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Edito & Chronique

L'Opinion : donne-moi un mètre de distance


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Jeudi 11 Juin 2020


L’expression populaire « Donnemoi un empan de distance » (chberTisaâ) a toujours été prononcée sur le mode impératif. Depuis l’éclosion de l’épidémie du Coronavirus, le geste de distanciation est devenu comportemental. Plus qu’un empan, la distance s’exprime, au moins, en mètre. 

La formule « Donne-moi un mètre de distance » est devenue une injonction de prudence, un moyen de dispersion de la foule et une interdiction implicite des attroupements. A l’échelle individuelle, « Donne-moi un mètre de distance » peut opérer et revêtir un sens de protection mais dans un stade, une salle de cinéma, un café, bref dans n’importe quel lieu de rassemblement, la crainte de la contamination est sous-jacente à la mesure de prudence. 

Si l’empan fait référence à la main, c’est que la mesure des distances s’exprimait par rapport au corps : le pas, la coudée, par exemple. Dans la distance au mètre, c’est le corps entier, comme dans la toise, qui est mobilisé même si des parties de celui-ci sont plus sensibles que d’autres à la transmission du virus, en particulier la bouche à laquelle il est appliqué un masque, les mains qui sont protégés par des gants, sans oublier les yeux qui sont suspectés de vecteur de transmission du Coronavirus.

L’empan renvoie aussi à la propriété. Ne dit-on pas que l’homme ne possède qu’un empan sur terre, la mesure de la largeur de la tombe qu’il devra habiter, après sa mort, pour l’éternité.

De symbolique en symbolique, après la mesure de la distance, sa dimension spatiale, l’empan mnésique renvoie au temps que l’on met à restituer des chiffres, immédiatement après les avoir entendus. 

La mémoire, c’est le siège de l’inconscient. Avec l’injonction « Donnemoi un mètre de distance », l’après confinement ne relèvera plus des virologues mais des psychologues pour soigner les blessures de l’âme.

Abdallah BENSMAÏN

  



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