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Actu Maroc

Guerre commerciale Chine / US : Le Maroc est-il affecté ?


Rédigé par La rédaction le Lundi 17 Février 2020

Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis d'Amérique auront bien des effets défavorables sur les pays arabes, dont le Maroc. Tel est, en tout cas, le pronostic du Fonds Monétaire Arabe (FMA) dressé dans une récente étude consacrée à la question.



Intitulée : « Les tensions commerciales entre les États-Unis d'Amérique et la Chine: leurs causes et leurs effets sur les économies arabes », l’étude souligne que les impacts de cette guerre commerciale sino-américaine se refléteraient dans les économies de treize pays arabes en particulier l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, Oman, le Qatar, le Koweït, le Bahreïn, l’Iraq, l’Algérie, la Libye,  l’Égypte, la Jordanie,  le Soudan et le Maroc, et ce, à travers un certain nombre de canaux de transmission tels la demande extérieure, les prix internationaux du pétrole ou encore les flux d'Investissement Direct Etranger.

L'étude indique que les tensions commerciales entre ces deux puissances économiques  se sont déclenchées en 2018 lorsque les Etats-Unis ont décidé d'imposer des droits de douane au taux de 25% sur les importations  d’acier et de 10% sur celles d’aluminium importé de Chine. « En revanche, la Chine a annoncé sa réponse en imposant des redevances correspondantes sur ses importations en provenance d'Amérique », est-il souligné.

Les États-Unis accusent également Pékin d'adopter un mélange de politiques commerciales, industrielles et monétaires qui améliorent la compétitivité des produits chinois sur le marché mondial en général, comme le contrôle de la monnaie locale (yuan) et la pratique de politiques protectionnistes.

Le paradoxe

L'étude du FMA fait savoir aussi un paradoxe selon lequel le déficit commercial américain ne s'est pas allégé malgré la politique protectionniste appliquée par les Etats-Unis. La raison en est que les Etats-Unis continuent d'importer de la Chine et du reste de ses partenaires pour répondre aux besoins d’une consommation intérieure élevée.

La plupart de ces négociations, selon les auteurs de l’étude du FMA, n'ont pas encore mis fin à cette tension car elles ont abouti en décembre 2019 à l'accord commercial et économique de «première étape» : renforcement de la protection des droits de propriété intellectuelle, élargissement de l'accès aux marchés et protection des droits des sociétés étrangères en Chine…
L'étude note, par ailleurs, que la tension commerciale entre les deux pays s’est répercutée sur eux aussi. En témoigne la baisse des exportations américaines vers la Chine de 19%, passant de 12,4 milliards de dollars en mars 2018 à 10,4 milliards de dollars en mars 2019.

Les prix des produits chinois ont également augmenté sur le marché américain en raison de l'imposition de droits de douane qui leur étaient imposés par les entreprises américaines et supportés par le consommateur américain. Dans ce contexte, les pertes subies par les consommateurs et les entreprises américains sont estimées à 51 milliards de dollars, soit environ 0,27% du PIB américain, et il en résulte une baisse du revenu réel aux États-Unis d'Amérique de 1,4 milliard de dollars par mois fin 2018.

L’étude ajoute que les effets sur l'économie chinoise sont représentés par la baisse de ses exportations vers les États-Unis, qui sont passées de 52,2 milliards de dollars en octobre 2018 à 31,2 milliards de dollars en mars 2019, soit une baisse de 40% en cinq mois.

Les implications mondiales

Toujours d’après l’étude, la guerre commerciale entre les deux pays a affecté l'économie mondiale et le commerce international en raison de son impact sur la demande totale d'importations pour chacun d'entre eux. Conséquence : elle a entraîné de graves perturbations dans les chaînes de valeur mondiales, en particulier dans les produits qui sont largement utilisés entre les deux pays, tels que les équipements techniques et les voitures, et sur les marchés financiers.

Ces effets ont incité les banques centrales des deux pays et un certain nombre de pays à modifier leurs politiques monétaires afin de réduire les risques de croissance vers plus de facilitation et d'expansion.

D'un autre côté, les effets desdites tensions commerciales sont le déplacement des échanges, c'est-à-dire le changement des orientations commerciales intra-américaines vers d'autres partenaires des deux pays.  Pour la Chine, la perte de ses exportations vers l'Amérique a entraîné une réorientation des échanges commerciaux vers Taïwan, le Mexique, l'Union Européenne et le Vietnam, une autre partie de ses échanges devant se déplacer vers l'Afrique.  Pour les États-Unis, poursuit l’étude, le bénéficiaire de la transformation commerciale est l'Union Européenne ainsi que le Canada et le Mexique. 
 
  1. CHANNAJE
 

Les recommandations


L'étude du Fonds Monétaire Arabe présente quelques recommandations. D’abord, les pays arabes doivent surveiller l'évolution de la tension commerciale entre les États-Unis d'Amérique et la Chine, et mesurer son effet sur leurs économies.
L'étude appelle également les pays arabes à diversifier plus leurs économies, que ce soit en termes de structures de production ou d'exportation, et améliorer le niveau de productivité et de la compétitivité économique pour faire face aux chocs externes.
Elle recommande aussi la nécessité de saisir les opportunités potentielles de cette guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, en améliorant l'indice de facilité de faire des affaires et en restructurant les secteurs liés au commerce avec la Chine.

Repères

Le déficit commercial marocain s’aggrave  avec la Chine et les Etats-Unis
 
Les Etats-Unis se hissent au rang de 3ème  partenaire commercial, le Maroc ayant échangé avec eux l’équivalent de 51,1 Md de DH en 2018 (soit 6,8% de ses échanges). La Chine occupe, quant à elle, la 4ème position, ses transactions commerciales avec le Royaume s’étant élevées à 49,8 Mds de DH en 2018 (soit 6,6% des échanges du Maroc). En comparaison des exportations marocaines qui ont diminué de 14,7%, les importations en provenance de Chine ont fortement augmenté en un an (+19,5). La ventilation du solde commercial par pays laisse apparaître en 2018 un déficit élevé vis-à-vis de la Chine (44,7Mds de DH), suivie des Etats-Unis (25,3Mds DH), de la Turquie (16Mds DH) et de l’Italie (15,1Mds DH).
 
L’UE, grande gagnante ?
 
 
Le président américain, Donald Trump, et son homologue chinois, Xi Jinping, se sont donné jusqu'au 1er mars 2019 pour tenter de nouer un accord commercial. «Les pays qui devraient bénéficier le plus des tensions entre les Etats-Unis et la Chine sont ceux qui sont les plus compétitifs et qui ont la capacité économique de supplanter les entreprises américaines et chinoises», indique la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement) dans son rapport sur les «principales statistiques et tendances en matière de politique commerciale en 2018».
Il en ressort que les exportations de l'Union Européenne sont celles susceptibles d'augmenter le plus, avec environ 70 milliards de dollars d'échanges bilatéraux entre les Etats-Unis et la Chine (50 milliards de dollars d'exportations chinoises vers les Etats-Unis et 20 milliards de dollars d'exportations US en Chine).