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Phénomènes météorologiques : L’exception deviendra-t-elle la norme ? [INTÉGRAL]


Rédigé par Oussama ABAOUSS Mardi 16 Mai 2023

Année la plus chaude au Maroc depuis 40 ans, 2022 a également connu un grand nombre de phénomènes extrêmes dont quasiment la moitié ont pris la forme d’intenses averses orageuses.



Élaboré par la Direction Générale de la Météorologie (DGM) et présenté mercredi dernier à Casablanca, le rapport sur l’état du climat au Maroc en 2022 a confirmé ce que les Marocains suspectaient déjà : l’année 2022 fut la plus chaude jamais enregistrée au Maroc depuis plus de 40 ans. Le rapport, dont les principales conclusions ont été révélées en présence du ministre de l’Équipement et de l’Eau, M. Nizar Baraka, a également apporté plusieurs informations sur l’ampleur des anomalies météorologiques constatées durant l’année dernière, notamment en matière de phénomènes extrêmes. « Le Maroc a connu l’occurrence de 25 événements météorologiques extrêmes qui ont fait l’objet de bulletins météorologiques d’alerte. Certains de ces phénomènes extrêmes ont causé des dommages. Les phénomènes météorologiques intenses en 2022 sont répartis comme suit : fortes averses orageuses (44%), vagues de chaleur (20%), chutes de neige (20%) et vents forts (16%) », souligne ainsi le rapport.
 
Averses orageuses

Ainsi, 2022 n’a pas seulement été une année de sécheresse puisque près de la moitié des phénomènes extrêmes enregistrés (44%) ont pris la forme de fortes averses orageuses. En juin dernier, nous vous rapportions les nouvelles d’un épisode de ce genre qui avait été enregistré au niveau du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rhéris. Ces pluies intenses et fulgurantes, qui avaient eu lieu dans un territoire pourtant connu pour son grave déficit hydrique, avaient occasionné plusieurs inondations, dans la région de Taroudant notamment. Contacté à l’époque par nos soins, M. Khalid El Rhaz, chef du service climat et changements climatiques à la DGM, nous avait expliqué que ce phénomène était lié aux pluies de la mousson des régions tropicales de l’Afrique de l’Ouest. « La saison des moussons se déclenche lorsque l’air équatorial migre vers le Nord au courant de la saison d’été. Plus cet air migre vers le Nord, plus nos régions Sud sont touchées par des précipitations orageuses qui peuvent être intenses par endroits », avait-il souligné.
 
Remontée tropicale
 
Le « mouvement » vers le Nord de ce phénomène tropical avait été prédit par plusieurs études scientifiques. « Nous sommes passés d’études de prévision à des constatations qui restent bien évidemment à surveiller et à confirmer. Il ne faudrait pas exclure que cette tendance s’installe dans le temps », commente Khalid El Rhaz, suite à la publication du rapport mercredi dernier. En évoquant des « constatations », l’ingénieur météorologue fait référence à un schéma (figurant dans le rapport sur l’état du climat au Maroc en 2022) qui montre clairement que le phénomène connu sous le nom de « Zone de Convergence Inter-Tropicale » (ZCIT)  était positionné un peu plus au Nord par rapport à sa position géographique normale. Il ne s’agit pourtant que d’un seul phénomène météorologique qui peut potentiellement impacter le climat dans notre pays. D’autres phénomènes globaux, qui peuvent également influencer la météo au Maroc, sont également évoqués dans le rapport, notamment l'Oscillation Nord-Atlantique (NAO) ou encore l'ENSO (El Niño-Southern Oscillation).
 
Changement des équilibres ?
 
Sachant que le réchauffement planétaire entraîne des changements climatiques qui peuvent se décliner différemment selon les territoires, les grands équilibres des phénomènes globaux qui conditionnent la météo au Maroc sont-ils en train de changer à l’image de ce qui semble se confirmer concernant la remontée de la Zone de Convergence Inter-Tropicale ? « C’est une question pertinente, mais je crains que nous ne puissions pas encore y répondre », estime Khalid El Rhaz. « La météo au Maroc, ses fluctuations et évolutions, sont en effet impactées à des degrés différents par de grands phénomènes climatiques globaux et régionaux. Cela dit, on ne peut pas encore conclure qu’il y a des changements dans la dynamique de ces phénomènes dont certains comme l'Oscillation Atlantique Multidécennale (OAM) sont caractérisés par des cycles de plusieurs décennies. Nous ne disposons tout simplement pas du recul temporel nécessaire, ce qui n’exclut cependant pas que des changements soient à l’œuvre », nuance le météorologue.
 
Oussama ABAOUSS

3 questions à Khalid El Rhaz « Le rapport sur l’état du climat au Maroc en 2022 a été élaboré par une équipe multidisciplinaire »

Chef du service climat et changements climatiques à la Direction Générale de la Météorologie (DGM), M. Khalid El Rhaz répond à nos questions sur l’élaboration du dernier rapport 2022.


D’où proviennent les données utilisées dans le rapport sur l’état du climat au Maroc en 2022 ?
Plusieurs sources différentes de données ont été utilisées dans l’élaboration du rapport. On s’est d’abord basé sur les données issues des réseaux d’observation de la météorologie. Il s’agit en l’occurrence d’un réseau composé d’une quarantaine de stations météorologiques qu’on appelle CPM pour « Centres Provinciaux Météorologiques ». A partir des stations automatiques, les données sont spatialisées : c’est-à-dire qu’elles ont été interpolées sur une grille d’environ 9 km de résolution. D’autres données proviennent des simulations numériques qui sont disponibles dans la plateforme Copernicus de l’Union Européenne. Ajoutez également les données générales qui sont de l’ordre du domaine public.

Pourquoi et dans quel contexte ce rapport sur l’état du climat au Maroc en 2022 a-t-il été élaboré ?
Ce rapport est le troisième en son genre. Cette série a commencé à être élaborée suite à une recommandation de l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) qui avait appelé à ce que chaque pays s’attèle à consolider un rapport annuel de ce genre. Les commissions qui se chargent de l’Afrique avaient donné un exemplaire-type, pour que les pays africains puissent se baser dessus afin d’établir leurs propres rapports d’une manière unifiée en termes de format. Depuis 2020, nous avons ainsi adopté cette maquette en élaborant un rapport chaque année.

Quels sont les profils qui ont participé à la préparation de ce rapport ?

Il faut d’abord noter qu’en plus de la Direction Générale de la Météorologie, nous avons également deux autres Directions centrales : la Direction des Systèmes d’Observation et la Direction des Prévisions et Recherches Météorologiques. Le rapport sur l’état du climat au Maroc en 2022 a ainsi été élaboré par une équipe multidisciplinaire composée de personnes-ressources dans chaque Direction.

Monitoring : Un système opérationnel de suivi météorologique de la campagne agricole

CGMS-Maroc (Crop Growth Monitoring System-Maroc) est le premier système opérationnel de suivi de la campagne agricole et de prédiction agro-météorologique des récoltes céréalières au Maroc. Il a été mis en œuvre grâce à un partenariat entre l’Institut National de Recherches Agronomiques, la Direction de la Stratégie et des Statistiques du ministère de l’Agriculture et la Direction Générale de la Météorologie dans le cadre d’une convention tripartite « Consortium ». Ce système permet la production de données quotidiennes spatialisées au niveau du Maroc sur une grille de résolution de 9 km. Ces grilles de données se basent sur les données observées au niveau de toutes les stations météorologiques, synoptiques et automatiques, de la DGM. A noter que ce système a été réalisé grâce à une collaboration technologique avec des institutions de recherche internationales, comme l’Institut Flamand pour la Recherche et la Technologie (VITO), le Centre de Recherche Commun de l’Union Européenne (JRC), l’Institut de Recherche de l’Université de Wageningen (Alterra) et l’Université de Milan (UNIMI).

L’info...Graphie


Une pluie rare là où on l’attend, présente là où l’on s’y attend le moins

« L’année 2022 représente la quatrième année consécutive déficitaire en pluviométrie. L’écart relatif par rapport à la normale des précipitations annuelles a avoisiné les -27%. Les quatre dernières années (2019-2022) ont affiché un déficit moyen d’environ -32% qui est le plus important depuis 1981 devant les -22% des quatre années consécutives de 1998 à 2001 », souligne le rapport de la DGM. Le déficit pluviométrique a ainsi marqué l’ensemble des mois de l’année 2022 hormis le mois de mars et le mois de décembre. À cet égard, le rapport signale que « durant le mois de mars, le Maroc a connu un excédent pluviométrique dépassant les 100% sur le Nord-Ouest du Royaume et les côtes atlantiques centre entre Agadir et Tiznit ». Hormis les régions de Tanger, Al Hoceima, Taza et l’Est des reliefs de l’Atlas, le reste du territoire marocain a enregistré un déficit pluviométrique allant de -10 à -50% sur la rive méditerranéenne et les côtes atlantiques au Sud de Larache et un déficit dépassant les 80% sur la province de Guelmim-Oued Noun et le Nord de Laâyoune-Sakia El Hamra. A noter que vers la fin du mois d'août, la zone géographique séparant Dakhla et Guergarate a connu des averses orageuses ayant provoqué un ruissellement superficiel abondant et rapide sur une région couverte essentiellement de sable. En octobre, la région de Bir Anzarane, située au Sud-Est de la ville de Dakhla, a connu la chute de grêlons. Ce phénomène survient rarement sur cette zone du Maroc caractérisée par un climat saharien sec et chaud.








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