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Protection des données personnelles : Le « faux-pas » historique de WhatsApp


Rédigé par le Vendredi 29 Janvier 2021

L’atteinte aux données personnelles des utilisateurs de WhatsApp continue de susciter la controverse, ouvrant plus d’opportunités pour Signal et Telegram. Eclairage sur les dessous d’une polémique mondiale aux répercussions nationales.



Protection des données personnelles : Le « faux-pas » historique de WhatsApp
La journée mondiale de la protection des données personnelles, célebrée le 28 janvier de chaque année depuis 2007, coïncide cette année avec la polémique autour de WhatsApp et sa société mère Facebook, suite au changement dans la politique de confidentialité que l’entreprise a essayé d’imposer à ses utilisateurs.

Pour mieux comprendre la genèse de la controverse : quelques semaines plutôt, les utilisateurs de WhatsApp ont reçu une notification qui les invite à accepter les nouvelles conditions, sans quoi ils ne pourront plus utiliser l’application à compter du 8 février. « Une erreur stratégique fatale en terme d’annonces », selon Zouheir Lakhdissi, DG de Dial Technologies et VP de Maroc Numeric Cluster, qui nous explique que « l’entreprise aurait pu faire en sorte que la majorité des utilisateurs acceptent les nouvelles conditions sans les lire ». « Le tollé a été créé parce que WhatsApp a parlé de suppression, les gens ont compris qu’ils étaient dépendants d’une chose qui présente de grands risques », ajoute-t-il.

En effet, le risque devient de plus en plus clair pour une grande partie de la population et WhatsApp aurait contribué involontairement à sensibiliser beaucoup de monde quant aux dangers qui découlent de l’atteinte à la confidentialité des données personnelles.

Aujourd’hui, nombreuses sont les personnes qui s’accordent pour dire que ces nouvelles conditions de WhatsApp feront de la confidentialité des données personnelles de l’histoire ancienne. Les données personnelles des utilisateurs, incluant numéro de téléphone, messages, photos, vidéos, contacts, adresse IP… deviendront la propriété de Facebook, société mère de WhatsApp et feront l’objet d’usage inconditionnel.

Ainsi, WhatsApp qui s’est profilé comme un outil indispensable pendant le confinement, s’est soudain transformé en contrebandier de l’information. En effet, en temps de crise sanitaire, l’application aura permis aux individus d’interagir, à plusieurs entreprises de poursuivre leurs activités, aux élèves de continuer à assister aux cours et même aux institutions étatiques et gouvernementales dans plusieurs pays de communiquer. 

Cependant, les nouvelles conditions, jugées trop intrusives, auront coûté cher à l’application et Mark Zuckerberg, cofondateur et PDG de Facebook, l’aura bien compris : l’irrespect déviant qu’il témoigne, depuis bien des lustres, à la vie privée des utilisateurs de ses applications n’est pas sans conséquences. Un mouvement de migration digitale sans précédent vers Signal et Telegram a été enregistré depuis début janvier. Les deux applications jusque-là quasi-inconnues se sont partagé plus de 32 millions nouveaux utilisateurs (voir l’article annexe).

La réponse superflue de WhatsApp
Face à ce flux de désertion insoutenable, WhatsApp s’est retrouvée dans l’obligation de reporter de trois mois les modifications en question. En outre, le prote-parole de WhatsApp a annoncé quelques jours après, dans un une déclaration dont nous avons eu copie, que ces conditions ne concernaient que les utilisateurs de WhatsApp Business. 

« La mise à jour ne modifie pas les pratiques de partage de données de WhatsApp avec Facebook et n’a pas d’impact sur la façon dont les gens communiquent en privé avec leurs amis ou leur famille où qu’ils soient dans le monde », peut-on y lire. Une tentative maladroite pour contourner le débat vers les pratiques des utilisateurs vis-à-vis de l’application. Contactés par nos soins pour clarifier la question, la communication de WhatsApp est restée évasive et s’est contentée de nous orienter vers la foire aux questions sur le site officiel de l’application.

S’agit-il d’un débat superficiel ?
La migration vers les applications Signal ou Telegram est-elle suffisante pour être protégée contre des transgression éventuelles de nos données personnelles ? Là est une question qui interpelle les esprits vifs, à laquelle nous avons eu réponse auprès de Zouheir Lakhdissi. « Signal présente un avantage énorme », avance-t-il, « son code est open-source, c’est-à-dire que n’importe qui peut le vérifier ».

Lakhdissi explique dans ce sens que « le code de Signal permet un cryptage de bout en bout ». En outre, « aucune information n’y est stockée, mis à part le numéro de téléphone de l’utilisateur et la liste de ses contacts, pour permettre à l’application de fonctionner ».

Un deuxième point rassurant relevé par le DG de Dial Technologies : « Signal n’est pas une société mais une fondation à but non lucratif », dont l’un des fondateurs, également co-fondateur de WhatsApp, aurait quitté WhatsApp pour des raisons de non-respect de la confidentialité des utilisateurs.

3 questions à Zouheir Lakhdissi

« Quand nous acceptons de partager des données personnelles avec une entreprise, nous les donnons pour un usage particulier »

Zouheir Lakhdissi, DG de Dial Technologies et VP de Maroc Numeric Cluster, nous explique le contexte et les dangers du changement des conditions d’utilisation sur l’application de messagerie WhatsApp.

- Les changements dans la politique de confidentialité concernaient-ils tous les utilisateurs de WhtsApp ou uniquement ceux de WhatsApp Business, comme veut le faire croire WhatsApp ?
- Au début, je pense que la décision de changer les conditions d’utilisation concernait l’ensemble des utilisateurs de WhatsApp, sinon les individus qui utilisent WhatsApp n’auraient pas reçu de notifications dans ce sens. Par la suite, en réaction à la polémique internationale qui a coûté nombreux utilisateurs à la compagnie, WhatsApp a essayé de camoufler l’affaire en limitant le changement aux utilisateurs de Whatsapp Business uniquement et en le reportant de trois mois. Notons que le partage de données recueillies sur WhatsApp avec la société mère Facebook n’est pas d’actualité. L’entreprise l’a fait un certain nombre de fois en non-conformité avec la loi. Aussi, je crois que ces récents changements surviennent en prévision à certaines obligations dans la RGPD en Europe prévues pour mai 2021.

- Où se manifeste l’illégalité du partage de données WhatsApp avec la socité mère Facebook ?
- Quand nous acceptons de partager des données personnelles avec une entreprise, généralement, nous les donnons pour un usage particulier. Dans l’exemple de WhatsApp, quand les utilisateurs acceptent les conditions d’utilisation et acceptent de partager un certain nombre de données, l’objectif principal est de permettre le fonctionnement de la messagerie, et non pas pour être ciblé publicitairement par exemple, ou pour les partager avec Facebook. Si WhatsApp veut changer d’usage de la donnée, même si c’est la même entreprise, elle est obligé d’avoir un deuxième accord.

- Où réside le danger de ces transgressions ?
- Pour les personnes de notoriété, notamment les chefs et responsables d’Etats ou de grandes entreprises, le danger est évident puisqu’ils ont des données sensibles à protéger. On peut d’ailleurs rappeler le scandale des ministres allemands qui ont été écoutés par la CIA à travers WhatsApp. Quand il s’agit du reste des personnes, le danger n’est pas clair. Il y a même des gens qui pensent : de toute façon, qu’est ce qu’on a à protéger ? Le vrai problème est que la donnée collectée aujourd’hui va être utilisée pour des besoins de manipulation commerciale ou politique ou idéologique. D’ailleurs, c’est corroboré par le scandale Cambridge Analytica, où les données sur Facebook ont été collectées par une société privée pour encourager l’un des candidats aux élections.

Recueillis par N. L.

Concurrence : Une erreur de bon augure pour Signal et Telegram

Plus de 32 millions personnes ont dû migrer vers Signal et Telegram, privilégiés pour des raisons « morales ».

Appuyée par le fameux Tweet de l’emblématique patron de Tesla, Elon Musk, « Use Signal », publié le 7 janvier et aimé par plus de 300.000 internautes, l’application, développée par une fondation américaine à but non lucratif, caracole en tête des téléchargements en Inde, en Allemagne, en France, ou encore à Hong Kong. A en croire « The Guardian », l’application aurait attiré près de 7,5 millions nouveaux utilisateurs à travers le monde pendant les trois premières semaines du mois en cours. Signal est la plus téléchargée sur les plateformes Apple Store et Google Play dans plusieurs pays depuis l’annonce de WhatsApp. 

Si bien que l’afflux de nouvelles connexions a provoqué certains problèmes techniques entre jeudi et vendredi. « Les codes de vérification sont actuellement retardés (...) parce que plusieurs nouvelles personnes tentent de rejoindre Signal actuellement ».

Telegram reste toutefois l’application qui profite le plus de l’erreur monumentale de whatsApp. « 25 millions d’utilisateurs ont rejoint la messagerie sécurisée Telegram » en 72 heures, avait annoncé, mardi 12 janvier, son fondateur russe, Pavel Dourov. Une migration qui permet actuellement à Telegram de compter 500 millions d’utilisateurs actifs. Pour Dourov, cette vague d’inscription, subite comme d’autres qui l’ont précédée, s’explique par « les sept années d’expérience de son application, en matière de protection de la vie privée des utilisateurs ».

Le milliardaire de 36 ans poursuit que « les gens prennent conscience d’être pris en otage par des monopoles technologiques et ne veulent plus échanger leur vie privée contre des services gratuits ».

Un danger troublant
« De nos jours, Facebook, Google ou bien d’autres géants du WEB nous connaissent mieux que nos proches, voire mieux que nous même », explique Zouheir Lakhdissi. « C’est aujourd’hui une question d’éthique, mais aussi une question aussi de domination au niveau mondial, car les données collectées vont alimenter des algorithmes d’intelligence artificielle et ce sont ces algorithmes qui vont nous gouverner d’une certaine manière, et permettre à une poignée de personnes d’avoir un pouvoir extrême sur nos vies et sur nos choix au quotidien », ajoute-t-il.  
Réglementer l’utilisation des données personnelles
Bien que l’utilisation des données personnelles soit monnaie courante, elle reste encadrée par les lois en vigueur dans chaque pays. C’est d’ailleurs ce que stipule la loi européenne (RGPD). La loi 09-08, qui régule la protection des données personnelles au Maroc, stipule également que l’usage de ces données obtenues suite à un accord de l’utilisateur ne peut se faire que dans le cadre de l’accord en question. L’entreprise ne peut pas utiliser ces mêmes données à d’autres fins, notamment commerciales.

  


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