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International

Sommet Afrique-France : Panser les plaies du présent pour un partenariat gagnant-gagnant


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 11 Octobre 2021

Le Nouveau Sommet Afrique-France intervient dans un contexte particulier, au-delà de la crise sanitaire, car la France est en perte de vitesse perdant le marché africain au profit d’autres puissances émergentes dont la Chine, le Brésil, la Turquie, le retour en force de la Russie. Il n’y a pas eu de révélations ni de recommandations, c’est dire que le changement de paradigme est possible.



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Nouveau décor, nouveaux acteurs, nouvelles ambitions, nouvelle appellation, le Nouveau Sommet Afrique- France (NSAF), tenu le 8 octobre à Montpellier, est venu dépoussiérer la traditionnelle relation entre l’Hexagone et les pays francophones du continent. Le choix porté sur la jeunesse, en lieu et place des chefs d’Etat, n’est pas fortuit. Et beaucoup d’eaux ont coulé sous les ponts pour décrier, dénoncer cette France-Afrique devenue, depuis les indépendances, le talon d’Achille des ex-colonies.

Pour comprendre ce virage à 180 degré, plongeons dans les méandres de cette relation avec Benoît Collombat et Thomas Deltombe, journalistes, ainsi que d’autres spécialistes de l’Afrique à travers leur ouvrage commun : « L’empire qui ne veut pas mourir, une histoire de la Françafrique », publié au Seuil où ils décrivent bien cette relation toxique qu’entretient la France.

En effet, écrivent-ils, « après l’indépendance des pays d’Afrique francophone dans les années 1960, la France du général De Gaulle a développé un système opaque pour préserver ses anciennes colonies sous son joug, sous la coordination de Jacques Foccart, nommé secrétaire général de l’Elysée aux Affaires africaines (1960-1974) ». C’est le début de la Françafrique, un concept qui vient de l’expression « France-Afrique », utilisée pour la première fois en 1955 par Félix Houphouët- Boigny.

De par son caractère obscur et mafieux, il a donné lieu à des formes de paternalisme voire de corruption, relèvent les rédacteurs. Sa vision vague a conduit à d’innombrables productions de livres mais aussi et surtout des assassinats politiques, des coups d’Etat, de la compromission. Tout est dit.

Perte d’influence

En outre, NSAF intervient dans un contexte particulier, au-delà de la crise sanitaire, car la France est en perte de vitesse perdant le marché africain au profit d’autres puissances émergentes dont la Chine, le Brésil, la Turquie, le retour en force de la Russie sans oublier le Maroc qui est aujourd’hui le premier investisseur en Afrique de l’Ouest.

Le Royaume prône une coopération solidaire, un partenariat Sud-Sud renforcé où l’Afrique doit faire confiance à l’Afrique. Le décor est ainsi planté pour comprendre les tenants et les aboutissants du Sommet de Montpellier. Et les cris de coeur, parfois de rage, prouvent à suffisance que la rencontre du vendredi entre Emmanuel Macron et ses hôtes du jour ne pouvait accoucher que d’une souris.

Pour Didier Acouetey, président du cabinet Afric- Search, il n’y a pas eu de révélations car « nous connaissions les problèmes qui ont été posés et les réponses étaient également connues ou attendues. En clair, il n’y a pas eu de révélations et le cordon ombilical n’est pas rompu ». Comme le disait le Pr Alpha Condé, Président déchu de Guinée, lors d’une rencontre internationale à Abidjan en présence de ses pairs de l’Afrique de l’Ouest.

Certes, le Sommet a été inédit puisque c’était la première fois depuis la création des sommets franco-africains en 1973, qu’aucun chef d’État africain sera présent et que l’Elysée a préféré un format « société civile » avec notamment un millier de jeunes africains de douze pays (pas tous francophones), dont 350 entrepreneurs, mais aussi des représentants d’Africains, au total environ 3000 participants.

L’on comprend dès lors que l’ambition affichée par l’Elysée, à travers le NSAF, est de donner une nouvelle impulsion à ce partenariat, au lourd passé, pour construire ensemble un avenir d’égal à égal, débarrassé de tous les stéréotypes et de tous les superlatifs. Car la jeunesse africaine est bien outillée aujourd’hui pour jauger, analyser et comprendre ce qui est meilleur pour le continent.

Dialogue sincère

L’unanimité est faite sur une refondation de nouvelles relations entre l’Afrique et la France car cette relation doit changer dans un dialogue sincère. Elle doit être aussi basée sur l’éthique avec reconnaissance de la douleur et l’éradication de la Françafrique incarnée par des agents d’exploitation et corrompus. Ce sentiment a été la trame des débats. C’est ce qu’a d’ailleurs magnifiquement illustré la jeune Burkinabè, Ragnimwendé Eldaa Koama, coach et formatrice, à travers son fameux concept de « Marmite ». Elle interpelle le Président Macron sur les expressions des discours dévalorisant comme l’aide au développement qui se balade depuis longtemps en Afrique sans aucun résultat tout en changeant le nom et les actions de l’AFD qui fête ses 80 ans. « Il faut laver la marmite France-Afrique car elle est très sale pour préparer des repas propres », fait-elle remarquer.

Enfin, le Nouveau Sommet Afrique France a permis de réunir les forces émergentes pour redéfinir les termes des relations franco-africaines avec une volonté affichée de la France de changer sa stratégie en Afrique pour ne pas perdre son influence.

Cette volonté passe nécessairement par une vision de déconstruire les discours infects qui ont toujours caractérisé cette relation violente, comme le souligne Dr Paul Kananura, Président de l’Institut Mandela. Pour lui, les jeunes africains ont exprimé la colère, les doutes et les espoirs aussi d’une relation franco-africaine pour dégager des nouveaux horizons possibles.

Pour cette nouvelle page, Achille Mbembe propose, entre autres, la création d’un Fonds destiné à soutenir les initiatives de promotion de la démocratie, des programmes permettant une plus grande mobilité étudiante, ou la mise en place d’un forum euro-africain sur les migrations. Des propositions sur lesquelles, Macron devra faire des annonces. Mais à 7 mois de l’élection présidentielle, où il sera probablement candidat, on ne peut que rester sur ses gardes.


Wolondouka SIDIBE

 


France-Afrique, morceaux choisis

Promouvoir l’agro-alimentaire Le livre « L’empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Françafrique » permet de décrypter les annonces gouvernementales en les replaçant dans leur contexte historique. Il nous plonge pendant près d’un siècle dans les arcanes de la « politique africaine » française, analysant de manière originale à la fois le visage officiel et les ailes obscures. Emmanuel Macron et ses deux prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont annoncé la « mort » de ce système opaque.

Nul doute que la « Françafrique » résiste à travers des éléments factuels comme le FCFA ou la présence militaire française sur le continent. L’ouvrage s’impose comme une référence par sa taille et la richesse de ses contributions. Structuré en six parties décrivant les origines du système néocolonial français, sa mise en oeuvre au moment des indépendances et ses évolutions les plus récentes, « L’Empire qui ne veut pas mourir » propose une réponse documentée et inédite à ceux qui revendiquent l’appartenance de la Françafrique au passé.

 

Trois questions à Paul Kananura, Président de l’Institut Mandela-Paris

Sommet Afrique-France : Panser les plaies du présent pour un partenariat gagnant-gagnant

Déconstruire les discours caractérisant cette relation violente
 
Ayant pris part au Nouveau Sommet Afrique-France de Montpellier, Paul Kananura, Président de l’Institut Mandela-Paris, Expert international en Géopolitique et Sécurité stratégique, fait une analyse expresse.


- Que pensez-vous de la rencontre de Montpellier ?

- Le Nouveau Sommet Afrique France (NSAF) est novateur en réunissant des forces émergentes pour redéfinir les termes des relations franco-africaines avec une volonté affichée de la France de changer sa stratégie en Afrique pour ne pas perdre son influence.

Cette volonté passe par une vision de déconstruire les discours infects qui ont toujours caractérisé cette relation violente. Les jeunes africains ont exprimé la colère, les tristesses, les frustrations, les doutes et les espoirs aussi d’une relation franco-africaine pour dégager de nouveaux horizons possibles.


- Est-on en face d’une jeunesse décomplexée ?

- Nous avons écouté une jeunesse africaine engagée, responsable, contestataire et actrice du changement pour porter haut l’Afrique. Elle a exprimé les douleurs et souffrances de la période coloniale, les exploitations de la fameuse Françafrique, l’attitude méprisante néocoloniale. Ces tares qui nourrissent même les sentiments anti-français. Cependant, la jeunesse a proposé des pistes d’un futur commun souhaitable construit sur de nouvelles bases responsables avec des principes éthiques de coopération et de partenariat.


- De quoi s’agit-il dans cette nouvelle donne ?

- Il est question principalement de mettre ensemble en place un mécanisme de collaboration franche et sincère afin de renforcer les dynamiques démocratiques pour assurer des alternances politiques sans parrains. Ce sommet est le début du commencement de rupture d’une relation paternaliste pour travailler avec de nouveaux acteurs du changement : les jeunes leaders africains.


 



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