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International

Tunisie : Le bras de fer se poursuit entre magistrats et Kaïs Saïed


Rédigé par L'Opinion le Mercredi 8 Juin 2022

La grève des magistrats tunisiens a paralysé à 99% les tribunaux tunisiens, l’AMT menace de poursuivre le débrayage, Saied ampute les salaires des grévistes.



Tunisie : Le bras de fer se poursuit entre magistrats et Kaïs Saïed
L'Association des Magistrats de Tunisie (AMT) a annoncé mardi que les juges avaient suspendu leur travail à 99 % le deuxième jour d'une grève qui durera une semaine, renouvelable, pour protester contre la révocation de 57 magistrats par le président Kais Saied.

L'Association des magistrats a déclaré dans un communiqué que "Tous les juges, financiers et administratifs ont mis en œuvre la décision de suspendre les travaux, avec un taux de 99% le deuxième jour, mardi". Elle a appelé à "plus de mobilisation pour faire de la prochaine étape un succès".

La révocation des juges a été rejetée par les syndicats et partis tunisiens et engendré de vives critiques internationales, notamment des États-Unis et d'Amnesty International. En réponse à la grève, Saïd a ordonné lundi de déduire les jours de grève du salaire des juges, soulignant que "le service public de l'Etat ne peut pas être arrêté".

Les magistrats tunisiens ont entamé une grève d'une semaine, lundi, pour protester contre "l'ingérence permanente du président dans le pouvoir judiciaire", suite à la révocation de 57 de leurs confrères par Kaïs Saïed.

Refus d’ingérence

À l'appel des principaux syndicats professionnels, les magistrats tunisiens ont entamé, lundi 6 juin, une semaine de grève, accusant le président Kaïs Saïed d’ingérence dans la justice du pays.

"La grève a commencé dans tous les tribunaux du pays et selon nos informations, elle est très suivie", a déclaré à l'AFP le président de "l'Association tunisienne des jeunes magistrats", Mourad Massoudi.

La grève, pour une semaine renouvelable, est observée à l'appel des principaux syndicats professionnels des magistrats pour protester contre le limogeage, jeudi, par le président, de juges accusés notamment de corruption.

Dans un communiqué publié samedi, ces syndicats ont "fermement condamné l'ingérence permanente du président dans le pouvoir judiciaire". Ils l'accusent de s'octroyer le pouvoir de les révoquer "sans le moindre recours" possible, "violant le droit le plus basique à se défendre, garanti dans la Constitution".

Kaïs Saïed, qui s'est octroyé les pleins pouvoirs en juillet dernier, a révoqué ces magistrats en les accusant de corruption et entrave à des enquêtes, après avoir renforcé sa tutelle sur le système judiciaire.

Crainte d'une dérive autocratique

Parmi les magistrats limogés qui pourront faire l'objet de poursuites, on trouve un ancien porte-parole du pôle de lutte contre le terrorisme, un ancien directeur général des douanes et l'ancien président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Les révocations concernent aussi des magistrats soupçonnés d'avoir entravé l'enquête sur les assassinats en 2013 de deux dirigeants de gauche, Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, imputés à des jihadistes.

Kaïs Saïed a aussi fait amender la loi qui régit le CSM, autorité de tutelle de la justice tunisienne, pour pouvoir les révoquer, invoquant une "atteinte à la sécurité publique ou à l'intérêt suprême du pays".

Depuis le 25 juillet 2021, assurant agir dans l'intérêt du pays, Kaïs Saïed concentre tous les pouvoirs et dirige la Tunisie par décrets-lois, faisant craindre une dérive autocratique dans le berceau du Printemps arabe.

Pour sortir de l'impasse provoquée par son coup de force, qualifié de "coup d'État" par ses opposants, le président a proposé une feuille de route qui prévoit un référendum sur la Constitution le 25 juillet et des législatives anticipées le 17 décembre.


 



Déclarations à propos de la grève

Le président de l'Association des juges, Anas Al-Hamaydi, a déclaré que "les juges se sont pleinement conformés à l’appel grève. Tous les indicateurs sont très positifs, et je confirme qu'il s'agit d'un taux record cette temps de 100%". Et de poursuivre que « le succès de la grève incarne l'unité de toutes les structures judiciaires, administratives et financières, ajoutant qu’il ne s’agit pas de la bataille des juges seuls, mais du peuple tunisien et de tous les démocrates et juristes".

Al-Hamaydi a réitéré son ferme rejet et sa condamnation de la révocation des juges, affirmant qu'il s'agit d'une « mesure sans précédent, qui n’a pas eu lieu même dans les plus grandes périodes dictatoriales ».

Pour sa part, la juge Rawda Al-Qarafi a estimé que "cette grève est une réaction forte du corps de la magistrature, ajoutant que "les juges, d'une seule voix, demandent au président d'arrêter ce dangereux dérapage du pouvoir sans précédent".