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Culture

Rentrée littéraire : La pandémie n’a pas eu raison du livre


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Mercredi 16 Septembre 2020

La rentrée littéraire de cette année ne ressemble à aucune autre. Le Coronavirus pèsera sur elle de tout le poids des peurs qu’il suscite et l’arrivée de nouveaux éditeurs a rebattu les cartes de l’édition.



Rentrée littéraire : La pandémie n’a pas eu raison du livre
La rentrée littéraire de cette année a pris un coup de jeune. Tariq Editions n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le filon des années de plomb épuisé, l’éditeur, à défaut de diversifier son offre éditoriale, se fait de moins en moins présent. Les grands ténors comme La Croisée des Chemins et Afrique Orient restent encore incontournables et une rentrée littéraire sans leurs nouveautés n’est pas une rentrée littéraire. Le dernier arrivé qui en impose par sa production et la diversification de son catalogue, les Editions Marsam, est dans un schéma identique et subit les mêmes contraintes.

Cette rentrée littéraire, le Coronavirus l’a marquée de son empreinte, des peurs qu’il suscite et La Croisée des Chemins n’organisera pas sa rentrée littéraire, sinon que virtuelle. La Croisée des Chemins procèdera à cette rentrée le 12 octobre prochain avec implication de libraires des principales villes universitaires, contribution des auteurs pour animer cette rentrée par la lecture de 4ème de couverture et ouverture de débats en ligne avec la collaboration des libraires. A cette occasion, La Croisée des Chemins fera la promotion de l’ouvrage collectif et de réflexion sur la pandémie du Coronavirus auquel ont contribué 30 auteurs, notamment Tahar Ben Jelloun, Ali Bennmakhlouf, Jalil Bennani, les économistes et anciens ministres des Finances, Mohamed Berrada et Fathallah Oualalou, Zakia Daoud, l’égérie de la presse marocaine et capitaine au long cours de la rédaction du mensuel Lamalif, sans oublier Fodé Sylla, ambassadeur itinérant du Sénégal.

Le circuit de distribution vacille

Côté distribution et commercialisation, le circuit tient le coup mais vacille à cause des restrictions de déplacement entre les villes et à l’intérieur d’une même ville, comme Casablanca et Tanger, qui subissent confinement sur confinement et restriction de déplacement sur restriction de déplacement.

Kenza Sefrioui des Editions En Toutes Lettres dira : « La rentrée s’annonce très incertaine, en raison de la fragilité de toute la chaîne du livre : la situation sanitaire, avec ses conséquences sur la rentrée scolaire, risque d’avoir un impact très négatif pour les librairies qui dépendent de ce moment pour assurer leur trésorerie de l’année. Nous sommes donc dans l’expectative, mais ne perdons pas espoir... ». Abdelhak Najib dira pour sa part : « On ne peut pas parler d’une rentrée ni éditoriale ni littéraire, puisque nous n’en avons pas dans le sens strict du mot. Encore moins cette année, avec la pandémie ».

Le phénomène de partage de livres au format électronique sur internet semble prendre de l’ampleur. Quel est son impact sur l’acte d’achat en librairie ? A défaut d’être cerné, on dira qu’il est minime, pour l’instant et jusqu’à preuve du contraire apportée par des enquêtes, à tout le moins dans des pays à forte tradition d’édition et de lecture. Le partage a cette différence qu’il ne donne pas la liberté de choix assumée d’achat de tel ou tel ouvrage. C’est celui qui partage qui décide de la lecture à faire…

Une nouvelle génération d’éditeurs

Le paysage sinistré du secteur culturel, du livre en particulier, n’empêche pas les éditeurs de publier comme le montre cette nouvelle génération d’éditeurs, constituée pour la plupart d’auteurs, à la différence d’Afrique Orient, La Croisée des Chemins et Marsam. Aussi bien Camille Hoballah que Abdelkader Retnani et Rachid Chraîbi ne sont auteurs d’une quelconque prose ou d’un quelconque essai. Il en est de même de Leila Chaouni, la grande prêtresse des Editions Le Fennec qui a dans son écurie Mahi Binebine et propose des prix de vente à 30 dhs, plus en rapport avec le pouvoir d’achat. Le Fennec est remarquable par sa constance dans ses choix éditoriaux, peu enclin à l’éclectisme à tout crin.

Ces auteurs-éditeurs ne font pas que de l’autoédition mais éditent, souvent, des auteurs de la première oeuvre. Il s’agit de Ghizlaine Chraïbi (Onze), Abdelhak Najib (Orion), Elmehdi Elkourti (Aquila) et du duo Kenza Sefrioui- Hicham Houdaifa (En Toutes Lettres). Si les catalogues d’Orion et d’Onze sont relativement éclectiques, En Toutes Lettres s’est spécialisé dans les ouvrages issus d’enquêtes sur le terrain. Et pour cause, aussi bien Kenza Sefrioui (journaliste culturel qui a consacré sa thèse à la revue Souffles, éditée en livre) que Hicham Houdaifa sont journalistes, de terrain pour ce dernier qui a fait ses armes à Le Journal Hebdomadaire, La Vie Eco. Un autre éditeur de niche est Aquila : « Notre ligne éditoriale est axée sur le polar et le thriller (qu’il soit conspirationniste, d’action, psychologique, politique, horrifique, fantastique ou historico-ésotérique), dira Elmehdi Elkourti, qui a choisi de se diversifier dans le livre scolaire.

Orion, également lancée et dirigée par un journaliste, Abdelhak Najib, présente un catalogue diversifié (essai, roman, poésie). Cet éditeur a relevé le défi de réunir un collectif en plein confinement et en a publié le résultat durant la même période : « Maroc, de quoi avons-nous peur ? ». Plongé dans l’actualité comme seul un journaliste peut l’être, Abdelhak Najib a également publié en plein confinement « Coronavirus, la fin d’un monde » en collaboration avec Imane Kendili.

Une question avant de clore cet aperçu : au sein de quel éditeur sommeillent les Driss Chraïbi, Tahar Ben Jelloun, Abdelkébir Khatibi, Abdallah Laroui… qui nous furent offerts par Denoël et Maspéro ? Khalid Zekri qui a publié chez La Croisée des Chemins son « Modernité arabes : De la modernité à la globalisation » est-il ce Abdallah Laroui, penseur des idéologies, arabes en particulier, que l’on attendait depuis des décennies, déjà ? L’avenir nous le dira…

Abdallah BENSMAÏN