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Actu Maroc

Marché de l’acier : Rechute après la belle reprise post-Covid ?


Rédigé par Abdellah MOUTAWAKIL le Jeudi 22 Septembre 2022

Après avoir réalisé un chiffre d’affaires de 15 milliards de dirhams en 2021, le secteur national de la sidérurgie devrait connaître des performances annuelles se rapprochant de celles de l’année dernière, en raison notamment de la guerre en Ukraine.



« Le marché de l’acier est un peu tendu actuellement, car les prix de la matière première flambent, les coûts énergétiques et de la logistique sont très élevés ». C’est Mohamed Taib, directeur général de l’Association des Sidérurgistes du Maroc (ASM), qui fait ainsi le point sur la situation du secteur de l’acier au Maroc. Autrement dit, après le choc du Covid, c’est la guerre actuelle en Ukraine qui vient surchauffer le marché de l’acier, explique-t-on au sein de l’ASM, qui regroupe les poids lourds du secteur de la sidérurgie au Maroc, à l’instar de Maghreb Steel, Sonasid, ou encore Somasteel, entre autres grands acteurs.

Pour ce secteur dont le chiffre d’affaires a atteint 15 milliards de dirhams en 2021, l’année 2022 devait être synonyme de confirmation de la reprise, mais le conflit qui perdure en Ukraine, un des principaux fournisseurs mondiaux de matières premières dans l’aciérie, vient doucher les espoirs de acteurs nationaux de cette industrie jugée « stratégique ».

17 milliards d’investissement

Au premier semestre de l’année en cours, près de 9 milliards de dirhams de chiffre d'affaires ont été réalisés par les principaux poids lourds nationaux. Sur la base des prévisions pour le second semestre, les performances annuelles se rapprocheront de celles de 2021 avec une évolution de + ou – 5% cette année par rapport à 2021. Malgré les difficultés liées à la matière première, le secteur national de la sidérurgie est en surcapacité de production par rapport aux besoins du marché.

Le secteur bénéficie d’une capacité de production de 2,96 millions de tonnes au premier trimestre, et 2,66 millions de tonnes au second trimestre en aciérie et de 3,28 millions de tonnes au premier trimestre, et second trimestre en laminage. Seulement, la demande locale atteint à peine 2 millions de tonnes par an. Pourtant, «plusieurs investissements sont en cours de réalisation pour l’installation d’aciérie et de nouvelles lignes de production de fil Machine », fait-on savoir au sein de l’ASM. «Le secteur a beaucoup investi pour accompagner les grands programmes de construction et d’infrastructures lancés depuis plus d’une décennie et représente (..) plus de 17 milliards d’investissement total réalisé et 1,3 milliard de dirhams de valeur ajoutée », poursuit l’ASM.

Baisse des prix de l’acier

Chez les principaux clients de la sidérurgie, à savoir les promoteurs immobiliers et les professionnels des matériaux de construction, on semble, paradoxalement, apprécier la conjoncture actuelle. «Nous pouvons dire que la situation s’améliore concernant les prix de l’acier. Le maximum atteint sur le marché l’année dernière était de 9 dirhams le kg et sur cette année le maximum atteint est de 13 dirhams le kg», indique David Toledano, président de la Fédération des Matériaux de Construction (FMC). Selon lui, cette baisse des prix de ce type de matériel peut modestement contribuer à la compétitivité des prix de l’immobilier. Au niveau de l’ASM, on prie davantage pour que ce secteur connaisse une véritable relance, en plus de la dynamique de construction des infrastructures, autre moteur du secteur national de la sidérurgie.

Export et sauvegardes

Quant au surplus de la production, il est souvent destiné à l’export. Mais là aussi, les choses sont loin d’être aussi faciles qu’elles n’y paraissent. « Le secteur de la sidérurgie est l’un des plus cadenassés dans presque tous les pays. C’est le secteur qui subit le plus grand nombre de mesures de sauvegarde déposées à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) », rappelle Mohamed Taib. Autrement dit, détaille-t-il, tous les pays protègent leur industrie sidérurgique dès qu’ils disposent d’un acteur local. Ce qui complique l’arrivée d’une production étrangère.

Pour le cas des sidérurgistes marocains, l’Europe et les marchés africains sont pour le moment les destinations de prédilection, malgré les nombreux obstacles à l’export. En attendant, un secteur émergent commence à susciter l’espoir chez les acteurs nationaux : il s’agit de l’automobile. A l’instar de l’immobilier et des infrastructures, il apparaît de plus en plus comme une débouchée d’avenir, surtout avec l’arrivée croissante de constructeurs mondiaux au Maroc.




Abdellah MOUTAWAKIL

Repères

 
Sidérurgie : 3000 nouveaux emplois à l’horizon 2024...
Au Maroc, on estime que la sidérurgie recèle un important potentiel de développement. En effet, selon l’ASM, le secteur a enregistré une hausse de quasiment 50% au niveau de son chiffre d’affaires, passant de 10 milliards de DH en 2016 à plus de 15 milliards de DH en 2021. Dans cette même dynamique, le secteur prévoit plus de 3 milliards de DH d’investissement, avec la création de plus de 3000 emplois à l’horizon 2024. Le secteur revendique la création, actuellement, de plus de 5000 emplois directs et près de 12.000 emplois indirects.
... Sept opérateurs d’une industrie technologique
Selon l’ASM, la sidérurgie marocaine compte sept opérateurs qui représentent une industrie hautement technologique, segmentée en produits « longs » et produits « plats » en acier, et fortement créatrice de valeur ajoutée et d’emplois. La sidérurgie demeure un des secteurs moteurs et un promoteur de l’économie marocaine. Elle est sollicitée notamment dans le développement des infrastructures et le soutien des différents secteurs de l’industrie nationale (Infrastructures, BTP, Energies, Automobile, Transport, Agriculture…etc.).

L'info...Graphie


Investissement


650 millions de dirhams depuis janvier 2022
 
Le secteur sidérurgique a enregistré une baisse d’environ 10% du chiffre d’affaires en 2020 par rapport à 2019, suite aux mesures de sécurité mises en place et au confinement instauré dans le cadre de la lutte contre la pandémie Covid-19. Par ailleurs, 2020 a enregistré l’arrêt de production et la fermeture de certaines de ses lignes pour reprendre progressivement leurs activités au troisième trimestre 2020.

Concernant la reprise en 2021, l’ASM observe que « les volumes de production sont restés relativement stables de 2019 à 2021. De ce fait, l’augmentation du chiffre d’affaires est expliquée en partie par l’effet prix et elle continue sur cette tendance jusqu’au premier trimestre 2022 ». Nous observons par ailleurs que le secteur a maintenu ses investissements courant 2020 et a entrepris des investissements conséquents en 2021 pour atteindre un investissement de plus de 1,17 milliard de dirhams et plus de 600 millions de dirhams au premier trimestre 2022.
 

Sidérurgie


L’impact de la flambée du fret maritime
 
La flambée du fret maritime enregistrée l’année dernière a été lourdement ressentie par le secteur de la sidérurgie. « C’est très compliqué d’importer de la matière première depuis des pays comme la Turquie par exemple. Car il fallait gérer, en plus de la disponibilité de la matière, la disponibilité des navires à destination du Maroc, mais surtout la cherté des prix du fret maritime », note Mohamed Taib, DG de l’ASM.

Pour l’heure, malgré le début de baisse annoncée du fret maritime, la situation demeure encore difficile sur le plan de la logistique. Au niveau de l’ASM, on ne manque pas de remarquer que les coûts de la logistique sont déterminants dans les activités des sidérurgistes. « Nous en avons non seulement besoin pour l’importation de la matière première, mais également pour les exportations. C’est un composant essentiel de notre chaîne d’approvisionnement et de la bonne tenue de nos activités », rappelle Mohamed Taib.

Dans ce contexte, la relance d’un pavillon national est vue comme une belle opportunité d’assurer la souveraineté industrielle, en mettant les secteurs aussi stratégiques que la sidérurgie à l’abri des fluctuations du transport maritime international. Et à ce propos, au niveau de l’ASM, on reste confiant.

« Pour le cas du Maroc, de grands acteurs ont traversé quelques crises dues à la concurrence féroce, parfois déloyale, des opérateurs européens et asiatiques. Depuis l’intervention de l’État pour la mise en place des mesures de sauvegarde en faveur des producteurs locaux qui avaient consenti des investissements importants dans le secteur, leur santé financière s’est améliorée », se félicite l’ASM.
 

3 questions à Mohamed Taib

Marché de l’acier : Rechute après la belle reprise post-Covid ?

« Le seul moyen de générer de la demande, c’est la reprise des chantiers »
 
Pour l’Association des Sidérurgistes du Maroc (ASM), la reprise du secteur de l’immobilier et des infrastructures permettra de relancer le marché national de l’acier et de la sidérurgie. Interview avec son DG, Mohamed Taib.


- On a l’impression que la guerre en Ukraine a plombé l’élan de reprise de la sidérurgie au Maroc ?


- Effectivement, nous subissons l’impact de la guerre en Ukraine. Comme vous le savez, l’Ukraine est l’un des principaux acteurs du marché de l’acier dans le monde et l’un des grands fournisseurs de billette. La fermeture d’usines et de grandes industries sur place a donc un impact sur la disponibilité de la matière première.

En plus de l’effet direct de la guerre, le renchérissement du fret maritime et la hausse des coûts de l’énergie constituent d’autres facteurs qui ont des incidences sur la reprise du secteur en 2022, après de bons chiffres réalisés en 2021.


- Au niveau national, comment évolue la demande, notamment pour l’acier ?

- Nous sommes en surcapacité de production par rapport aux besoins du marché local. Dans ce contexte, le seul moyen de générer de la demande, c’est la reprise des chantiers, notamment dans l’immobilier. Nous subissons donc les effets de l’évolution du secteur immobilier. Les promoteurs immobiliers sont nos principaux clients, en plus du secteur des infrastructures. Le secteur de l’automobile est également un client pour les sidérurgistes marocains.


- Est-ce que l’export est une débouchée pour l’acier et la sidérurgie marocaine ?

- Nous avons des champions nationaux qui réussissent à exporter, notamment vers l’Europe et les marchés africains. Mais, les coûts d’exportation sont très élevés. Et il faut aussi savoir que le secteur est très cadenassé. Au niveau de l’OMC, c’est celui qui subit le plus grand nombre de mesures de sauvegarde. Chaque pays qui dispose d’un acteur dans la sidérurgie pense automatiquement à protéger son marché. Malgré tout, et comme je l’ai dit, nos grands acteurs nationaux réussissent à assurer des exportations.



Recueillis par A. M.

 








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