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Actu Maroc

Entretien avec Saâd Abid président-fondateur de l’association Bahri « La délinquance écologique existe encore au Royaume »


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 5 Avril 2021

Saâd Abid est le seul Marocain et Africain à recevoir le prestigieux Prix IVLP de la décennie pour l’innovation sociale et le changement, qui lui a été remis par John Kerry le 24 mars dernier.



 

 

 

L'Opinion: Vous êtes le premier Marocain et Africain à être lauréat de la décennie par l’Organisation Global Ties US, mandatée par le Département d’Etat américain pour décerner le Prix “IVLP Alumni Decade of Social Innovation and Change Award”. Une reconnaissance des actions menées tout au long des dix dernières années ?

C’est le fruit des efforts déployés les dix dernières années au sein de l’association Bahri, à travers plusieurs actions, notamment la sensibilisation des jeunes sur l’importance de la protection des plages ainsi que le lancement du 1er projet de valorisation des chiffonniers en organisant 68 opérations de nettoyage de plages, dont une qui a connu la participation de 5.400 personnes sur la plage de Aïn Diab. Un record national. Toutes les actions que nous avons menées ces dix dernières années ont attiré l’attention du Département d’Etat américain. J’espère que cette récompense permettra aux jeunes de réveiller leur sens du bénévolat, chacun dans son domaine respectif, en faveur de notre pays.

 

L'Opinion: A cette occasion, vous avez été félicité par l’envoyé spécial des Etats-Unis pour le climat, John Kerry, pour votre travail en première ligne pour faire face à la crise climatique. Quelles sont les actions que vous avez menées jusqu’à présent dans ce cadre ?

 

Nous avons mené environ soixante opérations de nettoyage depuis octobre 2010. Nous avons également lancé le premier projet de valorisation des chiffonniers pour qu’ils gagnent plus d’argent et leur dignité en leur offrant un triporteur, un vélo électrique et une tenue. Avec l’aide d’un architecte français, nous avons travaillé sur la « méthode zéro énergie » qui consiste à créer des bancs à base de déchets et de pneus. Ces derniers, généralement brûlés ou jetés, sont des déchets qui ont du mal à se recycler. Malheureusement, nous n’avons pas eu de soutien financier pour pouvoir développer ce projet.

En plus de ces trois actions majeures, nous intervenons auprès de différentes entreprises et écoles afin d’animer des conférences qui ont pour but d’inspirer les collaborateurs et étudiants afin d’être des acteurs de leurs communautés.

Par ailleurs, nous investissons en masse sur l’éolien. Selon un ami, spécialiste en énergies éoliennes, les énergies marines ont plus de potentiel, surtout dans un pays comme le nôtre qui compte 3.500 km de côtes. Il faudrait qu’on puisse mettre en place des projets de grande envergure en énergies marines. Mon rêve est de voir un haut responsable nous confier cette tâche. Je suis sûr qu’on peut créer des métiers verts à travers les énergies marines, réduire nos émissions CO2 et avoir une énergie propre.   

L'Opinion: Les questions environnementales sont actuellement au cœur des préoccupations du Maroc. Quel commentaire faites-vous sur la délinquance écologique au Royaume ?

La délinquance écologique existe encore dans Royaume. C’est une réalité. Selon mon point de vue, la police de l’environnement n’a jamais été efficace. Honnêtement, je pense qu’il y reste beaucoup à faire et être plus strict et sévère vis-à-vis des délinquants écologiques. D’un autre côté, il faudrait instaurer une taxe pour sanctionner les personnes qui font montre d’incivisme et récompenser celles qui le méritent.

L'Opinion: Quelles recommandations faites-vous pour améliorer la situation au Royaume ?

Si on me donnait un poste de responsabilité, où je pourrais mettre en place des actions en faveur de la protection de l’environnement, la première chose que je ferais est de former tous les policiers sur la police de l’environnement. Les membres de police de l’environnement formés au départ sont complètement insuffisants. Si on a des policiers de l’environnement qui enregistrent des contraventions, le citoyen fera plus attention à son comportement. Ensuite, je veillerai sur l’application de la loi du littoral, dont l’application laisse encore à désirer. Ensuite, je proposerai au ministère de l’Education nationale de programmer des cours de civisme et de bénévolat, comme c’était le cas il y a longtemps.