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Monde

La normalisation avec Israël, cadeau des Emiratis à Netanyahu


Rédigé par Ahmed NAJI le Mercredi 19 Août 2020

Un axe Washington-Tel Aviv-Dubaï contre Téhéran ? Aucun des trois pays du nouvel axe moyen-oriental n’a envie d’entrer en conflit ouvert contre l’Iran. Parallèlement, ils ne font que pousser les chiites arabes encore plus dans les bras de la théocratie iranienne.



En matière de coups de théâtre surmédiatisés, Américains et Israéliens ont fait très fort avec l’annonce d’un accord de « paix » entre Israël et les Emirats Arabes Unis. La terminologie utilisée fait plutôt sourire. Quand est-ce que les Emirats ont été en guerre contre Israël pour avoir à présent à faire la paix  ? Mais ce galvaudage des mots et des concepts sert à induire l’opinion publique internationale en erreur et, par contraste, présenter ceux qui vont le rejeter comme ennemis de la « paix ».

Etrange mésentente

Il y a bien des questions à se poser au sujet de cet accord Emirats-Israël qui serait destiné à contrecarrer les ambitions hégémoniques régionales de l’Iran. Il est intéressant de passer en revue les échanges commerciaux entre ces deux pays, qui en disent souvent plus long que les discours politiques formatés. L’Iran est le deuxième débouché commercial des Emirats, comme il en est deuxième client. Le volume des investissements iraniens aux Emirats est estimé entre 200 et 300 milliards de dollars. 

Il est vrai que le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a reculé de manière significative au cours des dernières années, mis il n’en demeure pas moins important. Le commerce entre les Emirats et l’Iran constitue quelques 90% de celui de cette dernière avec l’ensemble des pays du Golfe. La communauté iranienne aux Emirats est, par ailleurs, historiquement l’une des plus importantes de ce pays. Qu’adviendrat-il de ses relations commerciales quand les Israéliens auront libre accès aux Emirats, sujet de hantise pour les responsables sécuritaires iraniens ?

Rendre le plan Fahd caduc

Benjamin Netanyahu avait fait le pari de normaliser les relations d’Israël avec des pays arabes bien avant de trouver une solution définitive au conflit avec les Palestiniens. L’objectif étant, bien sûr, de ne rien céder à ces derniers et même de les mettre sous pression maximale pour renoncer à la solution à deux Etats, une fois que le plan de feu le Roi Fahd (il était le prince héritier d’Arabie saoudite quand il l’avait proposé en 1981), qui insiste sur l’échange des territoires occupés contre la paix avec Israël et qui jouit du soutien de la Ligue arabe, devienne caduc du fait des relations normalisées avec des pays arabes.

Déjà, quand Netanyahu et Mohamed Ben Zayed se sont contredit, le dernier tweetant à propos de l’arrêt de l’annexion des territoires palestiniens de Cisjordanie comme contrepartie de l’accord de normalisation, alors que le premier assurait ses partenaires d’extrême droite qu’il n’est question que d’une suspension, sans même en préciser les délais, ce sont les propos du chef du gouvernement israélien qui ont paru les plus crédibles pour les médias internationaux.

Pourtant, même les commandants de l’armée sioniste savaient pertinemment que cette annexion était hautement risquée et il était peu probable que Netanyahu s’y engage. Toute sa stratégie consistait à menacer de la mettre en oeuvre, tout en sachant qu’il n’avait que peu de chances d’y parvenir. Netanyahu a vendu du vent aux Emiratis et encaissé, en contrepartie, un gain politique concret. 

Montée en puissance de la résistance

Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’Israël ne constitue plus la même menace militaire qu’elle représentait au siècle dernier, ne parvenant même plus à sanctuariser son territoire contre les salves de missiles des mouvements de résistance palestiniens tirés de Gaza et encore moins au Nord, face aux capacités militaires renforcées du Hezbollah libanais. 

Et maintenant que l’armée syrienne a neutralisé en bonne partie les capacités de nuisance des rebelles syriens, grâce à l’appui de l’Iran et du Hezbollah, dont les combattants étaient sur le front avant l’arrivée des forces russes, les jours paisibles de la présence israélienne sur le plateau du Golan sont comptés.

Même en dehors des observateurs de la scène moyen-orientale, l’opinion publique arabe a fini par prendre conscience qu’Israël ne parvient plus à inspirer la crainte d’infliger une raclée militaire à ses voisins et, malgré sa haine de l’Iran, évite soigneusement d’avoir à l’affronter directement. En dehors des assassinats de scientifiques iraniens et de cyber-attaques contre les infrastructures nucléaires et énergétiques de l’Iran, Israël n’est pas prêt de porter des frappes militaires contre ce pays, par crainte des représailles.

Sinistre appel au secours

C’est dans ce cadre qu’il faut appréhender la parution d’articles dans la presse sioniste annonçant la prochaine normalisation des relations avec d’autres pays arabes. Trois noms de pays ont même été cités : Oman, le Bahreïn et le Maroc. Un média israélien est allé jusqu’à prétendre que c’est avec ce dernier pays que les choses peuvent aller le plus vite. Les sionistes espèrent, de la sorte, insuffler dans les esprits une prophétie qui se veut auto-réalisatrice, juste une manière de banaliser l’idée dans l’espoir qu’elle prenne racine et érode les convictions. 

Ces tentatives désespérées de faire croire que la normalisation des relations entre le Maroc et Israël est pour bientôt pourraient être traduites comme un appel au secours des sionistes. Le pays avec lequel Israël a le plus besoin de normaliser ses relations est l’Arabie Saoudite, qui a déjà autorisé les avions israéliens à survoler son espace aérien pour se rendre aux Emirats. Mais les réticences à l’établissement de relations officielles avec Israël sont encore énormes au sein de l’opinion publique de ce pays et même au sein de la famille royale, les conservateurs s’y refusant mordicus, selon certains médias.

C’est pour parvenir à briser ses résistances psychologiques qu’Israël a besoin de normaliser ses relations avec un pays comme le Maroc qui jouit d’un poids et d’une aura politiques au sein du monde arabe. Sans se rendre compte qu’il ne fait que révéler au grand jour sa fragilité galopante face à des mouvements de résistance palestiniens de mieux en mieux armés et de moins en moins timides. Même avec le soutien des pays et médias occidentaux, les sionistes ne sont pas parvenus à délégitimer les organisations paramilitaires palestiniennes. Seules des relations normalisées avec les pays arabes peuvent permettre d’atteindre cet objectif.

Ahmed NAJI

 

Repères

L’Istiqlal fidèle à la cause palestinienne
Le Secrétaire Général du Parti de l’Istiqlal, Nizar Baraka, a déclaré, lors d’une visioconférence organisée en commémoration du 67ème anniversaire du soulèvement du 16 août 1953 à Oujda, que son parti allait continuer à soutenir la cause palestinienne, comme il l’a toujours fait et en cohérence avec ses principes et valeurs. L’Istiqlal, fidèle à ses convictions, va continuer à appuyer les légitimes revendications du peuple palestinien, a souligné M. Baraka, et condamné toute démarche de nature à affaiblir les capacités de négociation des Palestiniens dans l’objectif de création de leur Etat souverain sur leurs territoires, avec Jérusalem comme capitale, permettant ainsi la réalisation de la paix dans la région du Moyen Orient. 
Trump…eries !
Le président américain Donald Trump ne cachait pas sa joie en annonçant la normalisation des relations entre les Emirats Arabes Unis et Israël, démarche dans laquelle son Administration s’est grandement impliquée et qu’elle a facilitée. La colère des Américains face à la piètre gestion gouvernementale de la crise du Coronavirus et l’explosion des faillites d’entreprises et du chômage qui en a découlé, le déchirement de la société américaine sur des bases ethniques, le risque d’effondrement financier auquel sont confrontés les Etats-Unis, tout ça passe après la satisfaction du lobby sioniste, tellement puissant dans ce pays que toute chance d’un candidat aux élections présidentielles devient insignifiante sans sa bénédiction.
Investissements émiratis en Israël​ 
« J’ai eu une discussion trilatérale avec le président américain Trump et le cheikh Ben Zayed et nous avons convenu d’un accord de paix complet avec des échanges d’ambassadeurs et des échanges commerciaux, y compris des vols directs entre Abou Dhabi et Tel-Aviv », a déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à la télévision israélienne. Savourant son succès diplomatique, il n’a pas manqué de préciser: « J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion », signifiant clairement à ses compatriotes qu’il n’a pas renoncé aux projets israéliens en Cisjordanie et, donc, rien donné en échange de la normalisation des relations avec les Emirats. Plus encore, il a indiqué que « les Emirats vont investir des sommes importantes en Israël » !