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Régions

Reportage / Cathédrale Saint-Pierre : Redécouverte d’une oeuvre d’art au coeur de la capitale


Rédigé par Achraf EL OUAD le Jeudi 26 Août 2021

Située en plein coeur de Rabat, la place Al-Joulane, autrefois appelée place du Cardinal-Lavigerie, est, depuis un siècle, témoin non seulement de la splendeur singulière d’un lieu de culte chrétien, mais aussi de la fertilité de la terre marocaine pour semer l’amour, la paix et la tolérance. Bienvenue à la cathédrale Saint-Pierre.



Qu’on soit fidèle de l’une des trois religions monothéistes - judaïsme, christianisme ou islam - ou qu’on soit adepte d’une autre doctrine religieuse quelle qu’elle soit, cette énergie spirituelle que l’on ressent dès qu’on met le pied droit, ou gauche, au sein de la cathédrale ne laisse aucun esprit indifférent.

Faisons un pas en arrière, en descendant les dix marches de l’escalier afin d’apprécier de l’extérieur la beauté de cet énorme édifice blanc avec ses deux tourelles. L’architecture de la cathédrale, conçue par Adrien Laforgue, est le parfait mélange entre l’Art Déco, un style d’architecture et de design apparu en France en 1910, et l’architecture de minarets, style d’origine syrienne omniprésent dans les mosquées. Autour de la cathédrale, les bâtiments sont dans un agréable style franco-marocain. Ici, deux cultures, deux religions, deux Histoires… plongent dans une harmonie extraordinaire.

« Les cathédrales en France, bien qu’elles soient des lieux de culte par excellence, sont perçues, par beaucoup de gens, comme des musées vu l’aspect esthétique qui remonte au Moyen Âge. La situation au Maroc est différente. Les paroissiens, souvent subsahariens, considèrent la cathédrale comme un lieu de rencontre où les liens sont aussi bien familiaux que religieux, ce qui crée un climat très convivial. Au Maroc, on remarque une tolérance très claire et une cohabitation pacifique entre les religions », explique Claude, responsable à l’accueil de la Cathédrale Saint Paul.

Le 17 novembre, la cathédrale Saint-Pierre fête son centenaire. Afin de commémorer cette date très particulière, un événement culturel sera bâti avec la participation de diverses chorales, religieuses ou non, et l’organisation de plusieurs concerts d’orgue. Un appel à concours a également été lancé pour un design d’un logo du centenaire.

Un siècle plus tôt, plus précisément le 17 novembre 1921, le Général Lyautey a inauguré ce magnifique édifice après presque deux ans de construction. Quant aux deux tourelles, elles ont été ajoutées 16 ans plus tard, en 1937.

Etant le seul lieu de culte chrétien à Rabat qui soit accessible à tout le monde, les chrétiens pour y exercer leur culte, les non chrétiens pour y découvrir une autre religion, la cathédrale Saint-Pierre accueille ses visiteurs les bras ouverts : « Ce guide n’est pas pour te convaincre, mais pour t’aider à comprendre ce que tu vois. Musulmans et chrétiens croient au Dieu Unique qui s’est révélé aux hommes, mais nos religions sont différentes et vouloir les comparer pour savoir qui a raison ne mène à rien d’autre qu’au conflit. Il faut donc garder tes convictions, sans t’en servir pour juger ce qui est différent, et découvrir cette façon différente de croire et de prier des chrétiens. Bonne visite ».

D’ailleurs un bénévole qui se charge d’accueillir les visiteurs de toutes confessions nous donne quelques éclaircissements sur les activités quotidiennes de la Cathédrale. « Effectivement, nous assurons les services religieux, qu’ils soient habituels comme la messe, ou exceptionnels comme les mariages, les enterrements et les baptêmes. Nous assurons également un enseignement religieux pour les enfants qui s’inscrivent, ce qu’on appelle « catéchisme », et un enseignement religieux pour les adultes aussi dont la plupart sont des subsahariens. En parallèle, la cathédrale organise régulièrement des visites aux prisonniers, aux malades et aide les migrants ».

A l’intérieur du lieu de culte, une harmonieuse mélodie caresse tendrement l’âme humaine. Une musique spirituelle est jouée, un chant liturgique qui invite à la méditation. En fait, la cathédrale Saint-Pierre, comme tous les lieux de culte, dispose de deux chorales qui assurent les chants pendant les messes du samedi et du dimanche ; la chorale du dimanche a même édité plusieurs disques. Laissant ses yeux se disperser dans cet agréable espace, on se rend compte que l’aspect esthétique a occupé une place majeure dans la conception de l’architecte. Les arcs, qu’ils soient ronds, en plein cintre ou brisés, font plaisir à l’oeil. Sont accrochés sur les murs divers tableaux illustrant, de différentes manières, une représentation de Jésus-Christ dans l’art chrétien, dans différentes périodes de sa vie.

Comme l’ensemble des lieux de cultes du Royaume, la Cathédrale s’est vue obligée de fermer ses portes lors de la période de confinement. « Il n’y avait aucune messe pendant le confinement comme il n’y avait plus de prière dans les mosquées. Toutefois, la cathédrale s’est transformée en un gigantesque entrepôt afin de pouvoir faire les rations alimentaires qui ont ensuite été distribuées, ainsi que les vêtements. Sacs de riz, cartons de sucre et autres aliments ont été rassemblés dans des grands sacs et donnés aux personnes en situation de besoin », explique un responsable de la Cathédrale.

Concernant l’organigramme – notion peu adéquate quand il s’agit d’un lieu de culte –, la cathédrale, comme tout autre établissement religieux, a un représentant principal chargé de la gestion et de l’administration, nommé par l’évêque du diocèse : le curé du latin ‘’curatus’’, qui signifie «prendre soin». Quant au prêtre, il a le pouvoir de dire la messe et d’administrer les sacrements. Au sein de la cathédrale Saint-Pierre, l’équipe de la Cigogne est composée de bénévoles marocains, français, espagnols et subsahariens – cette dernière catégorie constitue la plus grande partie de la paroisse de la cathédrale Saint-Pierre.

Quand un oiseau, petit à petit, fait son nid sur un édifice, il ne demande jamais si on y prend la croix comme emblème ou l’étoile et croissant. La pluie qui arrose la terre, quant à elle, ne sait jamais si la main qui récolterait les fruits lève son index vers le ciel, ou se signe sur le front et la poitrine. Soyons tous des oiseaux… ou soyons des gouttes de pluie !
 
Achraf EL OUAD