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Edito & Chronique

L'Opinion : Aït Taleb passe la pommade à ses confrères


Rédigé par Majd EL ATOUABI le Jeudi 1 Juillet 2021


L'Opinion : Aït Taleb passe la pommade à ses confrères
Alors même que la loi relative à l’autorisation des médecins étrangers d’exercer au Maroc était approuvée à la Chambre des Représentants sans le moindre amendement, Khalid Aït Taleb, ministre de la Santé, annonçait l’organisation d’ «une campagne nationale pour rendre hommage à l’engagement et au dévouement des professionnels du secteur». Cette manifestation, qui se prolongera tout au long du mois de juillet, vise, selon la communication du ministère de la Santé :«la valorisation du capital humain oeuvrant dans le secteur de la Santé…». Fin de citation.

Maintenant, revenons à la fameuse loi autorisant les médecins étrangers à exercer au Maroc. Décriée avec force par l’ensemble du corps médical national, dans le public et surtout le privé, cette loi vient pourtant d’être approuvée après qu’elle ait profité de l’alibi de la généralisation de la couverture sanitaire au profit de l’ensemble des Marocains pour se frayer une voie royale dans le circuit législatif.

Cette loi part d’une bonne intention, celle de combler le déficit désastreux en toubibs dans notre pays parsemé de déserts médicaux du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Un déficit qui entraîne son lot de morts et de complications évitables, tout en ternissant l’image du Royaume au niveau des classements internationaux relatifs au développement humain. Pourquoi donc les médecins marocains la rejettent, eux dont la plupart rechignent une fois diplômés, formés et expérimentés, d’aller exercer dans les zones éloignées et défavorisées du pays, préférant avoir pignon sur villes ? Ce rejet serait-il motivé par des considérations corporatistes ?

Ce texte est rejeté d’abord parce qu’il est jugé dévalorisant pour les professionnels du secteur qui craignent de voir le prestige - déjà érodé - de leur métier se réduire davantage. Ensuite et toujours selon les médecins, cette loi recèlerait en son sein les germes d’une Ubérisation de la santé au Maroc qui menace de porter atteinte non seulement aux conditions de travail des médecins et leurs revenus, mais carrément à la souveraineté sanitaire du Royaume «en ouvrant la voie à des mercenaires de la médecine issus des quatre coins du globe et dont le dévouement serait tributaire de considérations purement pécuniaires, en dehors de toute compétence ou éthique».

La loi étant désormais adoptée, reste à l’immuniser contre pareilles dérives via la loi-cadre sur la Santé qui est censée fixer le Cap en la matière, notamment à travers une carte sanitaire opposable au privé, ainsi que par le truchement de verrous juridiques dans les décrets d’application. Reste aussi à améliorer l’environnement de travail des médecins marocains pour qu’il soit le plus valorisant et épanouissant possible, tout en redevenant attractif pour leurs milliers de confrères et concitoyens qui ont choisi l’exil. Ce serait la meilleure manière de leur rendre hommage.

Majd EL ATOUABI

  



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