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Tribune libre

L’agilité, c’est pour les gouvernements aussi


Rédigé par Samir Belahsen le Vendredi 25 Septembre 2020


Dr. Samir Belahsen
Dr. Samir Belahsen
Il est peu d’actes qui n’engagent pas des valeurs. On retient de l’histoire que les crises sont des périodes de mutations, plus ou moins profondes, et de ruptures. La notion de disruption est liée à la notion de crise.

La crise de 1929 avait ouvert le champ des possibles : du Front populaire en France à la guerre civile espagnole d’un côté, du fascisme italien au nazisme allemand à l’autre extrême, en passant par l’Amérique de Roosevelt. Les crises économiques peuvent induire, ou du moins révéler, des crises de valeur.

Les phénomènes psychologiques, liés à l’angoisse des foules, entraînent des réactions et de mécanismes qui peuvent conduire à n’importe quelle extrémité…

Dans les Prolégomènes « AL Mouqqaddima », Ibn Khaldoun expose sa vision de la façon dont naissent et meurent les empires.

Quand l'épidémie de la peste noire, frappe la région de Tunis en 1348,  il y perdit sa mère puis, son père. Ibn Khaldoun décrit ces événements tragiques, dans la Muqaddima :

« Une peste terrible vint fondre sur les peuples de l'Orient et de l'Occident ; elle maltraita cruellement les nations, emporta une grande partie de cette génération, entraîna et détruisit les plus beaux résultats de la civilisation. Elle se montra lorsque les empires étaient dans une époque de décadence et approchaient du terme de leur existence ; elle brisa leurs forces, amortit leur vigueur, affaiblit leur puissance, au point qu'ils étaient menacés d'une destruction complète. La culture des terres s'arrêta, faute d'hommes ; les villes furent dépeuplées, les édifices tombèrent en ruine, les chemins s'effacèrent, les monuments disparurent ; les maisons, les villages, restèrent sans habitants ; les nations et les tribus perdirent leurs forces, et tout le pays cultivé changea d'aspect ». 
Il ajoute : « Lorsque l’univers éprouve un bouleversement complet, on dirait qu’il va changer de nature, afin de subir une nouvelle création et de s’organiser de nouveau ». Traduction de W. MAC GUCKIN DE SLANE.

Quels seraient les bouleversements à prévoir dans l’après-Covid ?
 
Pourquoi doit-on poser cette question ? Qui devrait la poser ? Est-il sérieux de s’adonner à des prévisions dans ce climat d’incertitude ?
Il nous parait nécessaire de rappeler une évidence c’est qu’on ne peut gérer sans prévoir et qu’on ne peut décider sans identifier ne serait ce que les tendances lourdes de l’évolution de l’environnement. Il va sans dire de l’intérêt intellectuel que peut revêtir tout questionnement.
Dans cette tribune je voudrais me limiter au Maroc, notre actualité comporte trois éléments saillants, trois sorties médiatiques notoires :
 
  • Les deux sorties des secrétaires généraux des deux principaux partis d’opposition.
  • La sortie du Wali de BAM.
 
Sur Sky news Abdellatif Ouahbi se fait reprocher sa nouvelle version du PAM et son ouverture surtout vis-à-vis du PJD. Il a expliqué que le rôle du PAM n’est pas (ou plutôt plus) de contrecarrer le PJD mais dorénavant de construire avec l’après 2021.  La chaine n’a pas offert au SG du PAM la moindre minute pour parler des idées de son parti sur la relance de l’économie.
 
Les deux sorties de Nizar Baraka, SG de l’Istiqlal sur des supports Marocains avec plus d’espace-temps lui ont permis d’exposer les idées de son parti sur la crise économique et les alternatives qu’il propose.
Cependant ce qui a retenu mon attention, étant ce que je suis, ne lui a pris que quelques secondes : dans son premier entretien en critiquant le bilan de la majorité, il n’a pas manqué de signaler que c’était d’abord un gouvernement PJD-RNI. Et puis sur insistance du journaliste, il a promis de l’action après les discussions sur le PLF.
 
La sortie de Mr le Wali de BAM nous a apporté un flot de mises à jour et quelques décisions après la réunion trimestrielle du conseil de l’institution :
  • Maintien du taux directeur à 1,5% ;
  • Un taux de chômage estimé à 12 ,3%
  • Un recul des exportations de l’ordre de 17,5%
  • Un reflux des recettes de voyage de 44,1% ….
Bref, un tableau noir sur les indicateurs actuels et des prévisions sombres pour 2021.
 
Pour l’avenir, on attendrait le nouveau modèle de développement (Novembre /décembre 2020) et sa mise en place (2021-2025) pour voir des changements de notre tissu économique.

Ce qui suppose que socialement, on peut se permettre d’attendre.
 
Je ne le pense pas.
 
Même si on est loin de la description d’Ibn Khaldoun, ce million de nouveaux chômeurs n’attendra pas.
 
L’Abbé Pierre disait : « Le pouvoir est fait, non pour servir le pouvoir des heureux mais pour la délivrance de ceux qui souffrent injustement. »
 
On s’attend à une sortie du chef du gouvernement pour nous expliquer les choix de l’exécutif dans cette situation, s’il en a.
 
Il faut espérer qu’il puisse saisir l’occasion du PLF pour envoyer un message d’espoir audible. Par message d’espoir, j’entends des mesures immédiates et un horizon…un projet d’alternative.
S’agissant d’un gouvernement PJD -RNI, on est en droit d’espérer que le RNI fasse de même. 
 
Le Covid nous aura appris que dans un monde d’incertitudes généralisées : Gouverner c’est être à l’écoute, actif et réactif à la fois mais surtout créatif.

Comme quoi l’agilité, c’est pour les gouvernements aussi.

Sauf que La possession du pouvoir corrompt inévitablement la raison, comme le disait Kant.

  



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