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Études de médecine : Les questions que soulève la compression du cursus


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Lundi 21 Février 2022

Le ministère de l’Enseignement supérieur a décidé de réduire la durée de formation des médecins généralistes à six ans. Une mesure non récusée par les experts qui insistent sur la nécessité d’une vision globale pour venir à bout du déficit des cadres médicaux. Détails.



Études de médecine : Les questions que soulève la compression du cursus
Afin de remédier au déficit abyssal des médecins dans le secteur public, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation a décidé de réduire la durée de formation des généralistes à six ans au lieu de sept ans. Une des recommandations du Nouveau Modèle de Développement (NMD). Cette décision a été actée dans une lettre signée par le ministre Abdellatif Miraoui et adressée à l’ensemble des présidents des Universités publiques.

Loin d’approuver ou de réprouver cette mesure, les experts du domaine demeurent prudents et appellent à faire la part des choses. Tel est le cas de Jaâfar Heikel, professeur de médecine et docteur en économie de la santé.

Contacté par nos soins, le Doyen de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université Internationale de Casablanca estime que cette mesure peut s’avérer utile, mais sous conditions. En ce qui concerne la formation des médecins généralistes, six ans peuvent suffire à condition que les prochains médecins fassent deux ans supplémentaires dans la pratique de la médecine de famille pour obtenir leur doctorat.

Par contre, dans les cas de spécialité, Jaâfar Heikel juge judicieux que la durée de formation varie de trois à cinq ans, selon le cursus choisi. « Le titre de médecin de famille doit correspondre à un Bac+8 tandis que les spécialistes doivent correspondre à un Bac+9 ou un Bac+12, en fonction des branches », a-t-il expliqué. En effet, en réduisant la durée d’études à six ans, le Maroc emboîte le pas à d’autres pays très avancés dans ce domaine tels que la Belgique, le Canada, la Russie, les Etats-Unis et la Chine.

Un impact sur la qualité de formation ?

La question qui se pose est de savoir si la réduction de la durée de formation n’aurait nul impact sur les compétences des prochains lauréats des Facultés de médecine. « Ce qui importe, ce n’est pas la durée, mais la qualité de l’enseignement », opine M. Heikel, qui insiste sur le fait que le médecin généraliste doit avoir un Bac+8 en fin de parcours.

« Si le parcours des six ans d’études prévoit les modules nécessaires et si le médecin complète sa formation par deux ans supplémentaires dans la médecine de famille, je ne vois pas d’inconvénients à la décision du ministère de tutelle», a-t-il poursuivi.

Les Facultés de médecine bientôt renforcées

En effet, le ministre de tutelle Abdellatif Miraoui a justifié sa décision par la nécessité d’augmenter le nombre de médecins afin de faire face à la pénurie dont souffre le système de santé marocain.

Force est de constater que l’hôpital public marocain enregistre un déficit de 32.522 médecins et de 65.044 infirmiers. Ceci fait qu’on est à 1,7 personnel médical pour 1000 habitants alors que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) exige une moyenne de 4,45 pour chaque 1000 habitants.

Le Maroc doit donc se rattraper pour fournir 2,75 cadres médicaux supplémentaires pour 1000 habitants. Aux yeux de Jaâfar Heikel, la réduction de la durée de formation ne suffit pas à elle seule pour régler les problèmes dont souffre le système de santé marocain. L

Le plus important est de promouvoir les capacités de formation des Facultés  de médecine du Royaume, en augmentant le nombre des lauréats. « L’enjeu principal à mes yeux est d’augmenter l’accessibilité des Facultés de médecine », a-t-il plaidé, rappelant que le Maroc reste loin de l’objectif de former 3300 médecins par an. Un objectif que s’est fixé le gouvernement de Driss Jettou en 2007 et qui n’a jamais été atteint depuis lors. Rappelons, à cet égard, que les Facultés de médecine du Royaume ne forment que 1900 médecins annuellement. Un chiffre jugé dérisoire.

Le ministère de l’Enseignement supérieur a décidé d’augmenter les places pédagogiques aussi bien pour les Facultés de médecine générale que celles de médecine dentaire. C’est ce qu’a fait savoir le département d’Abdellatif Miraoui dans la lettre envoyée à l’ensemble des présidents des Universités publiques.

Dans cette lettre, le ministre a cité plusieurs objectifs, à savoir l’atteinte des standards de l’OMS en termes de densité de personnel soignant, tel que prôné par le Nouveau Modèle de Développement. En effet, le NMD affiche l’ambition d’atteindre une densité de personnel soignant de 4,5 pour 1000 habitants en 2035. Cela dépend de la capacité du Maroc à former, en moyenne, 3.600 médecins et 7.100 infirmiers chaque année.


Anass MACHLOUKH


« Il faut penser la réforme du système de santé de façon globale »
 
Allal Amraoui, membre du groupe istiqlalien à la Chambre des Représentants, a répondu à nos questions sur la réduction de la durée de formation des médecins et les perspectives de réforme du système de santé au Maroc.

 
- Le ministère de l’Enseignement supérieur a réduit à six ans la durée des études de médecine générale, approuvez- vous cette mesure ?

- Tout le monde s’accorde à dire que l’une des tares de notre système de santé, et à laquelle il faudra remédier au plus vite pour mener à bon port le grand projet de couverture médicale universelle, reste la pénurie chronique en médecins. Ceci doit nous pousser à explorer toutes les pistes possibles, y compris la formation des médecins. Nous avons la chance au Maroc d’avoir un système de formation de qualité sachant que le médecin marocain est bien réputé à l’international.

La mesure qu’a prise le ministère est compréhensible quoique, prise seule, elle reste discutable. Il est évident qu’il ne faut pas s’y prendre au problème du déficit des médecins par des mesures isolées mais selon une vision globale.

 
A mon avis, la réforme des études médicales s’impose et je pense qu’on a beaucoup tardé à la réaliser. Plus on tarde à agir, plus on peine à remédier au problème que pose la formation de façon générale. 


- Pensez-vous que la réduction de la durée de formation puisse impacter la qualité de la formation ?

- Il n’existe aucun mal à réduire la durée, pourtant, cette réduction doit être réfléchie et bien étudiée dans le cadre d’une approche globale de la réforme du système de santé. Il est évident qu’il ne faut pas répondre au problème du déficit des médecins par des mesures isolées, mais selon une vision globale.

Il est vrai que le régime actuel fait qu’il y ait une doublure et une stagnation de la formation entre la 6ème et la 7ème année, pour ceux qui ne suivent pas un cursus d’internat. La réduction d’une année n’aura pas un impact extraordinaire, puisqu’on gagne une promotion de plus chaque année.

Le plus important est de penser à la façon de rehausser le niveau de l’enseignement dans les Facultés de médecine. Je plaide pour l’introduction de nouvelles technologies dans les techniques d’apprentissage. On ne peut pas former les médecins d’aujourd’hui par les moyens d’autrefois.


- Vous parlez d’accompagnement, quel rôle peut jouer le secteur privé pour réduire le déficit en médecins ?


- Je suis convaincu que les Universités comme l’Université Mohammed VI des sciences de la Santé ont, de par leur mode de gestion, apporté une nouvelle approche d’enseignement de la médecine. Je dirai même qu’elles sont un modèle pour le secteur public. Je juge que ce modèle peut apporter un plus à la formation médicale dans notre pays.
 

Recueillis par A. M.

 








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