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Tribune libre

Le marché de l’énergie à l’aune du Covid-19


Rédigé par Selma SIDKI le Jeudi 23 Avril 2020

L’effondrement des cours du brut aurait pu être profitable au pays, à grande échelle. Or, la fermeture de la Samir en 2015, la seule raffinerie du Maroc depuis 1959 (privatisée en 1997), et qui permettait de traiter plus de 10 millions de tonnes de pétrole brut par an, et la production de plus 2 millions de m2 de produits raffinés, a réduit considérablement les capacités de stockage du pays.



Selma SIDKI, Enseignant - chercheur, Université Ibn Toufail
Selma SIDKI, Enseignant - chercheur, Université Ibn Toufail
Le choc que connaît actuellement l’économie mondiale, en conséquence du confinement (fermeture de l’économie mondiale, diminution des heures de travail, licenciements, arrêt des compagnies aériennes et de voyage, trafic mondial des personnes et des biens quasi nul) est sans précédent. La chine en tant que premier foyer de la pandémie, a enregistré une baisse de son PIB de janvier à mars de l’ordre de 6,8% par rapport à la même période en 2019.  Les perspectives de croissance en Europe et aux Etats-Unis, sont aussi en baisse, d’abord à cause de l’interdépendance des économies mondiales et du poids de la chine dans cette économie, et ensuite du fait de la propagation du virus d’une manière féroce en Europe et aux Etats-Unis depuis février dernier.
 
Les marchés financiers internationaux en général, et le marché de l’énergie en particulier, connaissent des chocs importants, se manifestant par des krachs sur toutes les places financières internationales. La contraction de l’activité économique en chine, premier consommateur de l’énergie, a induit la baisse de la demande du pétrole brut en provenance de chine de 4,6%, entre janvier et mars en comparaison avec la même période l’année dernière.

Alors que la baisse de l’activité économique mondiale, a induit une baisse de la consommation du pétrole d’environ 30 millions de baril par jour, soit le tiers de la consommation mondiale, la demande de l’or noir atteint déjà son plus bas niveau depuis 25 ans. Le secteur du transport, à lui seul, représente 56,80% de la consommation mondiale du pétrole. Le secteur de l’industrie, quant à lui, représente 19% de la consommation mondiale.
 
Pour contrebalancer cette situation, OPEP plus avait décidé, le 12 avril dernier, de baisser la production, du pétrole de 10 millions de barils par jour, soit l’équivalent de 10% de son offre globale. Cette décision n’entrera en vigueur qu’en mai et n’est pas à même de permettre d’absorber l’excédent de l’offre dû aux conséquences du Covid-19. Il est à noter qu’avant le déclenchement de cette crise sanitaire, le secteur connaissait des difficultés liées à une offre déjà excédentaire et aux capacités de stockage.
 
Ceci étant, une grande incertitude règne quant à la reprise de l’économie mondiale. L’exogénéité de la crise et l’impossibilité de prévoir son ampleur et sa durée avant la fin du confinement orientent à la baisse les anticipations des agents économiques par rapport aux perspectives de la croissance mondiale, ce qui amplifie les chocs sur les marchés. L’effondrement des prix du baril continue avec un cours du Brent aujourd’hui en deçà des 20 dollars, et avec des baisses spectaculaires, considérées comme historiques, des cours des contrats à terme pour les cinq mois à venir.

Plusieurs entreprises, opérant dans le stockage du pétrole, déclarent avoir épuisé toutes leurs capacités, ce qui accentue l’incertitude et l’aversion pour le risque des investisseurs et pèse sur les cours du pétrole.  Le secteur est aussi exposé à des problèmes techniques qui rendent la baisse de la production coûteuse pour certains bruts. L’arrêt de la production du pétrole du Schiste aux Etats-Unis, par exemple, peut engendrer un tarissement des puits et une impossibilité de leur redémarrage lors du redressement des prix.
 
Qu’en est-il du Maroc ?
A l’instar de ce qui se passe à l’échelle planétaire, les mesures contre le Covid-19, mises en place au Maroc, induisent à la fois des chocs d’offre et de demande sur l’économie. D’autant plus que la crise sanitaire apparaît, dans un contexte national, caractérisée par une croissance faible de l’économie (de 2,9 % pour 2019, et un recul pour les prévisions de 2020 de 1,5%), des taux d’endettement public des plus élevés (plus de 80% du PIB), et par un taux de rendement des investissements (publics et privés) faible et contestable compte tenu du taux d’endettement du pays et du niveau des investissements privés.  

Conscient de l’insoutenabilité à long terme de ces contre-performances, le Maroc se penche sur l’élaboration d’un nouveau modèle de développement, à même de répondre à tous ses problèmes.
Sur le registre de l’énergie, en important la totalité de ses besoins des marchés mondiaux, le Maroc est tributaire des cours du pétrole et des chaines d’approvisionnement à l’échelle mondiale.

L’effondrement des cours du brut aurait pu être profitable au pays, à grande échelle.  Or, la fermeture de la Samir en 2015, la seule raffinerie du Maroc depuis 1959 (privatisée en 1997), et qui permettait de traiter plus de 10 millions de tonnes de pétrole brut par an, et la production de plus 2 millions de m2 de produits raffinés, a réduit considérablement les capacités de stockage du pays et, par conséquent, celles de ses réserves.

L’agence internationale de l’énergie, dans son rapport de 2019, avait attiré l’attention sur la nécessité de mettre à niveau les capacités de stockage, de manière à assurer constamment la sécurité énergétique nationale. Cela est d’autant plus nécessaire que la transition énergétique entreprise par le Maroc n’est pas pour demain, et que la dépendance de l’économie mondiale des énergies fossiles continuera au delà de 2050.  Toutefois, les cours du pétrole mettront du temps pour se redresser sur les marchés internationaux, ce qui sera, durant les mois à venir, en faveur de l’allègement de la facture énergétique du pays.
 
L’économie mondiale est en mode pause, et ne peut être sensible aux plans de « sauvetage » des gouvernements et des instances internationales qu’au bout du tunnel, c’est-à-dire à la fin de la crise sanitaire. Le monde se dirige-t-il  vers la grande dépression ?
   
Par Selma SIDKI, Enseignant - chercheur, Université Ibn Toufail