Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Mont Tropic et ​Terres rares : Le Maroc amorce la phase de prospection tactique


Rédigé par Oussama Abaouss le Samedi 27 Mars 2021

En plus du bras de fer entamé avec l’Espagne à propos du très prometteur mont sous-marin Tropic, le Royaume est en phase de prospection tactique des gisements continentaux potentiels de terres rares.



Mont Tropic et ​Terres rares : Le Maroc amorce la phase de prospection tactique
Avec l’avènement de nouvelles technologies, apparaît le besoin de nouvelles ressources naturelles « non-conventionnelles » à exploiter. C’est le cas des « terres rares » qui sont devenues l’objet d’une réelle course stratégique des nations. Nombre de ces éléments possède des propriétés uniques qui les rendent utiles dans de nombreuses applications (radiographie médicale, téléphonie, composants d’éoliennes et de batteries…).
 
Les éléments de terres rares (ETR) regroupent 17 éléments chimiques, relativement abondants dans la croûte terrestre : les lanthanides (15 éléments), en plus du scandium et de l’yttrium. Ces éléments sont communément appelés « terres rares », car ils sont souvent beaucoup plus dispersés dans la nature que les autres métaux, et s'avèrent donc plus difficiles à exploiter. À ce jour, l’exploitation et la commercialisation des terres rares au niveau international sont largement dominées par le géant chinois dont dépendent beaucoup d’autres pays pour s’approvisionner.
 
Le Maroc à la recherche de terres rares
 
Si le Maroc n’est pas un pays pétrolier, ses sous-sols regorgent de minerais en tous genres et les spécialistes n’excluent pas la possibilité pour notre pays de trouver des filons de terres rares assez importants, qui pourraient à terme le replacer dans l’échiquier mondial de ces ressources convoitées.
 
« Afin de continuer à alimenter son portefeuille des projets, l’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) va poursuivre la réalisation des campagnes sur de larges superficies, en faisant appel à de la géophysique aéroportée, la télédétection-hyperspectral et la géochimie. Pour la recherche tactique, il s’agira de développer au niveau des Provinces du Sud les gisements de terres rares (niobium, tantale, molybdène et or de Twihinate et Lamlaga), d’or-cuivre de Chenna, d’or d’Alwarma, de terres rares (niobium, tantale) fer et uranium de Glibat Lafhouda, de Drag Al Farnan et de Lahjeyra », a récemment annoncé, dans une interview à la MAP, le secrétaire général de l’ONHYM, Abdellah Moutaqui.
 
Quid des gisements sous-marins ?
 
Comme beaucoup d’autres ressources minières, les terres rares se trouvent également dans certains sites localisés au niveau des fonds marins. Un site particulier est actuellement au cœur d’un bras de fer entre le Maroc et l’Espagne : le mont Tropic. Situé à quasiment à la même distance de l’île El Hierro et des côtes atlantiques marocaines, ce mont sous-marin promet monts et merveilles en matière de ressources minières de haute valeur, selon des études réalisées par un groupe de chercheurs britanniques.
 
Dans l’article scientifique publié en juillet 2017, les scientifiques mettent en avant des teneurs très élevées de fer, de manganèse, mais aussi de cobalt, nickel, plomb, vanadium et plusieurs éléments de terres rares comme le trium ou le cérium. Plusieurs monts sous-marins appartenant au même ensemble volcanique que le mont Tropic se trouvent à moins de 200 milles nautiques des îles Canaries. Le mont Tropic lui-même se trouve en dehors de cette délimitation, ce qui a poussé l’Espagne dès 2014 à faire une demande à l’ONU pour que son plateau continental soit étendu à 350 milles marins.
 
Des enjeux présents pour des résultats futurs
 
Après la délimitation de la zone économique exclusive maritime entamée et officialisée par notre pays, le 30 mars 2020, le mont Tropic s’avère être sous la souveraineté marocaine. De l’autre côté de la Méditerranée, la presse et les institutions espagnoles contestent cette délimitation en revendiquant la propriété du mont sous-marin.
 
Plusieurs vidéos et commentaires qui circulent actuellement sur les réseaux sociaux avancent plusieurs théories et spéculations sur les enjeux économiques liés à ce gisement offshore. Il n’en reste pas moins qu’au-delà des considérations géopolitiques, l’exploitation des ressources minières et des terres rares du mont Tropic, reste actuellement une lointaine possibilité, car le droit international et les technologies minières qui existent actuellement ne le permettent pas encore.
 
Avant de gagner le pari d’exploiter les terres rares en mer, le Maroc devra démontrer sa capacité de gagner celui de l’exploitation durable des terres rares continentales. Vaste programme pour un chantier qui présente des défis techniques et environnementaux colossaux. 
Mont Tropic : un paléo-volcan né en surface puis englouti par l’océan
 
Le mont Tropic est un paléo-volcan qui fait partie de tout un ensemble de montagnes et de collines sous-marines qui se trouvent au large du Maroc et au Sud des îles Canaries. L’âge de cette formation est estimé entre 130 et 60 millions d’années. Le volcan Tropic a été formé en surface puis a été englouti par l’océan suite à des phénomènes tectoniques. Il se trouve actuellement, selon les références, entre 1000 et 2400 m de profondeur. 

La masse principale du mont Tropic est constituée de roches volcaniques effusives. Il contient également d’autres constituants minéraux. Vu la nature sous-marine du volcan du mont Tropic, des phénomènes de sédimentation ont provoqué la formation de roches sédimentaires qui se sont accumulées sur le plateau volcanique dont la superficie est estimée à près de 120m². Par-dessus, se trouvent « des croûtes noires » qui sont principalement composées de fer et de manganèse et qui constituent les sites les plus prometteurs pour l’exploitation minière des terres rares.


Mont Tropic et ​Terres rares : Le Maroc amorce la phase de prospection tactique
3 questions au Pr Iz-Eddine El Amrani El Hassani, géologue
 
« Ce n’est pas un gisement qui pourra être exploité de si tôt »
 
Au-delà des considérations géopolitiques, Pr Iz-Eddine El Amrani El Hassani, géologue et enseignant-chercheur affilié à l’Institut Scientifique de Rabat, nous livre son point de vue scientifique sur le mont Tropic.
 
- Que révèlent les études de prospection qui ont été réalisées au niveau du mont Tropic ?

- Des études réalisées sur ce site, dans les années 90 et 2000, avaient déjà identifié du fer et du manganèse avec des petites quantités de cobalt, nickel et terres rares. Bien que ces études aient mentionné des « concentrations intéressantes », les teneurs réelles n’étaient pas encore connues.

Ce n’est que dans les années 2016 et 2017 qu’une équipe britannique a pu mener un travail plus poussé grâce à l’utilisation de technologies avancées (robot, télédétection…) en révélant des résultats encore plus prometteurs.

- Comment interprétez-vous ces résultats ?

- Dans ce genre d’études, les chercheurs se basent souvent sur les hypothèses les plus optimistes. En tant que géologue, je prends ces valeurs avec prudence, car il s’agit encore à ce stade de recherches stratégiques.

Confirmer les teneurs avancées ne pourra être fait que lorsque seront réalisées des recherches tactiques qui vont encore plus en profondeur dans la prospection et sur la base desquelles les entreprises pourront s’engager pour entamer l’exploitation.

- Si des études tactiques confirment les résultats, l’exploitation de ces gisements sera-t-elle envisageable ?

- Quand bien même des études tactiques plus poussées auront été faites, ce n’est pas un gisement qui pourra être exploité de si tôt. Déjà, la législation internationale n'autorise pas ce genre d’exploitation des fonds sous-marins à cause des dégâts écologiques graves qu’elle peut occasionner.

Les nations se dirigent cependant vers l’idée d’exploiter ce genre de gisements miniers, surtout que les grands gisements des métaux stratégiques sur la terre ferme sont au bout de l’épuisement. Ce cap ne pourra toutefois être franchi sans avancées notables au niveau des technologies utilisées afin de rendre le processus le plus propre possible et faisable techniquement.