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Mieux réussir le recrutement des enseignants-chercheurs marocains !


Rédigé par Mustapha Bencheikh le Lundi 24 Janvier 2022



Mieux réussir le recrutement  des enseignants-chercheurs marocains !
Pour le meilleur et le pire, quatre évènements successifs ont remis l’université marocaine au centre du débat national. Début 2020, c’est la Covid qui, la première, invite l’éducation et par extension l’université à trouver dans l’enseignement à distance une solution à la poursuite des cours et éviter la propagation de la crise sanitaire. La même année le souverain somme la nation de penser un nouveau modèle de développement dont l’éducation n’est pas le moindre sujet.

En 2021 les élections législatives sonnent le glas du PJD et un nouveau gouvernement voit le jour dont les ambitions libérales projettent de réformer radicalement l’université. Enfin, et ce n’est malheureusement pas  glorieux à rappeler, la même année lève le voile sur certaines dérives universitaires dont, le harcèlement sexuel, qui scandalisent l’opinion publique et libèrent des voix jusque là restées silencieuses.

Tous ces évènements ont poussé assurément notre ministère à prendre les devants plus vite que prévu et à monter au front fort d’une réflexion La vision stratégique de la réforme 2015-2030, entamée en 2016. Ainsi, Le ministre de l’enseignement supérieur, à peine installé dans ses nouvelles fonctions, qu’il entame une série de réunions avec les acteurs de l’enseignement supérieur et décline à grands traits les trois à quatre points essentiels de la réforme radicale qu’il entend conduire pour contribuer à l’essor de notre université et lui redonner ses lettres de noblesses. L’homme sait de quoi il parle, il a un parcours tout à fait honorable et a présidé durant deux mandats successifs à la destinée de l’une des plus grandes universités marocaines, l’université Cadi Ayyad.

Il est inutile de s’attarder sur l’état des lieux tant les diagnostics sont nombreux et se ressemblent. La même litanie est reprise d’année en année, de décennie en décennie pour conclure à une mort programmée de notre université. C’est donc sur les éléments essentiels et pertinents que le ministre a très justement pointé du doigt que nous aimerions intervenir pour avancer quelques propositions.

Monsieur le ministre propose d’agir sur :

-les modalités de recrutement des enseignants-chercheurs
-leur parcours de carrière et leur promotion
-les modalités de préparation et d’inscription en thèse de doctorat
-les modalités de sélection des doyens d’établissement et des présidents d’université
-l’établissement d’une charte déontologique universitaire.

Il va de soi que ce n’est là que quelques uns des grands axes de la réforme globale et radicale attendue du ministre. Mais elle constitue l’ossature de l’université. Il faut cependant rappeler que toutes les autres réformes qui ont précédé étaient parties d’un  constat similaire et avaient tenté d’agir sur les mêmes leviers avec plus ou moins de bonheur.

De toute évidence les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes. C’est donc la manière de faire qui probablement a posé problème et si le diagnostic fut bon, le remède a été pour le moins peu probant. Peut-être faudrait-il dire qu’il ne suffit pas de proposer des idées mais également veiller à leur application stricte et  exiger de manière systématique en même temps que l’obéissance à la règle la reddition permanente des comptes. Pour ce faire une instance indépendante doit pouvoir intervenir lors de conflits d’ordre académique et assurer une médiation au-dessus de tout soupçon.

De plus, une réforme pour réussir durablement, doit offrir le moins de prise possible au népotisme, à la corruption intellectuelle et aux dérives de quelque ordre  qu’elles soient. C’est pourquoi toutes les règles établies doivent être portées à la connaissance de tous et respectées par tous. Ce qui pénalise une réforme c’est la plupart du temps le jeu qui consiste, aux yeux de tous et dans l’indifférence de tous, à contourner les règles mêmes qui la fondent.

Prenons, par exemple, le cas du recrutement actuel d’un professeur assistant. Que dit la procédure ? Un poste précis est soumis à concours et rendu public par différents canaux par le doyen de l’établissement sous l’égide de l’université à laquelle il appartient. Le dépôt du dossier adressé à monsieur le doyen se fait auprès de l’établissement dans un intervalle préalablement fixé. Pour chaque poste mis en concours, trois candidats au maximum peuvent postuler. Bien entendu c’est beaucoup plus, d’ordinaire, qui candidatent. Il y a donc nécessité de faire une première sélection.

Cette première sélection, selon la procédure, doit être effectuée par la commission proposée, à cet effet, par le doyen et désignée par le président de l’université. Le texte est clair. Peut-être pas pour tous. Le nombre de fois où le doyen, pour faire vite, dirons-nous, présélectionne ou fait présélectionner les thèses par son entourage se passe de tout commentaire, sans avoir à s’expliquer.

Bien souvent la commission désignée se contente de cette présélection et entame ses entretiens sans demander son reste. Si l’on ajoute à cette entorse vénielle,  la tendance dans certains établissements, de toujours recourir aux mêmes personnes pour constituer leurs jurys, il ne faut pas s’étonner que cette fidélisation ne devienne en soi problématique. Mais le plus grave est à venir. Que vaut un entretien en l’absence d’une pièce palpable d’évaluation? Quels sont les critères de sélection ? Que disent les procès-verbaux ? Le moins que l’on puisse constater est qu’ils apparaissent bien flous pour ne pas dire équivoques. Certes une soupape de sécurité est prévue par les textes après recrutement puisqu’un  stage de 2 ans,  pouvant être prorogé d’un an, avant la titularisation, autorise un réajustement.

Dans la pratique, ce recours est très rare et aucune forme d’évaluation rationnelle dont les critères sont établis n’est réellement mise en œuvre. Alors comment limiter les dégâts ? Comment lutter contre des impératifs clientélistes et cooptatifs pour mieux orienter vers des enjeux scientifiques et de qualité ?

-Mieux définir les profils des postes afin d’éviter le localisme et d’empêcher des pratiques de détournement du processus de recrutement au profit d’un candidat ou d’une candidate fléché(e).

- créer deux à trois commissions nationales dans chacune des disciplines enseignées. Elles seraient composées chacune  de  trois professeurs dans la discipline, reconnus comme des autorités morales et professionnelles. Ces hommes et femmes seraient nommés pour des mandats de 2 à trois ans. Ces commissions souveraines seraient assujetties à l’établissement circonstancié d’un rapport.

- le concours national de recrutement serait composé d’un écrit et d’un oral Ne pourraient se présenter à l’oral que les candidats déclarés admissibles. L’écrit est une pièce à conviction. Elle peut être consultée à tout moment. La double correction serait obligatoire. Les candidats et ou candidates seraient classé(e)s par ordre de mérite.

- déclaré(e) admis ou admise le candidat ou la candidate aurait le choix,  en fonction de son classement, entre différentes universités dès lors que celles-ci disposent d’un ou de plusieurs postes dans la discipline.

Cette nouvelle procédure permettrait d’introduire plus d’objectivité dans les recrutements et limiterait sensiblement la tendance à céder aux  pressions d’où qu’elles viennent. Elle donnerait implicitement lieu à une meilleure formation des doctorants dont la thèse et les travaux ne constitueraient qu’un élément parmi d’autres, d’évaluation.

Ce n’est là naturellement que quelques voies à explorer et à discuter avec les acteurs concernés. Face aux écueils actuels, une nouvelle politique plus équitable serait la bienvenue et pourrait concerner tous les leviers essentiels de l’enseignement supérieur, en particulier, la recherche, la promotion des enseignants chercheurs, la gouvernance des universités… Ce n’est qu’en rétablissant la confiance de ses propres acteurs en elle-même que l’université s’affranchira de ses dysfonctionnements.

Les rapports et enjeux de pouvoir de par le monde structurent la vie universitaire, il convient d’en déterminer la nature et d’agir dans l’intérêt de notre université.


 
Mustapha Bencheikh
Professeur d’université
Ancien doyen de faculté.
 



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