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Sabotage des gazoducs Nord Stream : Cui bono ?


Rédigé par Hicham EL HAFIDI le Vendredi 30 Septembre 2022



Sabotage des gazoducs Nord Stream : Cui bono ?
Les fuites enregistrées au niveau des gazoducs Nord Stream et Nord Stream 2 sont consécutives à des “actes délibérés” selon les autorités danoises. Des trous béants au niveau de la structure métallique suggèrent, en effet, une action de sabotage.

La détermination des causes exactes et l’évaluation précise des dégâts nécessitent une enquête approfondie selon un communiqué de Nord Stream AG, le consortium qui exploite l’infrastructure. Normal me direz-vous. Pourtant, certaines voix se sont prestement élevées pour désigner, à l’unisson, le coupable. La guerre informationnelle s’est mise en branle pour pointer Moscou du doigt.

Pourtant, il suffirait au Kremlin de fermer les vannes, comme il l’avait fait par le passé, pour mettre l’Europe sous pression. Nul besoin de faire exploser les gazoducs pour obtenir ce résultat. D’ailleurs, les livraisons sont déjà suspendues, officiellement pour des raisons techniques liées à l’entretien d’une turbine en ce qui concerne Nord Stream 1, alors que le fonctionnement du second gazoduc a été remis aux calendes grecques à la suite de la guerre en Ukraine. Si les Russes étaient réellement animés d’une volonté de déstabilisation des approvisionnements européens, n’auraient-ils pas été mieux inspirés de cibler le nouveau gazoduc Norvège - Pologne ?  

Le sabotage des gazoducs a force de symbole. L’artère nourricière qui irriguait l’économie européenne est rompue. La rupture entre la Russie et l’Europe est désormais physique. Le modèle économique européen basé sur une énergie bon marché est derrière nous.

Que reste-t-il aujourd’hui à l’Europe?

Avec une main d’œuvre chère, un arsenal réglementaire contraignant, des endettements stratosphériques et maintenant une énergie qui coûte la prunelle des yeux, l’Europe ne peut plus être compétitive. Le déficit commercial allemand, le premier depuis 30 ans, est un signe avant-coureur. Plus que la fin de l’abondance, c’est l’ère des disettes qui se profile, et la récession qui guette.

Les derniers résultats des scrutins organisés sur le vieux continent démontrent clairement que les populations veulent du changement. Ils sanctionnent ainsi l’échec patent des “élites” qui ont mené l’Europe au bord du gouffre, et l’enjoignent aujourd’hui de faire un grand saut dans le vide.

Que reste-t-il de l’idéal européen ?

Tant que l’Europe accepte d’être un terrain de jeu où s’expriment les tensions entre les superpuissances, elle ne sera jamais maîtresse de son destin. Le schéma de servitude volontaire auquel se prête Bruxelles avec un zèle surjoué fait d’elle une simple variable d’ajustement dans les politiques américaines. A terme, cela ne peut que la mener à sa perte.

Pathétique.

Le monde a besoin d’une Europe forte et souveraine, incarnation des valeurs humanistes dont elle se réclame, et porteuse d’un idéal fédérateur. Une Europe qui agit pour que sa sécurité soit une et indivisible, et non l’expression des caprices hégémoniques d’outre-Atlantique qui, sous couvert de grands slogans sur la défense de la liberté, ne lui promettent que ruines et désolation.

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, avait brillamment encapsulé pareille duperie en une phrase : « Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu’ils leur veulent du bien ». À bon entendeur.
 



Hicham EL HAFIDI
Analyste en géopolitique, sécurité et défense



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