Un débat ouvert, un contexte précis
Les réflexions qui suivent s’inscrivent dans le prolongement de la conférence organisée le 25 décembre 2025 par l’Alliance des Ingénieurs Istiqlaliens Casablanca–Settat, sous le thème : «L’intelligence artificielle : changement d’échelle et rupture civilisationnelle ». Les échanges avec des collègues, chercheurs et acteurs politiques ont mis en lumière la richesse, mais aussi la diversité des lectures possibles de cette technologie. À cet égard, l’article du Pr Azzedine Bennani a contribué à nourrir un débat essentiel sur les enjeux de l’IA dans la production du discours politique.
Sans remettre en cause la pertinence de ces interrogations, cet article se propose d’en déplacer légèrement le centre de gravité, pas pour contredire, mais plutôt pour compléter. Car, au-delà de la question du contenu généré par l’IA, se pose, à mon sens, un enjeu plus structurel et déterminant. La controverse ne réside pas tant dans la technologie elle-même que dans l’inégalité d’accès aux outils numériques et aux moyens financiers nécessaires à leur utilisation.
Il ne s’agit pas de diaboliser la technologie, mais de poser une question démocratique centrale : Qui a accès à la technologie, dans quelles conditions et au service de quel projet politique ?
L’IA, révélateur des inégalités politiques
L’intelligence artificielle est fréquemment perçue comme une menace pour la démocratie. On lui reproche de standardiser le discours politique, de manipuler les opinions et d’appauvrir le débat public. Ces craintes sont légitimes. Mais elles risquent d’occulter une réalité fondamentale : l’IA n’est pas un acteur autonome. Elle agit avant tout comme un révélateur et un amplificateur de rapports de force déjà existants.
Dans un champ politique traversé par de fortes asymétries, l’IA tend à renforcer les acteurs disposant de ressources importantes et à fragiliser ceux qui en sont dépourvus.
Les élections législatives de 2021 ont illustré de manière saisissante cette dynamique. Deux partis ont pu mobiliser des moyens financiers, médiatiques et technologiques considérables, transformant la campagne électorale en une compétition profondément déséquilibrée, notamment par l’utilisation massive des réseaux sociaux. Les partis dits historiques se sont retrouvés en difficulté, non par manque de vision ou de projets, mais en raison d’un accès inégal aux ressources technologiques.
À l’issue de ce scrutin, le Parti de l’Istiqlal, pilier de la vie politique nationale, s’est ainsi retrouvé en troisième position. Cette situation ne saurait être interprétée comme un affaiblissement idéologique ou une perte de légitimité. Elle reflète plutôt l’évolution des règles implicites de la compétition électorale, désormais fortement conditionnée par la capacité à mobiliser des outils technologiques coûteux.
Faire campagne aujourd’hui, c’est savoir occuper l’espace numérique, produire du contenu en continu, maîtriser les algorithmes et analyser les données. Ces pratiques sont devenues centrales, et leur coût est particulièrement élevé.
Génération Z : une politisation autrement
À cette fracture matérielle s’ajoute une fracture générationnelle, particulièrement perceptible chez la génération Z. Contrairement aux idées reçues, cette jeunesse n’est pas désintéressée de la politique. Elle manifeste cependant une défiance marquée à l’égard des partis traditionnels et de l’actuelle coalition gouvernementale.
Cette défiance ne traduit pas un rejet de l’engagement citoyen, mais plutôt un refus des formes classiques de médiation politique et des discours jugés abstraits ou éloignés des préoccupations concrètes du quotidien.
La génération Z se politise autrement. Elle privilégie la transparence, la cohérence et l’efficacité. Les jeunes attendent des messages clairs et des engagements suivis d’actions tangibles. Les questions de justice sociale, d’équité, de transition écologique et d’inclusion ne sont plus de simples sujets d’opinion : elles deviennent des critères déterminants pour évaluer la crédibilité d’un acteur politique.
Cette génération a grandi avec les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Elle dispose d’un écran en temps réel sur le monde. Elle voit, entend, compare et forge sa propre opinion. Ses idoles sont parfois ailleurs, sur d’autres continents, mais la technologie lui permet d’interagir avec elles. De ce fait, ces outils, facilement accessibles, déterminent non seulement sa manière de s’informer, mais aussi sa manière de s’engager.
Les campagnes politiques classiques, fondées sur une communication descendante et les médias traditionnels, peinent ainsi à capter cette audience.
Fractures cumulées et recomposition du jeu politique
La dynamique générationnelle se conjugue avec la fracture matérielle déjà constatée. Or, la génération Z évalue en partie la crédibilité d’un acteur politique à sa présence numérique et à sa capacité à interagir de manière directe, authentique et transparente via les outils digitaux.
Les partis qui n’investiront pas dans ces outils, ou qui ne sauront pas produire un contenu engageant et sincère, risqueront inéluctablement de perdre l’attention de cet électorat, même s’ils disposent d’une vision solide et d’une expérience politique reconnue.
Ces deux fractures : matérielle et générationnelle, se superposent et se renforcent mutuellement. Un électorat jeune, informé et critique se détourne des acteurs incapables de combiner ressources, maîtrise des outils numériques et communication adaptée. Les partis qui réussiront cette transition deviendront de plus en plus influents, parfois au détriment de formations historiques pourtant dotées d’un socle idéologique solide.
Le double dynamique redéfinit profondément les règles implicites de la compétition électorale et impose une adaptation rapide à ceux qui souhaiteront rester pertinents sur la scène politique.
Horizon 2026 : replacer l’IA à sa juste place
L’IA, en tant qu’outil de campagne électorale, définit un nouveau contexte et un champ d’action radicalement différent de celui des décennies précédentes. L’horizon 2026 apparaît, à cet égard, comme un moment stratégique majeur.
Pour le Parti de l’Istiqlal, l’enjeu n’est pas de s’inscrire dans une logique de surenchère financière ou technologique, mais de construire une appropriation démocratique, éthique et responsable des outils numériques et de l’intelligence artificielle.
L’objectif est de renforcer l’écoute, d’améliorer la compréhension des attentes sociales et de moderniser les modes de communication. L’histoire, le vaste ancrage territorial et la crédibilité institutionnelle du parti constituent des leviers essentiels pour accompagner cette évolution. Ils forment un socle solide, distinctif, et différenciateur.
En définitive, l’enjeu n’est pas technologique. Il est politique. Il concerne la capacité des partis, en particulier des formations historiques comme le Parti de l’Istiqlal, à se réinventer sans se renier, à dialoguer avec les jeunes générations avec sincérité et à défendre une démocratie fondée sur l’équité des moyens et la force des idées.
Les réflexions qui suivent s’inscrivent dans le prolongement de la conférence organisée le 25 décembre 2025 par l’Alliance des Ingénieurs Istiqlaliens Casablanca–Settat, sous le thème : «L’intelligence artificielle : changement d’échelle et rupture civilisationnelle ». Les échanges avec des collègues, chercheurs et acteurs politiques ont mis en lumière la richesse, mais aussi la diversité des lectures possibles de cette technologie. À cet égard, l’article du Pr Azzedine Bennani a contribué à nourrir un débat essentiel sur les enjeux de l’IA dans la production du discours politique.
Sans remettre en cause la pertinence de ces interrogations, cet article se propose d’en déplacer légèrement le centre de gravité, pas pour contredire, mais plutôt pour compléter. Car, au-delà de la question du contenu généré par l’IA, se pose, à mon sens, un enjeu plus structurel et déterminant. La controverse ne réside pas tant dans la technologie elle-même que dans l’inégalité d’accès aux outils numériques et aux moyens financiers nécessaires à leur utilisation.
Il ne s’agit pas de diaboliser la technologie, mais de poser une question démocratique centrale : Qui a accès à la technologie, dans quelles conditions et au service de quel projet politique ?
L’IA, révélateur des inégalités politiques
L’intelligence artificielle est fréquemment perçue comme une menace pour la démocratie. On lui reproche de standardiser le discours politique, de manipuler les opinions et d’appauvrir le débat public. Ces craintes sont légitimes. Mais elles risquent d’occulter une réalité fondamentale : l’IA n’est pas un acteur autonome. Elle agit avant tout comme un révélateur et un amplificateur de rapports de force déjà existants.
Dans un champ politique traversé par de fortes asymétries, l’IA tend à renforcer les acteurs disposant de ressources importantes et à fragiliser ceux qui en sont dépourvus.
Les élections législatives de 2021 ont illustré de manière saisissante cette dynamique. Deux partis ont pu mobiliser des moyens financiers, médiatiques et technologiques considérables, transformant la campagne électorale en une compétition profondément déséquilibrée, notamment par l’utilisation massive des réseaux sociaux. Les partis dits historiques se sont retrouvés en difficulté, non par manque de vision ou de projets, mais en raison d’un accès inégal aux ressources technologiques.
À l’issue de ce scrutin, le Parti de l’Istiqlal, pilier de la vie politique nationale, s’est ainsi retrouvé en troisième position. Cette situation ne saurait être interprétée comme un affaiblissement idéologique ou une perte de légitimité. Elle reflète plutôt l’évolution des règles implicites de la compétition électorale, désormais fortement conditionnée par la capacité à mobiliser des outils technologiques coûteux.
Faire campagne aujourd’hui, c’est savoir occuper l’espace numérique, produire du contenu en continu, maîtriser les algorithmes et analyser les données. Ces pratiques sont devenues centrales, et leur coût est particulièrement élevé.
Génération Z : une politisation autrement
À cette fracture matérielle s’ajoute une fracture générationnelle, particulièrement perceptible chez la génération Z. Contrairement aux idées reçues, cette jeunesse n’est pas désintéressée de la politique. Elle manifeste cependant une défiance marquée à l’égard des partis traditionnels et de l’actuelle coalition gouvernementale.
Cette défiance ne traduit pas un rejet de l’engagement citoyen, mais plutôt un refus des formes classiques de médiation politique et des discours jugés abstraits ou éloignés des préoccupations concrètes du quotidien.
La génération Z se politise autrement. Elle privilégie la transparence, la cohérence et l’efficacité. Les jeunes attendent des messages clairs et des engagements suivis d’actions tangibles. Les questions de justice sociale, d’équité, de transition écologique et d’inclusion ne sont plus de simples sujets d’opinion : elles deviennent des critères déterminants pour évaluer la crédibilité d’un acteur politique.
Cette génération a grandi avec les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Elle dispose d’un écran en temps réel sur le monde. Elle voit, entend, compare et forge sa propre opinion. Ses idoles sont parfois ailleurs, sur d’autres continents, mais la technologie lui permet d’interagir avec elles. De ce fait, ces outils, facilement accessibles, déterminent non seulement sa manière de s’informer, mais aussi sa manière de s’engager.
Les campagnes politiques classiques, fondées sur une communication descendante et les médias traditionnels, peinent ainsi à capter cette audience.
Fractures cumulées et recomposition du jeu politique
La dynamique générationnelle se conjugue avec la fracture matérielle déjà constatée. Or, la génération Z évalue en partie la crédibilité d’un acteur politique à sa présence numérique et à sa capacité à interagir de manière directe, authentique et transparente via les outils digitaux.
Les partis qui n’investiront pas dans ces outils, ou qui ne sauront pas produire un contenu engageant et sincère, risqueront inéluctablement de perdre l’attention de cet électorat, même s’ils disposent d’une vision solide et d’une expérience politique reconnue.
Ces deux fractures : matérielle et générationnelle, se superposent et se renforcent mutuellement. Un électorat jeune, informé et critique se détourne des acteurs incapables de combiner ressources, maîtrise des outils numériques et communication adaptée. Les partis qui réussiront cette transition deviendront de plus en plus influents, parfois au détriment de formations historiques pourtant dotées d’un socle idéologique solide.
Le double dynamique redéfinit profondément les règles implicites de la compétition électorale et impose une adaptation rapide à ceux qui souhaiteront rester pertinents sur la scène politique.
Horizon 2026 : replacer l’IA à sa juste place
L’IA, en tant qu’outil de campagne électorale, définit un nouveau contexte et un champ d’action radicalement différent de celui des décennies précédentes. L’horizon 2026 apparaît, à cet égard, comme un moment stratégique majeur.
Pour le Parti de l’Istiqlal, l’enjeu n’est pas de s’inscrire dans une logique de surenchère financière ou technologique, mais de construire une appropriation démocratique, éthique et responsable des outils numériques et de l’intelligence artificielle.
L’objectif est de renforcer l’écoute, d’améliorer la compréhension des attentes sociales et de moderniser les modes de communication. L’histoire, le vaste ancrage territorial et la crédibilité institutionnelle du parti constituent des leviers essentiels pour accompagner cette évolution. Ils forment un socle solide, distinctif, et différenciateur.
En définitive, l’enjeu n’est pas technologique. Il est politique. Il concerne la capacité des partis, en particulier des formations historiques comme le Parti de l’Istiqlal, à se réinventer sans se renier, à dialoguer avec les jeunes générations avec sincérité et à défendre une démocratie fondée sur l’équité des moyens et la force des idées.





















