Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Monde

Soutenir la résilience économique pour amoindrir l’impact de la Covid-19


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Jeudi 27 Mai 2021

L’émergence des pays africains ne sera pas une utopie malgré les conséquences de Covid-19, lesquelles vont aggraver la dette du continent. Quant à l’économie marocaine, elle fait preuve de résilience. Explications avec Moubarack Lô, Senior Fellow au Policy Center for the New South et actuellement Directeur Général du Bureau de Prospective Economique au Secrétariat général du gouvernement du Sénégal



Moubarack Lô, Senior Fellow au PCNS et DG actuel du BPE au SG du gouvernement du Sénégal
Moubarack Lô, Senior Fellow au PCNS et DG actuel du BPE au SG du gouvernement du Sénégal
A votre avis, la Covid-19 a-t-elle  compromis l’émergence des Etats du continent ?

Disons que la Covid-19 a ralenti quelque peu la marche sur le chemin de l’émergence que plusieurs pays avaient fermement emprunté au cours des dernières décennies passées. La croissance a baissé dans la quasi-totalité des pays africains, comme partout ailleurs dans le monde, avec une contraction de 2,1% du PIB continental, d’après les estimations de la Banque africaine de développement.

Il en est de même pour les investissements productifs qui doivent préparer la transformation structurelle du continent et favoriser l’accélération de son industrialisation et de son insertion réussir dans l’économie mondiale. Selon la CNUCED, les investissements directs étrangers à destination de l’Afrique ont chuté de -18% en 2020 par rapport à 2019, moins que le mouvement de recul au niveau mondial qui a atteint -42% d’une année sur l’autre.

Dans ces conditions, quels sont les mécanismes et mesures qu’il faut mettre en place pour que cette émergence soit une réalité ?

Au surplus, l’exécution budgétaire a partout été marquée par une réduction des recettes fiscales et non fiscales, concomitamment avec un besoin supplémentaire de dépenses publiques pour soutenir la résilience économique et amoindrir l’impact négatif de la Covid-19 sur la pauvreté des ménages. C’est la raison pour laquelle, les bailleurs de fonds ont décidé, dès le milieu de l’année dernière, d’accorder, à 38 pays africains, un moratoire sur les intérêts de la dette extérieure, pour un montant global estimé à 2 milliards de dollars. Ce moratoire a été renouvelé pour 2021.

Malgré tout, les pays africains conservent toutes leurs chances pour réussir l’émergence dans les prochaines années. A cet effet, ils doivent particulièrement s’évertuer à maintenir les efforts de réformes structurelles pour lever les handicaps qui empêchent le tissu productif de se développer, tout en mettant en oeuvre des investissements ciblés d’attrait et d’accompagnement des investissements dans les différents secteurs à valeur ajoutée.

On parle beaucoup de la dette africaine. D’aucuns soutiennent qu’il s’agit d’un faux débat comparativement à la dette des Etats-Unis, de la France ou encore des pays de l’Union européenne dans leur ensemble. Qu’en pensez-vous ?

En matière d’endettement, le plus important c’est la capacité du pays à rembourser qui renseigne sur la soutenabilité de la dette et sur la solvabilité du pays. Dans beaucoup de pays riches, la dette dépasse le revenu national, tandis qu’elle représente moins de 70% dans la plupart des pays africains. Cependant, les pays développés ou émergents ont la possibilité d’assurer assez aisément le paiement de leur dette par l’émission de nouveaux bons de trésor et obligations.

Les pays pauvres ont moins de marge de manoeuvre pour émettre des instruments financiers et les mettre sur le marché, et très souvent le service de la dette vient grever directement les recettes fiscales et contribuer ainsi à évincer les dépenses publiques destinées aux secteurs sociaux et aux infrastructures de base. Le seuil d’endettement tolérable est donc théoriquement et pratiquement beaucoup plus bas.

L’économie marocaine a fait preuve de résilience face à la crise sanitaire selon des analystes. Peut-on parler de l’exception marocaine ? Si oui, quels sont les facteurs ou éléments qui ont contribué à cette résilience ?

L’économie marocaine a beaucoup souffert de la crise Covid-19, car, selon les données provisoires du Haut-Commissariat du Plan (HCP), elle aurait connu une récession, plus sévère que prévue, de -7,1% en 2020, contre une croissance positive du PIB de +2,5% en 2019 et de +3,1% en 2018. Néanmoins, le HCP anticipe une reprise de l’activité en 2021, avec une croissance projetée à +4,6%, sous l’effet notamment de la production agricole qui croît vite depuis le début de l’année.

En revanche, les autres secteurs ne progressent que timidement depuis janvier, et il faudra sans doute compter sur la levée progressive des restrictions liées à la Covid-19 pour espérer obtenir une relance plus forte des activités secondaires et tertiaires au Maroc, ainsi que des exportations qui ont été fortement éprouvées pendant l’année 2020 (-7,5 % en un an), en particulier pour ce qui concerne les métiers mondiaux du Maroc (-29% dans l’aéronautique par exemple).

Quelle évaluation avez-vous faite de la conférence de Paris sur le financement des économies africaines ?

C’est une bonne initiative de mobiliser la Communauté des bailleurs pour les engager à accompagner les efforts de relance économique entrepris par les pays africains. Certaines annonces ont été faites, dont le plaidoyer pour l’augmentation des nouveaux de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) au niveau du FMI et l’allocation de 100 milliards de DTS à l’Afrique, au lieu des 33 milliards de DTS programmés, ainsi que la réallocation aux pays africains d’une partie des quotas qui seraient alloués aux pays développés. Mais il ne s’agit que d’annonces et il faudra attendre les prochains mois pour voir si ces annonces seront suivies d’effets.

Bon à savoir

Moubarak Lô est ingénieur statisticien économiste, diplômé de l’ENSAE-CESD de Paris, de l’Institut d’Etudes politiques de Paris et de l’Ecole nationale d’Administration de France. Actuellement, Directeur général du Bureau de Prospective Economique au Secrétariat général du gouvernement du Sénégal et Senior fellow au Policy Center for the New South (PCNS), et Expert du système des Nations Unies. Ancien économiste en chef du Premier ministre du Sénégal et ancien directeur de cabinet adjoint du Président du Sénégal. Enseignant dans le Master HEC géopolitique et géoéconomie de l’Afrique émergente à l’UM6P (Benguerir-Maroc). Quant au PCNS, c’est un think tank marocain dont la mission est de contribuer à l’amélioration des politiques publiques, aussi bien économiques que sociales et internationales, qui concernent le Maroc et l’Afrique, parties intégrantes du Sud global. Le PCNS défend le concept d’un « nouveau Sud » ouvert, responsable et entreprenant ; un Sud qui définit ses propres narratifs, ainsi que les cartes mentales autour des bassins de la Méditerranée et de l’Atlantique Sud, dans le cadre d’un rapport décomplexé avec le reste du monde.