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Mi Fatima et sa chère bonbonne de gaz


Rédigé par Soufiane CHAHID le Mardi 1 Novembre 2022



Mi Fatima et sa chère bonbonne de gaz
Mi Fatima tient une petite gargote dans la zone industrielle de Aïn Sebaâ à Casablanca. Parmi les ruelles grises et austères de ce quartier prolétaire, son restaurant de fortune est l’unique source de pitance abordable pour les légions d’ouvriers. Depuis vingt ans, été comme hiver, Mi Fatima sert des soupes chaudes et du msemmen le matin, et des sandwichs au thon et à la sardine frite au déjeuner. Malgré son dos qui commence à fléchir, elle reste fidèle au poste et relativement satisfaite de sa modeste existence.

Mais voilà que depuis quelques jours, Mi Fatima semble avoir perdu sa quiétude fataliste des petites gens qui se suffisent de peu en carburant à la fameuse «9ana3a». Dans son entourage, la rumeur enfle sur une prochaine levée des subventions sur les bonbonnes de gaz. Comment s’en sortirait-elle si, demain, «Lbota» coûtait 90 ou 100 dirhams ? Elle, qui en consomme entre deux et trois par semaine, n’aura alors d’autre choix que d’augmenter ses prix ou de plier bagage. On lui dit que l’Etat va lui verser des aides, mais suffiront-elles à couvrir une telle augmentation de frais qui viendrait s’ajouter à l’inflation des prix d’autres matières premières comme l’huile, la farine, le poisson, etc. ?

Mi Fatima entend bien que les subventions coûtent beaucoup d’argent au contribuable. Mais comment la convaincre qu’aux yeux des autorités, elle soit rangée à la même enseigne que son richissime cousin au bled, qui siphonne chaque jour une bonne vingtaine de bouteilles de gaz pour le pompage de l’eau, ainsi que les autres équipements agricoles normalement électriques, mais convertis moyennant moult bricolages au jusqu’ici très abordable gaz butane ?

La perplexité de Mi Fatima est d’autant plus légitime lorsque l’on sait que, selon certaines estimations, 40% des bonbonnes écoulées sur le marché vont aux agriculteurs. Pour autant, ce n'est pas la récente sortie rassurante de la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, qui a clairement signifié que la décompensation n’est pas prévue pour 2023, qui parviendra à dissiper les craintes de Mi Fatima comme celles de ses infortunés clients.

Ceci en dépit du fait que les marocains sont de plus en plus conscients que la politique de subventions des produits de première nécessité profitait plus aux grands consommateurs et aux riches, qu’au petit peuple. D’où la nécessité d’une approche spécifique, individualisée et plus humaine en matière de décompensation, à même de répondre aux réalités du vécu marocain. Car sinon, priver Mi Fatima et ses centaines de milliers de semblables de leur pain quotidien, serait une catastrophe sociale qu’il faudra un jour ou l’autre compenser.



Soufiane CHAHID

 



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