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Régions

Des années fastes à la prohibition, l’indécis combat des autorités

Culture du kif et son usage au Maroc


Rédigé par La rédaction le Mardi 18 Février 2020




D’une régie à une autre

Inspirée du model de la «Régie Indochinoise de l’Opium» qui contrôlait l’importation et la commercialisation de l’opium dans les colonies françaises en Asie, la régie marocaine des kifs et des tabacs hérite du monopole du commerce du kif au Maroc (l’ancêtre de la Régie des Tabacs, aujourd’hui privatisée). Formée essentiellement de capitaux français, la nouvelle régie élit domicile dans la zone internationale de Tanger et plus précisément dans le Dox Monopolio, bâtiment situé à proximité de l’ancien port de commerce de la ville du Détroit. Servant de siège à la nouvelle compagnie, ce bâtiment abritait également une usine où étaient transformés le kif et le tabac destinés au marché local. Une autre usine située à Casablanca était chargée d’approvisionner la région Sud, sous protectorat français depuis 1912.

Repéres

Des chiffres effarants
Avec le temps, le haschich  a changé la perception du kif avec pour principal effet de doper la production du cannabis au Maroc. En effet, la demande en cette nouvelle drogue se faisant de plus en plus grandissante, notamment en Europe, les parcelles de cannabis se multiplient à une vitesse hallucinante. Il faut en effet 100 kilos de kif pour produire un seul kilogramme de haschich. Ainsi d’une centaine d’hectares au début des années 60, l’aire de production du cannabis dans le Rif atteint les 50.000 hectares durant les années 80 pour culminer à plus de 100.000 hectares durant les décennies 90 et 2000, avant de rechuter au cours des années 2000 et 2010. Entre temps, les variétés traditionnellement cultivées, dont la fameuse Beldia, ont été remplacées par de nouvelles variétés généralement génétiquement modifiées dans des laboratoires en Jamaïque et aux Pays-Bas pour une plus grande productivité et un dosage supérieur en THC
Cadre juridique d’antan

En 1906, la conférence d’Algesiras offre au Maroc un véritable cadre juridique à cette culture. Dans ses articles 58 et 60, cette conférence dispose que : «L'opium et le kif continueront à faire l'objet d'un monopole au profit du Gouvernement d’alors. Néanmoins, l'importation de l'opium spécialement destiné à des emplois pharmaceutiques sera autorisée par permis spécial, délivré par le Makhzen…». Pour la commercialisation, elle donnera naissance à la Régie des kifs et des tabacs, ancêtre de l’ancienne régie des tabacs privatisée en 2003

Le Sebsi, un has been
A partir du milieu des années 60, une communauté de hippies composée de ressortissants hollandais, français, allemands et américains s’établit à Kétama et initie les producteurs marocains aux méthodes d’extraction de dérivés hallucinogènes du kif. C’est la naissance du haschich et de son huile qui, quelques mois à peine après son apparition au Maroc, relègue le kif au rang de drogue ringarde. Aussitôt, le Sebsi devient has been, la jeunesse marocaine et mondiale lui préférant désormais le joint jugé plus branché.

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