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Maintien du taux directeur : les explications de Jouahri


Rédigé par S.A le Mardi 21 Juin 2022

Dans un contexte inflationniste, où plusieurs banques centrales ont été amenées à relever leurs taux directeurs et/ou à réduire leurs achats d’actifs, Bank Al Maghrib a décidé de maintenir le statu quo. Lors de son traditionnel point de presse à l’issue du Conseil de Bank Al-Maghrib a tenu, mardi, Abdellatif Jouahri, explique la décision de la Banque centrale.



Le conflit entre la Russie et l’Ukraine et la nouvelle vague Covid en Chine, les goulets d’étranglement des chaînes de production et d’approvisionnement mondiales et la flambée des cours des matières premières continuent de peser lourdement sur l’inflation mondiale. Face à cette forte pression, de nombreuses Banques centrales se sont orientées vers le resserrement de leurs politiques monétaires, avec la réduction des programmes d’achat d’actifs et/ou des hausses des taux directeurs. Cependant, BAM a décidé de maintenir le taux directeur inchangé à 1,50%, en vue de soutenir la relance économique, déjà sous pression suite à la conjoncture.
 
Une décision qui prend en considération du niveau d’inflation qui devrait se situer à 5,3% en 2022, portée principalement par la hausse de sa composante sous-jacente et, dans une moindre mesure du renchérissement des prix des carburants et lubrifiants et des produits alimentaires à prix volatils. Celle-ci devrait ensuite revenir autour de 2% en 2023 et sa composante sous-jacente se situerait à 2,5%, selon BAM.
 
Pour le Wali de la Banque Centrale, le maintien du taux directeur vient après une analyse approfondie de la situation mondiale, notant que «chaque pays à sa spécificité, chaque banque centrale son historique par rapport aux pressions inflationnistes, et par conséquent, chacune prend les mesures adaptées à son pays». Dans ce sens, Jouahri a souligné que sur soixante banques centrales, « une quarantaine a commencé à resserrer, entre pays développés et pays émergeants», tandis que 27 banques n’ont pas augmenté leur taux directeur.
 
Dans ce même sillage, le gouverneur de BAM a expliqué que le Maroc connaît une inflation importée. «La pression inflationniste continue d’être nourrie principalement par des facteurs d’origine externe», a-t-il ajouté, notant que la tendance à la hausse est tirée par les biens échangeables.
 
 
 «Pour raisonner sur le moyen terme, pour nous, le retour à 2% nous tranquillise sur le plan des pressions inflationnistes»
 
 
En effet, la décomposition en biens échangeables et non échangeables indique que l’accélération de la tendance fondamentale de l’inflation reflète exclusivement celle de 6% au premier trimestre à 7,9% des prix des biens échangeables, elle-même liée à la hausse de l’inflation importée, avec en particulier une accentuation de 6,1% à 7,5% de l’inflation dans la zone euro, principal partenaire commercial du Maroc.
 
Par contre, le rythme de progression des prix des produits non-échangeables est resté quasi-stable à 2,5% au lieu de 2,4%, attestant du niveau modéré des tensions inflationnistes d’origine interne.
 
Pourquoi ne pas emboîter le pas de la Fed ? Celle-ci qui a décidé à l’issue de sa réunion des 14 et 15 juin de relever de 75 points de base la fourchette cible du taux des fonds fédéraux à [1,5%-1,75%], la plus forte hausse depuis 1994, dans un contexte d’inflation élevée et d’un marché du travail solide. Selon Abdellatif Jouahri, la Fed a un problème sur le marché du travail : «Les offres dépassent l’offre au niveau du marché de travail et on voit de plus en plus de pressions sur les salaires aux Etats-Unis». Ces effets de second tour, ne se posent pas pour le Maroc, du moins pour la période 2022-2023, car ils ont été pris en compte dans les prévisions de Bank Al Maghrib, et qui prennent en considération les décisions prises dans le cadre du dialogue social du 30 avril 2022.
 
«Pour raisonner sur le moyen terme, pour nous, le retour à 2% nous tranquillise sur le plan des pressions inflationnistes», a déclaré Jouahri, en concluant que l’impact des mesures prises dans le cadre de l’accord social du 30 avril 2022, la nature des pressions inflationnistes, essentiellement d’origine externe, ainsi que le retour prévu de l’inflation à des niveaux modérés en 2023, font que la décision du Conseil est «appropriée».