Turquie se sont redressées de 10% après 2 années de baisse, les importations depuis ce pays ont poursuivi leur forte progression avec +19%, à 25,6 milliards de DH contre à peine 6,1 milliards pour les exportations.