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Actu Maroc

Pack emploi 2021: Discrimination patente envers les séniors


Rédigé par Saâd JAFRI le Mardi 5 Janvier 2021

La Loi de finances 2021 est venue avec un package de mesures dans l’ambition de lutter contre ce chômage de longue durée qui ravage les jeunes. Cependant, la cohorte des séniors et des quarantenaires, sont laissés-pour-compte.



Maintenant que la nouvelle année a débuté, les entreprises peuvent bénéficier du nouveau pack emploi mis en place dans le cadre de la Loi de Finances 2021 (LF2021). Parmi les principales mesures proposées par ce texte de loi figure l’exonération de l’IR (impôt sur revenu) pour toutes les entreprises quelle que soit la date de leur création, sur les salaires versés pendant 36 mois aux jeunes de 35 ans ou plus, ayant un contrat CDI, et ce, dans le cadre de leur premier recrutement.

L’emploi des jeunes se profile donc comme une priorité et la progression du chômage deviendra la hantise des responsables dans un contexte post-Covid. En effet, cette mesure relève de l’évidence, du fait qu’après une tendance à la baisse durant les trois dernières années, le taux de chômage a grimpé de 3,3 points, entre les troisièmes trimestres de 2019 et de 2020, passant de 9,4% à un taux record de 12,7%, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP).  

La décision de l’Exécutif se présente donc comme une mesure louable qui encouragera sans le moindre doute les entreprises à sortir de la politique d’austérité et recruter davantage les jeunes marocains, noyés aujourd’hui dans l’angoisse. Néanmoins, elle demeure loin de compenser les dégâts causés par la crise. 

Si le taux d’emploi a chuté dans toutes les strates de la société atteignant un taux 37,9%, son impact est encore plus visible parmi la cohorte des séniors et des quarantenaires avec un taux de 38,5%. Ces derniers, dont la situation sociale est plus compliquée que celle des jeunes (principalement suite aux responsabilités familiales), sont les laissés-pour-compte du plan de soutien à l’emploi mis en place par la majorité, alors que leurs chances de retrouver un emploi en ces temps de sinistrose ont été réduites à minima par la conjoncture.

D’ailleurs, les représentants de la Nation ont présenté moult amendements au gouvernement pour sauver la mise, sauf qu’il a fait, une fois de plus, la sourde oreille! «Au moment de la présentation des amendements, nous avions demandé d’écarter la variable âge de l’exonération fiscale proposée», nous confie le député istiqlalien, Rahal El Mekkaoui, avant d’ajouter qu’il y a «des personnes qui à 50 ans n’ont pas encore signé un contrat CDI en bonne et due forme. Ces derniers ont aussi le droit de bénéficier de cette mesure». 

Cela dit, M. El Mekkaoui, nous indique que l’Istiqlal a fait une proposition qui va limiter les dégâts pour ces personnes négligées. Il s’agit de l’exonération de l’IR du salaire global mensuel, qui ne dépasse pas 10.000 dirhams, versé au salarié ayant perdu son travail involontairement durant la période allant du 1er mars au 30 septembre 2020. Cette exonération concerne les douze premiers mois à partir de la date d’embauche du salarié.

Quelle alternative ? 
Les exemples de mesures pour lutter contre le chômage des seniors ne manquent pas. Pour prendre l’exemple le plus récent, la France a promulgué en décembre un projet de loi, prévoyant la création d’un «CDI inclusion». Ce nouveau contrat de travail spécifique vise les seniors de plus de 57 ans éloignés de l’emploi. Il pourra être utilisé par les structures d’insertion par l’activité économique pour aider ce public très touché par le chômage.

Concrètement quelque 3.800 structures d’insertion par l’activité économique (SIAE), qui ont déjà signé avec l’État un contrat d’aide financière publique, pourront recruter ces salariés de 57 ans et plus en CDI. Un parcours et un accompagnement professionnel spécifiques seront définis avec eux, jusqu’à leur retraite. Bien que la pyramide d’âge de l’Hexagone soit différente de celle du Royaume, il n’en demeure pas moins qu’une mesure pareille serait adéquate à la présente conjoncture même au Maroc. 

Par ailleurs, que ce soit pour les jeunes ou pour les seniors, rien ne garantit la réussite du «pack emploi», mis en place par le gouvernement. «Pour que les entreprises se mettent au recrutement, il faut que le marché reprenne son dynamisme. Ce qui n’est pas le cas pour le moment», souligne Rahal Mekkaoui, ajoutant «que pour dynamiser l’activité économique, il faut assurer des moyens de production à des prix bas, il faut améliorer la compétitivité des produits locaux par rapport à ceux importés, il faut de la créativité, de l’innovation… plusieurs défis que le gouvernement peine à surmonter». Ainsi, il ne faut pas être surpris si le taux de chômage grimpe davantage dans les mois qui viennent, conclut le député istiqlalien, car les mesures fiscales ne sont pas des solutions miracle. 

Saâd JAFRI

  


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