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Comprendre la hausse du taux directeur décidée par Bank Al Maghrib


Rédigé par Badr LACHGAR le Jeudi 23 Mars 2023

En Février 2023, le wali de Bank Al Maghrib (BAM) avait confirmé qu’ « au regard de l’accélération de l’inflation, la Banque a augmenté son taux directeur à deux reprises depuis septembre dernier ». Un mois plus tard, la BAM annonce une nouvelle hausse de son taux directeur pour le porter à 3.00%. Quelles motivations expliquent cette décision ?



Comprendre la hausse du taux directeur décidée par Bank Al Maghrib
A. Endiguer l’inflation : 
 
Sur l’année 2022, le Maroc a enregistré un taux d’inflation avoisinant les 8.3% comme indiqué par la Banque mondiale dans son dernier rapport sur la situation économique du Royaume. Face à cette flambée des prix, la BAM ne pouvait pas restée les bras croisés et a choisi d’augmenter son taux directeur pour endiguer une potentielle surchauffe de l’économie à long terme : passage de 1.5% à 2.00% en Septembre 2022, puis de 2.00% à 2.50% en Décembre 2022 et enfin 2.50% à 3.00% en Mars 2023. 
 
En effet, l’article 6 de la loi n°40-17 portant statut de la BAM mentionne clairement que l’ « objectif principal de la Banque et de maintenir la stabilité des prix ». Il est donc tout à fait normal que la BAM revoie ses taux à la hausse en période de forte inflation afin d’essayer de renverser la tendance inflationniste. 
 
B. Protéger le taux de change du dirham et la balance des paiements :
 
La hausse du taux directeur s’explique également par un contexte économique mondial très perturbé et volatile. La hausse successive des taux directeurs de la banque centrale américaine (FED) ainsi que de son homologue européenne (BCE) a généré un engouement des capitaux sur les marchés monétaires de ces zones respectives. Le revers de la médaille est que les devises internationales et européennes vont fortement s’apprécier suite à cette hausse sur leur demande. En parallèle, et mécaniquement, le dirham se verra sanctionné en perdant de la valeur par rapport à ces devises de change et portera ainsi un coup dur à notre balance de paiements, qui faut-il le rappeler souffre d’ores-et-déjà des effets néfastes de l’inflation importée. Pour rappel, le déficit du compte des transactions courantes a doublé de 2021 à 2022 en passant de -24,9 Mdhs à – 49,4 Mdhs selon l’office des changes. L’augmentation du taux directeur de la BAM permettra ainsi d’améliorer l’attractivité du dirham et de protéger son taux de change. 
 
C. Protéger l’épargne des Marocains :
 
Autre point important pris en considération par la BAM lors de la hausse du taux directeur : c’est la rémunération des dépôts en période d’inflation. En effet, le taux de rémunération des dépôts est fortement corrélé et indexé aux taux interbancaires (le cout de prêts à court terme entre les banques, plus le taux directeur de la BAM augmente, plus ce taux interbancaire augmente, et par ricochet l’épargnant gagne plus d’argent sur ses dépôts). Les derniers chiffres publiés par la BAM montrent que le dépôt des ménages s’établissait à 785.8 Mdhs. Sur ces dépôts, les Marocains s’attendent à percevoir une rémunération allant compenser le taux d’inflation actuel qui est assez élevé. L’augmentation du taux directeur permettra donc de satisfaire ces attentes.
 
Il faut aussi noter que 25% des dépôts des ménages au Maroc sont détenus par les Marocains résidants à l’étranger ! C’est un chiffre assez impressionnant, il faut donc offrir à ce profil de clients des conditions similaires à celles dont ils peuvent jouir dans leurs pays respectifs à l’étranger. D’autant plus que les transferts des MRE ont atteint 105.8 milliards de dirhams en 2022 soit une hausse de 12% par rapport à 2021. C’est donc une source de devise importante qu’il faut préserver et satisfaire. 
 
D. Rassurer les partenaires financiers internationaux :
 
Les marchés financiers internationaux sont très attentifs aux décisions prises par les banques centrales et qui portent sur les politiques monétaires de leurs pays respectifs. 
 
Au Maroc, le dernier emprunt obligataire à l’international lancé avec succès par le trésor s’explique principalement par les bons résultats enregistrés au niveau des agrégats économiques du pays : une inflation maitrisée, un déficit budgétaire en baisse, un endettement publique bien contrôlé et une banque centrale (BAM) aux aguets et prête à tout pour contrôler l’inflation. Cette myriade de facteurs positifs donne beaucoup de légitimité aux autorités marocaines pour obtenir des conditions de financement et de soutien financier très favorables sur les marchés internationaux comme en attestent les discussions en cours avec le FMI pour débloquer une ligne de crédit modulable (LCM) de 5 milliards de dollars en faveur du Maroc. 
 
La décision de la BAM de relever le taux directeur n’est pas sans risques. En effet, elle pourrait pénaliser l’investissement au Maroc, notamment celui des entreprises qui ont recours aux crédits bancaires pour développer leurs capacités de production ou encore aux ménages qui en ont besoin pour financer leur investissement immobilier. Il n’en demeure pas moins que cette décision de la BAM, considérant la situation actuelle du Maroc avec les éléments cités plus haut, ne devenait qu’inévitable avec le temps. Il revient maintenant au gouvernement et à la BAM de travailler ensemble sur les autres facteurs qui propulsent l’inflation (dont notamment la spéculation chez les intermédiaires des réseaux de distribution) pour baisser le taux directeur à moyen terme et éviter de sanctionner l’investissement et l’empois qui sont au cœur de la nouvelle charte de l’investissement au Maroc.  
 
 
Badr LACHGAR
Analyste financier







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