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Tribune libre

Meknès : Investissement de City Club, une affaire d’opinion publique


Rédigé par Hadi Benomar, journaliste le Mardi 13 Avril 2021

Grâce à notre enquête parue à « L’Opinion » du 16 février 2021, grâce aussi à la campagne de protestations qui s'en est suivie sur les réseaux sociaux avec son : "#Meknès n’est pas à vendre", les autorités provinciales ont réagi sans tarder pour remettre les pendules à l'heure en mettant leur veto sur les trois projets controversés que le Conseil de la commune de Meknès avait scellés avec City Club, en usant d'un vote d'acceptation.



M. Sebbar, gouverneur de Meknès, conscient de la gravité de la tournure que prenait cette affaire qui a défrayé la chronique, a saisi par courrier le 1er mars 2021, la présidence de la commune pour que soit mis fin aux irrégularités qui avaient entaché les trois conventions dont devait bénéficier le patron de City Club, tout en insistant sur le respect des textes de loi en vigueur, exigeant ainsi le recours aux appels d'offres et à la préparation d'un cahier des charges, et ce pour plus de transparence et d'égalité des chances, invitant le président Bouanou à programmer une session extraordinaire conformément à l'article 117 pour que le Conseil puisse en débattre de nouveau. Ce qui fut fait le 23 mars 2021.
 
Chronologie d'un projet qui sème la discorde
 
L'histoire commence courant 2018, comme devait le révéler Bouanou qui a fini par sortir de son mutisme pour briser le silence qui entourait ce projet qui a semé la discorde et la zizanie entre les membres du Conseil et provoquer la colère de toute une population.
 
 Comme il devait le dire de vive voix, lors de son intervention ce mardi 23 mars 2021, courant 2018, le patron de City Club est allé frapper à sa porte pour lui demander s'il pouvait intervenir en sa faveur pour lui faciliter l'acquisition d'un local (le même que l'enseigne Waikiki occupe aujourd'hui). Comme la valeur locative demandée allait lui coûter les yeux de la tête, il a laissé tomber pour se rabattre sur un autre local situé sur la route de Moulay Driss sur proposition du maire Bouanou. Là encore, l'affaire a fini par tomber à l'eau à cause, toujours, des arrhes demandées et du prix de location très élevé. Découragé, le patron de City Club a fini par jeter l'éponge.
 
En 2019, le voilà qui refait surface pour jeter son dévolu, non pas sur l'un des locaux qui pullulent ici à Meknès et qui attendent preneur, mais sur la piscine olympique qui venait à peine d'être inaugurée en grandes pompes. Une piscine qui a coûté aux contribuables Meknassis la bagatelle de 600 millions de centimes, dont quatre cents ont été gracieusement offerts par l'INDH. Une piscine qui n'a jamais profité aux populations ciblées qui sont le dernier souci de ceux qui siègent à la commune.
 
Cette fois et contre toute attente, le patron de City Club a eu gain de cause puisque sa demande a été prise en considération. Voire même programmée à l'ordre du jour de la session extraordinaire du 25 juillet 2019 pour être ensuite adoptée malgré le niet de l'opposition. Mais, une fois soumise à l'appréciation du gouverneur, elle a été balayée d'un revers de main (courrier enregistré sous le numéro 19144 en date du 23 août 2019) pour incompatibilité avec les projets financés par l'INDH, d'une part, d'autre part, parce qu'elle ne respectait aucun texte de loi en vigueur. Pas d'appel d'offres. Pas de cahier de charges. Pas de cahier de prescriptions spéciales.  Rien. Le flou total.
 
En 2020, plus exactement, le 17 novembre, le voilà qui revient à la charge pour aller déposer une demande en bonne et due forme auprès de l'autorité provinciale pour la location d'un terrain communal. Je dis bien un terrain, comme il est souligné dans le courrier du gouverneur. Demande qui a été transmise au président Bouanou le 19 novembre 2020 pour étude et possibilité de réponse. 

Le 4 février 2021, lors de la tenue des travaux de la session extraordinaire, Bouanou et sa majorité, considérant la lettre du gouverneur comme un motif dérogatoire, n'ont pas hésité, au mépris, une fois de plus, des textes de lois en vigueur, à lui offrir sur un plateau d'argent, non pas un terrain comme il est spécifié dans la demande, mais trois espaces les mieux situés de la ville, d'une superficie totale qui dépasse les huit hectares:   Riad parc avec ses 7 hectares, ses deux piscines, son restaurant, ses locaux et ses espaces verts, la piscine couverte et ses 4000 m2 et la Piscine Olympique et ses 4000 m2, son café et ses autres dépendances. Celle-là même dont la transaction a connu le veto du gouverneur Sebbar, en août 2019.

Et, une fois de plus, le marché a été conclu sans appel d'offres, sans cahier de charges, sans contrat, sous le fallacieux prétexte d’encourager l'investissement.
Mais de qui se moque-t-on ?
 Je donnerai ma main à couper qu'il y a anguille sous roche.
 
Une session extraordinaire sous haute tension
 
En effet, la présidence qui n'en pouvait plus à cause de cette campagne médiatique sans précédent, s'est empressée de tenir la session extraordinaire demandée par l'autorité provinciale. C'était le 23 mars 2021. Une session de toutes les tensions, où toutes les limites ont été franchies quand le 9ème vice-président délégué à l'urbanisme sortit de ses gonds pour tirer à boulets rouges sur tout le monde, à commencer par les conseillers qui n'avaient pas cautionné les trois projets pour les traiter de tous les noms d'oiseaux en leur faisant porter le chapeau pour tous les ratés qu'a connus la ville. Une ville qu'il n'a pas hésité une seconde à qualifier de « Taudis délabré ». C'était le mot de trop qui allait mettre le feu aux poudres. On criait de toutes parts. On accusait ouvertement le président de complicité pour avoir joué le jeu de son représentant, pour avoir permis un tel outrage. Un tel affront.
 
Certes, le président Bouanou est intervenu pour calmer les esprits en présentant ses excuses et en poussant son "porte-parole" à faire de même. Mais le mal était déjà fait. On criait de partout pour exiger un droit de réponse.
 
La situation était des plus tendues. Tous ceux qui avaient pris la parole ont pris langue commune pour répondre du tac au tac dans une déferlante de critiques, ne manquant pas de remonter à 2003, année où la ville de Meknès a commencé sa descente aux enfers. Rappelant au vice-président Idrissi Abdessamad que sans les projets qu'ils avaient initiés, eux, lorsqu'ils étaient aux commandes de 2009 à 2015 et sans les 10 milliards d'excédent qu'ils avaient laissés, ce Conseil, qui reste pour l'essentiel oligarchique, piétinant, tardant à répondre aux attentes des Meknassis, empêchant la ville de s'épanouir pour avoir mis à mal sa trésorerie et bradé son foncier, aurait sombré dans la forfaiture. 

Renvoyant le président et sa majorité au mandat de 2003/2009 et ses scandaleuses affaires entre limogeage du président et sa poursuite en justice. Chose que les Meknassis ne sont pas prêts d'oublier. C'en était trop. Il fallait lever la séance pour mettre fin à ce lavage de linge sale, à ces règlements de comptes qui n'étaient du goût de personne.
Voilà à quoi toute une matinée et une partie de l'après-midi étaient-elles consacrées. Et les projets de City Club ? Ils sont renvoyés aux calendes grecques en attendant que la présidence daigne se conformer à l'article 113.14.
 
Le président Bouanou tirera-t-il leçon pour apprendre de ses erreurs et assumer la responsabilité de ses actions ou, mine de rien, ne va-t-il en faire qu'à sa tête, fort qu’il est de sa majorité ?
L'appel à manifestation d'intérêt qu'il vient de lancer le mettra sûrement à l'épreuve. Espérons cette fois que les choses se feront dans le respect des
règles établies pour le bien de tous. Car, ici à Meknès, personne n’est contre l’investissement quand il vise l’intérêt général et non l’intérêt privé.