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Actu Maroc

Prônant la «neutralité», la CGEM évince les profils politiques des rangs de ses dirigeants !


Rédigé par La rédaction le Jeudi 11 Février 2021

Le Conseil d’Administration de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) a approuvé, jeudi 11 février, une modification sur son règlement intérieur, qui consiste à exclure les profils politiques de se présenter aux élections des instances dirigeantes du patronat. Une disposition jugée anti-constitutionnelle par bon nombre de membres de la Confédération.



Chakib ALJ et Mehdi TAZI respectivement Président et Vice-Président de la CGEM.
Chakib ALJ et Mehdi TAZI respectivement Président et Vice-Président de la CGEM.
La question a fait l’objet d’un long débat au sein du CA, dont les membres ont été plus que jamais divisés, ce jeudi. Certains ont fait valoir l’impératif de «neutralité» dont doit jouir le patronat, se référant pour ce faire à l’article 4 des statuts de la CGEM qui stipule que celle-ci étant essentiellement à vocation économique professionnelle, toute prise de position d’un de ses membres en faveur d’un parti politique ou toute prise de position à caractère religieux est, sous peine de sanctions, rigoureusement interdite et ne peut être faite au nom de la CGEM. Tandis que d’autres ont soutenu le fait que cette mesure est totalement déplacée, d’autant qu’elle représente «une évidente violation de la Constitution».

Concrètement, le Comité des statuts de la Confédération a proposé d’ajouter un critère pour devenir membre direct : «Ne pas assurer, ou ne pas avoir assuré pendant les six derniers mois qui précédent le dépôt de candidature, de fonctions dans un organe décisionnel ou exécutif, national ou régional, d’un parti politique».

Il a également proposé d’aligner les articles 10.2.b.II et 11.3.b relatifs à l’ancienneté dans l’adhésion à la CGEM d’un candidat à la présidence d’une fédération statutaire interne ou de la présidence d’une région, aux articles 21 et 28.1 des statuts, relatifs à la présidence et aux structures sectorielles internes de la CGEM. Les élections de ces deux organes obéissent aux mêmes règles que l’élection de la présidence nationale de la CGEM.

Contacté par nos soins, un membre de la Confédération, qui a préféré garder l’anonymat, nous indique que cette proposition pose problème dans le sens où on parle d’élections démocratiques. «Si l’on pense qu’un membre ne représentera pas convenablement les professionnels, personne ne va voter pour lui», a-t-il confié. La même source estime qu’il s’agit donc d’un «faux débat», assurant que depuis des années, les personnes qui occupent les postes de président et vice-président de la CGEM, gèlent leurs activités politiques de leur plein gré.

Par ailleurs, certains patrons se basent dans leur plaidoyer sur l’article 8 de la Constitution qui stipule que «les organisations syndicales des salariés, les chambres professionnelles et les organisations professionnelles des employeurs contribuent à la défense et à la promotion des droits et des intérêts socioéconomiques des catégories qu’elles représentent. Leur constitution et l’exercice de leurs activités, dans le respect de la Constitution et de la loi, sont libres», ajoutant que les structures et le fonctionnement de ces organisations doivent être conformes aux principes démocratiques. Ils évoquent également les articles 12 et 29 de la Constitution relatifs aux droits de la société civile.

Sollicité par «L’Opinion», Chakib Alj, président du patronat, a paradoxalement affirmé que la modification validée par le CA, n’est nullement en contradiction avec la Constitution. «Nous souhaitons que la présidence et les organes de la CGEM soient représentés par des gens neutres, et ce, pour être crédibles et pouvoir défendre en toute neutralité les intérêts des entreprises et des entrepreneurs», a-t-il soutenu. Une position rejetée par les contestataires de cette disposition, qui rappellent que le règlement intérieur de la CGEM prévoit déjà des sanctions contre toute prise de position en faveur d’un parti politique. «Les risques sont donc minimes», soulignent-ils, avant d'ajouter que «la Constitution marocaine garantit le droit d’appartenance politique. Cette disposition viole donc, non seulement les principes démocratiques du pays, mais également des libertés publiques garanties par la plus haute juridiction du pays».
 
Il importe de noter que cet amendement, aujourd’hui validé par le Conseil d’Administration, sera présenté à l’Assemblée générale pour un vote final.