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Interview avec Azeddine Ibrahimi : « L’atteinte de l’immunité collective nous permettra de gérer la Covid-19 comme maladie saisonnière »


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Jeudi 14 Octobre 2021

Alors que plusieurs laboratoires présentent des résultats prometteurs sur l’efficacité d’un traitement anti Covid-19, le Maroc, de son côté, demeure attentif à ces nouveaux médicaments, si importants pour la lutte contre la pandémie. Azeddine Ibrahimi, membre du Comité scientifique, demeure optimiste quant à la possibilité de leur autorisation au Maroc, tout en révoquant l’avenir de la campagne de vaccination.



Interview avec Azeddine Ibrahimi : « L’atteinte de l’immunité collective nous permettra de gérer la Covid-19 comme maladie saisonnière »
- AstraZeneca, comme d’autres laboratoires, a annoncé des résultats prometteurs d’un nouveau médicament contre la Covid-19 sur la base d’essais cliniques : qu’en pensez-vous ?

- Personnellement, je pense que nous sommes face à une avancée spectaculaire après le développement d’un médicament antiviral, sachant qu’il y a eu d’autres remèdes du même genre comme celui développé par la boîte « Ridgeback Biotherapeutics », en collaboration avec la Compagnie Merck Millipore. Ces résultats ont poussé à déposer une demande d’autorisation d’urgence aux Etats-Unis. Ce sont des médicaments pris par voie orale, qui doivent être pris de façon précoce, c’est-à-dire aux premiers jours de l’infection et qui permet de réduire de 50% le risque d’hospitalisation.

Compte tenu des résultats des essais cliniques préliminaires, je puis dire que nous sommes devant une avancée exceptionnelle. Le plus rassurant encore est la chute de mortalité dans les essais cliniques du médicament qui n’ont enregistré aucun décès, contrairement à ce qui fut le cas lors de ceux d’expérimentation du vaccin. Donc, en cas d’autorisation de mise en marché du nouveau remède à l’échelle internationale, on aura un moyen supplémentaire pour lutter contre la pandémie.


- AstraZeneca a soumis les données des essais cliniques aux agences régulatrices de plusieurs pays, est-ce que le Comité technique de vaccination, auquel vous appartenez, compte les examiner ?

- D’abord, je tiens à rappeler que le Comité technique de vaccination, que j’ai l’honneur d’y siéger, est en cours d’examen de toutes les thérapies existantes. Pour le moment, comme notre rôle demeure consultatif, puisque c’est le ministère de la Santé qui prend toute décision relative à l’autorisation pour l’utilisation d’urgence, sur avis favorable du Comité. Le moment venu, quand le dossier nous sera déposé, il incombera ensuite à la Direction du Médicament au ministère de la Santé de prendre une décision sur la base des recommandations du Comité.


- Au cas où le remède s’avère efficace, le Maroc pourrait-il l’autoriser pour une utilisation d’urgence ?

- Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, il faut du temps pour examiner toutes les données scientifiques relatives aux essais cliniques avant d’aboutir à des conclusions. Pour ma part, je demeure très optimiste quant à la possibilité d’utiliser ce médicament au Maroc.


- Les essais cliniques montrent, selon le porte-parole du Laboratoire AstraZeneca, que le nouveau médicament réduit de moitié le risque des formes graves du Covid-19 : peut-il, dans ce cas, se substituer au vaccin anti Covid-19 dans la lutte contre la pandémie ?

- Il n’est pas question de substituer le médicament au vaccin pour plusieurs raisons, parce qu’il s’agit de deux approches différentes. D’abord, la vaccination est destinée à un but de prévention, puisqu’elle permet d’acquérir une immunité, reconnaître l’agent infectieux et d’y opposer la résistance des anticorps. A cela s’ajoute la capacité des vaccins à réduire l’éventualité des formes graves.

Par contre, le médicament anti Covid-19 est destiné au traitement et à la guérison en réduisant la charge virale, d’un malade atteint du virus. Ici, permettez-moi d’insister sur un point très important : en aucun cas, l’approche thérapeutique ne peut supplanter l’approche vaccinale. Celle-ci demeure essentielle.

Donc, le remède est un outil complémentaire, qu’on peut utiliser au cas où les personnes vaccinées tombent malades du Covid-19. Ce qui est exceptionnel, étant donné que les vaccins réduisent la possibilité de transmission du virus. En définitive, en cas d’autorisation du médicament, on pourra l’inscrire dans le protocole thérapeutique de prise en charge de la Covid-19.


- Vous avez ardemment défendu la prise de la troisième dose du vaccin. Pour le moment, elle est réservée au personnel de première ligne et aux personnes vulnérables: l’option de généralisation est-elle envisageable ?

- Avant de répondre à votre question, permettez-moi d’expliquer à quel point la troisième dose est indispensable. Pour comprendre son importance, il suffit de constater les données épidémiologiques sous nos yeux. En effet, nous avons constaté que la mortalité est très forte dans les rangs des personnes âgées et celles qui ont des comorbidités.

Donc, ce fut logique qu’on ait recours à une dose supplémentaire pour les catégories susmentionnées. Concernant l’option de généralisation, elle répond à la question de savoir si tout le monde a besoin d’une troisème dose. Pour le moment, ce n’est pas nécessaire sachant que l’approche américaine de se borner aux personnes vulnérables et aux frontliners demeure la plus adoptée à l’échelle internationale.


- Plusieurs experts, dont des responsables au sein de l’OMS, ont dit clairement que la Covid-19 ne manquera pas de devenir une maladie saisonnière : partagez-vous ce constat ?

- Evidemment que nous ne saurons éradiquer le virus complètement, donc il est vital que les gens apprennent à vivre avec. Cependant, la seule chose qu’on peut faire c’est de rétrécir la pandémie et la réduire à une grippe saisonnière, ce qui est en soi une grande avancée. Je suis persuadé que nous sommes en train d’y arriver. Coexister avec le virus signifie qu’on va se diriger vers une vaccination annuelle, mais avec l’arrivée des vaccins de troisème génération, il serait possible de procurer une protection d’une durée plus longue.

Actuellement, nous sommes toujours en situation de crise, ce qui me pousse à exhorter tous nos concitoyens d’aller se faire vacciner le plutôt possible. L’atteinte de l’immunité collective nous permettra de préparer une stratégie de gestion de la Covid-19 comme maladie saisonnière.


- Vous avez déclaré à plusieurs reprises que le Maroc s’apprête à rendre obligatoire le passeport vaccinal dans les lieux publics, ils sont nombreux à penser que cette mesure ne sera pas nécessaire compte tenu de l’avancement de la vaccination. Qu’en pensez- vous ?

- En effet, le passeport vaccinal demeure très important tant qu’une partie non négligeable de la population reste non vaccinée. Il est inquiétant de constater que plus de 1,2 million des personnes âgées de plus de 40 ans ne le sont pas encore. Ceci est d’autant plus dangereux que ces derniers présentent un terrain propice pour le déclenchement d’une nouvelle vague, qui pourrait nous condamner de nouveau à revenir au point de départ.

Là, un grand travail de sensibilisation reste de mise, sachant qu’il faut se servir de tous les outils de communication pour aller parler directement avec les personnes hésitantes pour les convaincre avec des arguments rationnels.



Propos recueillis par Anass MACHLOUKH

 

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Interview avec Azeddine Ibrahimi : « L’atteinte de l’immunité collective nous permettra de gérer la Covid-19 comme maladie saisonnière »

Campagne de vaccination


La situation épidémiologique s’améliore
 
Après le cyclone de la vague Delta qui a poussé le Maroc à enregistrer ses plus lourds bilans quotidiens de contaminations et de décès, le Royaume semble maîtriser la pandémie, ce dont témoigne la stabilisation de la courbe épidémiologique à des niveaux relativement bas. Alors que nous étions à une moyenne hebdomadaire de 5000 cas quotidiens au début du mois d’août, nous sommes actuellement à 520 cas par semaine.

Selon le dernier bilan bimensuel du ministère de la Santé, les cas positifs ont baissé de 60% lors des deux dernières semaines. Cette chute est conjuguée à une baisse de 40% des cas sévères. Par conséquent, le système de santé demeure à l’abri de la pression sachant que le taux d’occupation des lits de réanimation est passé de 21%, le 28 septembre, à 12% actuellement.

En parallèle, la campagne de vaccination avance à un rythme soutenu. Plus de 23 millions de Marocains sont désormais vaccinés, dont 20,1 millions ont reçu la deuxième dose. La campagne d’immunisation des élèves de 12 à 17 ans tout aussi bien avec un taux de couverture de 77,96% de la population ciblée (3 millions).

Par ailleurs, pour veiller à une meilleure protection des personnes vulnérables, le Maroc a opté pour la troisième dose. Jusqu’à présent, 282.691 personnes l’ont prise. Leur nombre devrait augmenter au fur et à mesure que le temps passe. Le Comité scientifique a donné des informations rassurantes quant à la possibilité d’utiliser un vaccin différent de celui administré lors des deux premières doses.

 

Passeport vaccinal

Interview avec Azeddine Ibrahimi : « L’atteinte de l’immunité collective nous permettra de gérer la Covid-19 comme maladie saisonnière »

Une mesure inévitable

Mesure devenue évidente dans le monde entier pour faire avancer la vaccination, l’obligation du pass vaccinal n’est pas encore décrétée officiellement au Maroc. Le Comité scientifique a d’ores et déjà donné son feu vert pour exiger le certificat de vaccination dans les endroits communs. Des membres du Comité, comme Azeddine Ibrahimi et Saïd Afif, ont clairement fait savoir, lors de plusieurs sorties médiatiques, que l’on se dirige inexorablement vers l’adoption du pass vaccinal dans l’espace public.

Comme nous l’avons annoncé dans un article précédent, l’instauration du pass sanitaire aura bel et bien lieu au moment opportun, selon des sources proches du dossier. En réalité, si les autorités tardent à prendre une décision concernant le pass sanitaire, c’est à cause de plusieurs raisons dont la plus importante est le changement de l’équipe à qui incombe désormais la gestion de la crise sanitaire.

 

Portrait


Azeddine Ibrahimi : la voix rassurante du Comité scientifique
 
L’une des figures les plus respectées de la communauté scientifique médicale au Maroc, Azeddine Ibrahimi occupe le poste de Directeur du Laboratoire de Biotechnologie à la Faculté de médecine de Rabat, où il est professeur de biotechnologie médicale. Il est l’un des membres les plus connus du Comité scientifique.

Il est devenu une figure médiatique incontournable, sachant que son talent de pédagogue est sollicité aussi bien par les médias nationaux qu’internationaux pour les questions relatives à la pandémie. Concernant son parcours, M. Ibrahimi a fait ses études supérieures au Centre de biochimie de l’Université de Nice-Sophia Antipolis et sa formation aux États-Unis au Centre des sciences de la santé de l’Université de New York à Stony Brook où il a rejoint son corps professoral en 1999.

De retour au Maroc, il a fondé le Laboratoire de Biotechnologie de la Faculté de médecine de Rabat qu’il dirige actuellement. Il s’intéresse à l’utilisation d’outils moléculaires et d’approches génomiques dans différents domaines, en particulier dans les domaines de la pédiatrie et du cancer, et a reçu des subventions de nombreuses fondations, dont le National Institute of Health.

En outre, il est professeur adjoint et consultant auprès de différentes institutions marocaines. Il a publié de nombreux articles et donné des conférences dans des réunions nationales et internationales, en particulier sur la biologie moléculaire de l’obésité et du cancer.

Le professeur Ibrahimi a été impliqué dans de nombreuses organisations internationales dont l’American Heart Association, l’American Diabetes Association, l’Association Française d’Etude et de Recherche sur l’Obésité. Il est par ailleurs fondateur du Réseau marocain de bioinformatique.