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Culture

Magazine : Amina et Ilias, l’autre c’est moi


Rédigé par Jamal Hajjam le Dimanche 13 Mars 2022

Jusqu’au 31 mars, Matisse Art Gallery accueille à Marrakech l’exposition «I Dreamed a Dream» élaborée entre 2020 et 2021. Le duo est aussi détonant que mystérieux. Le résultat de cette féconde collaboration l’est encore plus. Un work in progress qui se réalise, partiellement, enfin.



«I dreamed a dream», 121121 x 208208 cm, technique mixte sur carton, Tanger/Casablanca, 20212021//20202020.
«I dreamed a dream», 121121 x 208208 cm, technique mixte sur carton, Tanger/Casablanca, 20212021//20202020.
Quelle rupture configurent ces deux artistes ! Rupture avec eux-mêmes, rupture avec le conventionnel, rupture avec l’art tel édicté, rupture avec l’émotion aplatie jusqu’à la béatitude. Un duo-couple où la malice créative fait sourdement du bruit. Une fusion que l’apriori ne semble pas leur donner raison, à elle comme à lui. Mais voilà, ils séduisent comme humains, troublent comme agitateurs.

L’une à côté de l’autre, l’une sur l’autre, l’une dans l’autre et l’oeuvre globale s’exprime à voix haute, à résonnance inédite. L’aimant repoussant du départ se traduit par un rapprochement insoupçonné, celui de la recherche de l’entente qui traverse de longs moments de tâtonnements. Deux univers que seule l’ouverture vers l’autre est capable de marier. Deux univers aussi distincts que communs. La force de dire ou de suggérer est quasiment identique, l’un dans sa redoutable forêt, l’autre dans une douce violence. A partir de cette fragilité partagée, on peut décliner et enfanter, créer et «déranger». Amina Benbouchta et Ilias Selfati, une aventure à futurs rebonds…

Reliefs de l’âme

Il y a plusieurs mois, lorsque le tandem annonce sa fougue de collaborer, nous le rencontrons pour un regard croisé. Voilà ce qu’il en ressort avec l’acuité éblouie de l’artiste. Honneur à la femme, l’homme s’exprime en premier : «Ce que j’aime le plus chez Amina, c’est le grand plaisir qu’elle a à peindre, à contempler et observer le monde, ainsi que sa curiosité à avancer dans son travail. Nombreux sont ceux qui ignorent son implication depuis de nombreuses années dans la peinture. Son but est de nous donner à voir les objets de son quotidien et la relation profonde qu’elle a établi avec eux.»

Il est certain qu’Amina s’adonne ultérieurement à des expressions éloignées de la peinture pure. Elle choisit finalement de quitter cette «cage», s’explorer ailleurs, toucher une forme plate à laquelle elle ajuste les reliefs de son âme. Comment décrit-elle celle de son désormais autre-moi ? «Ilias Selfati révèle une finesse extrême et la sensibilité d’un artiste de la renaissance réincarnée. J’aime la fougue, la passion et le respect qu’il a pour la peinture et pour son alter-égo le dessin. J’aime la façon dont il interroge l’histoire de l’art. Il faut prendre le temps de parler avec lui pour découvrir sa grande connaissance des artistes majeurs et j’apprécie cela comme un trait rare.»

A commenter ce que dit l’un de l’autre, on se prend la baffe inévitable, celle d’une oeuvre sans cesse en devenir, un work indéfiniment in progress.

Beau et fou challenge

Amina et Ilias… Continuons à nous plagier. «Ils se claquent la bise depuis des années, bien avant de songer à mêler leurs mains à une pâte levée à force de discussions et de (dé)constructions. A priori, un brouillard épais se dresse entre la vision de l’un et le regard de l’autre. Mais à bien gratter et à copieusement palabrer, le voile s’envole et installe le souhait de la collaboration. Amina la Casablancaise et Ilias le Tangérois élaborent une idée que chacun développe dans sa ville de résidence.

Intervient ensuite la confrontation qui assoit le concept des Quatre mains : ça se touche, ça se superpose, ça se conjugue, ça se confond, ça se valide, ça se signe. Cela fait plus d’une année que l’exercice se répète, se peaufine, se perfectionne, vogue sans port d’attache défini. ‘Rien n’est encore figémains : ça se touche, ça se superpose, ça se conjugue, ça se confond, ça se valide, ça se signe. Cela fait plus d’une année que l’exercice se répète, se peaufine, se perfectionne, vogue sans port d’attache défini. ‘Rien n’est encore figé, nous cherchons ensemble la forme à venir’, disent-ils de concert.

En somme, un travail en cours. Une profonde et laborieuse recherche qui n’entrave en rien les projets individuels.» Jusqu’à cette belle sortie marrakchie où une belle brochette d’artistes de renom et d’intrépides curieux se donne rendez-vous le 4 mars pour assister à la première naissance d’un beau et fou challenge. La galerie qui les accueille, cela dit en insistant, voit ici déferler une pure fraîcheur dans son espace, un éclat qui la fait rejaillir. Amina et Ilias, deux artistes que l’art aime, que l’amour guide.



Anis HAJJAM




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