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FMI : Le Maroc a sauvé la mise, mais il n’est pas encore sorti de l’auberge !


Rédigé par Saâd JAFRI le Jeudi 7 Janvier 2021

A l’issue de ses consultations de 2020 avec le Maroc au titre de l’Article IV de son statut, le Fonds Monétaire International (FMI) s’est prononcé sur la situation économique du Royaume à la lumière de la pandémie, en avançant quelques pistes pour sortir de la crise. Détails.



FMI : Le Maroc a sauvé la mise, mais il n’est pas encore sorti de l’auberge !
Dans son rapport final sur l’évaluation de la situation de l’économie du Royaume, le FMI indique que grâce à des mesures monétaires et budgétaires audacieuses, le Maroc a pu endiguer partiellement les effets ravageurs de la pandémie. Toutefois, il précise que l’économie nationale demeure fortement menacée par l’instabilité de l’économie mondiale, sans oublier les difficultés de récession, d’où l’importance de mettre en place « des réformes structurelles » pour accélérer la reprise de la croissance.

Selon les experts de l’Institution financière internationale, la politique monétaire menée par BankAl-Maghrib a pu assurer un financement stable de l’économie. Le maintien du taux directeur à un niveau très bas (1,5%) a permis au secteur bancaire de soutenir les entreprises en ces temps de sinistrose. « Les banques ont jusqu’à présent géré la récession plutôt bien, et l’octroi de crédits a continué à augmenter en 2020, reflétant à la fois une réponse forte de la banque centrale, qui a amélioré les conditions (d’accès) aux liquidités et réduit les taux d’intérêt, outre les programmes de crédits garantis du gouvernement», se félicite le FMI.

S’agissant du recours à la ligne de précaution et de liquidité (LPL), le FMI estime que cette décision a permis d’apaiser les pressions financières extérieures, et à maintenir les réserves à un niveau adéquat. Le Conseil d’administration a aussi salué la décision des autorités marocaines de racheter le montant emprunté dans le cadre de la LPL, estimant que cette décision rend « inutile tout suivi post-programme ». Dans ce sillage, il convient de rappeler que le remboursement sera d’un montant de 651 millions de DTS (Droits de Tirage Spéciaux), soit l’équivalent de près de 936 millions de dollars américains ou 8,4 milliards de dirhams, selon un communiqué conjoint de la tutelle et Bank Al-Maghrib, récemment publié. Cette opération sera effective le 8 janvier 2021. 

Par ailleurs, le FMI juge que la situation financière du Royaume est confortable à court terme vu le stock suffisant des réserves en devises qui permettent de couvrir sept mois d’importation. Cela dit, il estime que la conjoncture actuelle pourrait être « favorable » à un assouplissement supplémentaire du régime de change. Le Wali de la Banque centrale avait réagi en novembre sur ce point, soulignant que le FMI ne dicte pas à la Banque centrale et au gouvernement le moment où il faut procéder à un élargissement. « Personne ne peut connaître le meilleur moment pour élargir la bande de fluctuation du dirham mieux que nous-même, qui connaissons le mieux notre pays », avait martelé Abdellatif Jouahri, avant d’ajouter que le Maroc garde sa souveraineté sur ce point.  

Le cauchemar est loin d’être terminé ! 
En outre, l’institution de Bretton Woods estime que le Maroc ne dépassera pas la crise de sitôt, surtout avec le manque de visibilité sur la date du lancement de la très attendue campagne de vaccination. 

En effet, les experts du FMI assurent que la crise sanitaire aura des répercussions sur la production du royaume, estimant que la PIB ne devrait retrouver son niveau de 2019 qu’en 2022.

Ces estimations font qu’un confinement ne se profile pas comme une excellente option pour le Maroc, selon le Fonds monétaire, qui avance que cela nuirait directement à l’activité économique dans le pays en raison notamment des chocs d’offre et de demande et de changement de comportement. Et d’ajouter que de telles mesures donneraient un coup de massue à la demande intérieure et notamment à l’investissement public. 

Par ailleurs, l’investissement privé ne manquerait pas, à son tour et dans ses conditions, de dégringoler à cause de l’effet d’éviction (les marchés financiers seraient plus enclins à financer l’État dans son plan de relance, ce qui priverait les entreprises d’accès confortable au crédit). Ce scénario demeure également lié à l’hypothèse de la persistance de la crise sanitaire et les restrictions qu’elle impose.

Fortement dépendant de son environnement international, le Maroc devra faire face à une conjoncture internationale défavorable, marquée par la baisse de la demande extérieure, le risque du protectionnisme et celui de la relocalisation de quelques industries européennes qui occupent une place significative dans la politique industrielle du Royaume. « La concurrence géopolitique et le débat sur les avantages de la mondialisation pourraient conduire à davantage de protectionnisme et de relocalisation des entreprises, réduisant les flux transfrontaliers de commerce et de main-d’œuvre (y compris les envois de fonds) », souligne le rapport. « Les risques de sécurité réduisent également les flux commerciaux, de maind’œuvre et de capitaux et, par conséquent, la confiance. Les perturbations de la production pétrolière peuvent créer des risques à la hausse pour les prix du pétrole », précise-t-on de même source. Les « réformes structurelles », précitées en préambule de cet article, sont donc de mise. 

Les pistes de sortie de la crise 
En dépit de toutes ces contraintes, le Maroc garde plusieurs issues de secours pour sortir rapidement de la crise économique actuelle, estiment les experts du FMI. Ces derniers recommandent une politique budgétaire tournée vers le soutien des entreprises et la préservation d’emploi par les plans de sauvetage et des mécanismes de prêts garantis. Ceci doit être accompagné en parallèle d’une rationalisation des dépenses publiques, insiste le rapport qui appelle également le gouvernement à chercher d’autres sources de rentrées fiscales par de nouvelles formes d’impôt progressif. Sur le plan monétaire, le FMI préconise à Bank Al-Maghrib de soutenir davantage les banques commerciales en renforçant leurs liquidités et leurs réserves, avec une possibilité de réduire le taux directeur, le cas échéant. Ces mesures pourraient aider le Maroc non seulement à sauver la mise, mais également à assurer une relance économique optimale.

Demande extérieure : Le HCP fait le point sur la conjoncture
La baisse de la demande intérieure se serait légèrement atténuée au quatrième trimestre de l’année écoulée, selon le point de conjoncture du T4- 2020 élaboré par le HCP. La consommation des ménages, qui avait régressé au troisième trimestre de 10,7%, se serait ainsi infléchie de 3,5% au 4ème trimestre de 2020, sous l’effet du redressement partiel des achats de biens de consommation alimentaires et manufacturés, notamment d’habillement et d’équipement après la réouverture des commerces, précise-t-on de même source. Et d’ajouter que la consommation des administrations publiques serait restée, quant à elle, relativement dynamique, affichant un accroissement de 4,6%, en ligne avec la hausse des dépenses de fonctionnement et des services sociaux.

Repères

Déficit : vers une amélioration graduelle
La reprise du tourisme et des revenus des exportations devraient conduire à une amélioration graduelle du déficit actuel. « Cette perspective est assujettie à une incertitude exceptionnelle, avec beaucoup de risques liés à la référence de base selon l’évolution de la pandémie et les progrès au niveau du vaccin à la fois au Maroc et auprès de ses partenaires commerciaux », note le FMI.
Investissement en baisse
Dans son point de conjoncture du T4-2020 et perspectives pour le T1-2021, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) confirme la sinistrose de la conjoncture actuelle. Il indique que l’investissement aurait poursuivi sa tendance baissière, pâtissant du repli de l’équipement en produits manufacturés et immobiliers, précisant qu’en variation annuelle, la baisse de la formation brute de capital (FBC) aurait atteint -8,9% au T4-2020. Par ailleurs, le HCP fait savoir que le commerce mondial des marchandises se serait essoufflé au 4ème trimestre 2020, suite aux mesures d’endiguement des nouvelles vagues de la pandémie Covid-19, après une reprise partielle des échanges des produits manufacturés (électroniques, du textile et de l’automobile) au T3-2020. Dans ce contexte, la demande mondiale adressée au Maroc aurait suivi la même tendance, marquant une baisse de 4,1% en glissement annuel au quatrième trimestre.
Quid de l’export ?
Au niveau national, les exportations des biens et services, en volume, se seraient repliées de 8,5% en variation annuelle, tandis que les importations, en volume, auraient reculé de 6,5% au quatrième trimestre 2020.

  


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