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Actu Maroc

Qui veut casser l’Union Nationale contre le coronavirus


Rédigé par Hajar Lebabi le Dimanche 22 Mars 2020

Des dizaines de personnes sont descendues dans les villes de Salé, Tanger, Tétouan et Fès, le 21 mars, défiant l'état d'urgence sanitaire imposé par les autorités. Qui sont les instigateurs de cette action insensée et tout sauf spontanée ?



Les sombres marcheurs de la nuit
Les sombres marcheurs de la nuit

Les images mettant en scène des grappes d’individus marchant à cadence militaire et hurlant à pleins poumons «Allahou Akbar» dans quatre villes marocaines ont profondément marqué les esprits. Relayés par les réseaux sociaux, ils ont rajouté à cette ambiance d’apocalypse dans laquelle notre pays est plongé depuis la proclamation de l’état d’urgence sanitaire, une inquiétante touche de messianisme illuminé dont on aurait aimé se passer.

Les scènes en question avaient pour théâtre les villes de Salé, Tanger, Tétouan et Fès, toutes les quatre réputées pour être des fiefs du mouvement sectaire d’Al Adl Wal Ihssane. Au lendemain donc de cette mascarade que les autorités auraient pu mater avec toute l’autorité et la sévérité qui s’imposent en pareils cas, les regards accusateurs se tournaient naturellement vers cette organisation qui évolue à la lisière de la légalité.

Récupération politicienne
Plus que le fait de braver la mesure de confinement obligatoire imposée par les autorités pour limiter la propagation du covid-19 dans notre pays relativement sous-équipé contre cette épidémie et lui éviter ainsi une hécatombe à l’italienne, c’est surtout l’impudeur des instigateurs de ces marches et leur culot d’avoir osé s’attaquer à la belle union nationale contre le coronavirus pour de basses considérations politiciennes qui a suscité le dégoût des marocains.   

A l’origine de cette provocation, des messages publiés quelques heures auparavant sur plusieurs réseaux sociaux appelant les foules d’ignares à la mutinerie contre l’état d’urgence. Parmi les auteurs de ces messages, quelques-uns qui se présentent comme des Rakis, ces charlatans de la médication religieuse, avaient proclamé par le passé leurs accointances avec le mouvement de Cheikh Yassine. Mouvement qui a multiplié durant la dernière semaine les critiques et les reproches à l’encontre du dispositif sanitaire mis en place par les autorités. En plus de décrier la fermeture des mosquées et la suspension provisoire des prières collectives, Al Adl s’en est pris à certains grands donateurs du fond spécial coronavirus, mettant en doute leur sens de la solidarité.  

Quoiqu'il en soit et nonobstant les instigateurs, des attroupements simultanés et donc synchronisés et nullement spontanés prennent forme samedi soir dans les villes de Tanger, Tétouan, Fès et Salé. Parmi le magma des marcheurs indéfinis, une constellation de sensibilités idéologiques brassant complotisme, fanatisme et messianisme, unissent leurs voix pour défier les autorités. Mettant ainsi en péril leur propre santé, ainsi que celle des leurs proches et de l’ensemble des marocains.
 


Retour des bâtons

Faisant preuve d’un grand sens de la retenue, les forces de l’ordre qui auraient pu et auraient dû sévir avec plus de fermeté ont évité la confrontation, appelant les mutins à la raison. Mais ça ne saurait durer. «Les consignes ont été données pour que toute réédition de comportements analogues soit contrée par la plus grande fermeté», nous dit en effet un haut gradé des forces de l’ordre.

Principal indice de cette tendance au durcissement, au lendemain des marches de samedi, le projet de décret-loi 2.20.292 relatif à l’état d’urgence sanitaire a été validé en conseil du gouvernement dimanche. Lundi, il sera soumis à la commission permanente de l’intérieur, des collectivités territoriales, de l’habitat et de la politique de la ville. Une commission qui siégera en pleines vacances parlementaires en vertu des dispositions de l’article 81 qui autorise le gouvernement à «prendre, dans l'intervalle des sessions, avec l'accord des commissions concernées des deux Chambres, des décrets-lois qui doivent être, au cours de la session ordinaire suivante du Parlement, soumis à ratification de celui-ci».

Le nouveau texte adopté dimanche, prévoit des peines allant d’un à trois mois de prison assorties d’une amende entre 300 et 1300 dirhams ou de l’une des deux peines, sans préjudice de la peine pénale la plus lourde. Son adoption avec une célérité inhabituelle souligne la volonté des autorités de sévir contre les contrevenants dans le respect de la légalité. Déjà deux individus soupçonnés de faire partie des instigateurs ont été arrêtés dimanche à Tanger. Vivement donc le retour des bâtons.  
 

 

  


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