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Journée internationale du Thé : Pour quand un produit 100% made in Maroc ?


24 Mai 2022

Depuis des siècles, le thé est au Maroc une boisson nationale qui fait partie de notre culture et notre mode de vie. Pourtant, le thé vert reste à ce jour une denrée venue d’ailleurs.



Samedi dernier, le monde a célébré une denrée qui, au Maroc, est élevée au rang de mets national : le thé a ainsi fait l’objet d’une Journée internationale décrétée par les Nations Unies pour le 21 mai de chaque année. Si dans notre pays le thé est devenu indissociable de notre culture et de notre mode de vie, il est surprenant de constater encore aujourd’hui que la quasi-totalité du thé vert consommée dans le Royaume provient de l’importation.

Avant d’aborder les spécificités du marché national du thé, rappelons que les documentations qui tentent de retracer les premières consommations du thé dans notre pays sont plutôt confuses. Les versions les plus crédibles évoquent cependant l’introduction du thé au Maroc il y a un peu plus de trois cents ans.

« Durant les premières années, le thé était réservé exclusivement aux notables du pays, mais, au fil des ans, sa consommation s’est complètement démocratisée pour devenir la boisson préférée de tous les nationaux, toutes classes confondues », souligne l’Association Marocaine des Industriels du Thé et du Café (AMITC).

Vert comme le thé

Une variété particulière a depuis toujours été privilégiée sous nos cieux : le thé vert. C’est ainsi que le Royaume à lui seul s’accapare près de 25% du volume global des exportations mondiales de thé vert produit en Chine, dont 46% de la variété « Gunpowder » et 54% de la variété « Chunmee ». Selon l’AMITC, d’autres variétés de thé vert sont également commercialisées au Maroc, mais leurs quantités restent négligeables comparativement au « Chunmee » et au « Gunpowder ».

Avec 82.000 tonnes comme moyenne annuelle de thé importé, le Maroc est considéré comme le premier importateur mondial de cette denrée devenue un produit de première nécessité. Sommes-nous également les premiers consommateurs de thé vert avec nos 1.85 kilos par an et par habitant ? Pas forcément : « En termes d’import, le Maroc est en effet le premier au niveau mondial pour le thé vert. Pour la consommation, la Mauritanie semble enregistrer des volumes par an et par habitant qui sont plus conséquents », confie M. Mohamed Astaib, président de l’AMITC.

Un marché évolutif

Jusqu’aux alentours des années 1994-1995, le thé au Maroc était un monopole de l’Office National du Thé et du Sucre (ONTS). Ce produit était alors importé en vrac puis soumis à un complément de main d’oeuvre pour le traiter, le conditionner et le commercialiser sous des marques marocaines.

Après la libéralisation du secteur et une phase plutôt marquée par l’importation de thé déjà conditionné, le gouvernement s’est inscrit en 2016 dans une politique de réindustrialisation de l’activité du secteur du thé, en mettant en place une mesure fiscale incitative au niveau du droit de douane qui fait bénéficier l’importation du thé en vrac d’un droit d’importation de 2,5% au lieu de 25% pour le thé déjà conditionné. « Grâce à cette mesure fiscale salutaire, plusieurs sociétés du secteur se sont engagées dans des investissements importants pour s’équiper en moyens industriels afin d’assurer le complément d’oeuvre nécessaire. Ceci s’est traduit par un allègement de la balance des paiements, par la création d’emplois dans ce secteur et par la réduction des prix de revient », précise M. Mohamed Astaib.

Un futur prometteur ?

En dépit des difficultés que les industriels marocains du thé ont dû traverser pendant la pandémie et qu’ils traversent encore à cause des impacts de la guerre en Ukraine (voir interview ci-dessous), l’importance du thé dans le marché national comme dans le quotidien des Marocains n’est pas prête à s’estomper.

C’est pour cette raison que les professionnels du secteur ont plusieurs fois appelé les décideurs à reprendre les expériences entamées durant les années 70 (dans la région de Larache notamment) pour développer une production locale de cette denrée stratégique. Si ces tentatives avaient conclu à l’époque qu’il était moins cher de l’importer, le développement actuel des techniques agricoles pourrait changer la donne.

« C’est un projet qui est en cours. Nous avons demandé à des experts chinois de nous aider dans ce sens afin de trouver des solutions adaptées. La pandémie a cependant interrompu la dynamique de collaboration. Cela dit, dès que le contexte sanitaire en Chine le permettra, nous reprendrons ce projet », conclut le président de l’AMITC.


Oussama ABAOUSS

Repères

Thé et changement climatique
La culture du thé nécessite des conditions agro-écologiques spécifiques et ne peut par conséquent être développée que dans un certain nombre de pays. Or, la plupart de ces pays sont aujourd’hui fortement affectés par les changements climatiques. Selon les Nations Unies, les changements de température et les régimes de pluies, avec davantage d’inondations et de sécheresses, affectent déjà les rendements, la qualité du thé et ses prix et contribuent donc à faire baisser les revenus et à menacer les moyens d’existence ruraux.
 
La corporation des swâiniya
Au début du siècle dernier, les dinandiers marocains ont créé la corporation des swâiniya (fabricants de plateaux) dans la région de Fès dans les années 1910. Ces artisans étaient spécialisés dans la fabrication d’ustensiles dédiés au rituel du thé. En 1946, un dinandier introduit le tour mécanique, modernisant ainsi la profession dont l’inspiration s’est basée sur les théières Wright fabriquées à Manchester, en y ajoutant une touche marocaine à travers les décorations et ciselures traditionnelles.

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International


Quand le surcoût du fret maritime impacte le marché local…
 
Suite à l’essoufflement de la pandémie, les grands marchés du thé ont subi un rush de reprise et une forte demande pour le transport maritime. Cette situation s’est notamment traduite par un renchérissement de la location des conteneurs et surtout la hausse vertigineuse du tarif du fret maritime qui est passé de 6.000 dollars à pratiquement 20.000 dollars pour un conteneur de 40 pieds.

Ce contexte n’a pas manqué de toucher les importateurs marocains de thé : « Malgré les hausses enregistrées, les industriels ont essayé de rogner leur marge et maîtriser leur coût de revient pour ne pas répercuter ces hausses sur le consommateur marocain pendant une période assez appréciable. L’aggravation des tarifs du fret maritime conjuguée à la hausse générale des prix de toutes les denrées alimentaires et toutes les matières premières sur les marchés internationaux ont obligé les industriels du thé à introduire une légère augmentation dans les prix de vente sur le marché, juste pour réduire l’impact de ces surcoûts inattendus », nous confie l’AMITC.
 

Patrimoine mondial


Le thé, bon pour la santé et pour la lutte contre la pauvreté
 
Infusé depuis les feuilles du théier, le thé est la boisson la plus consommée au monde, après l’eau. Les spécialistes pensent qu’il est originaire du Nord-Est de l’Inde, du Nord du Myanmar et du Sud-Ouest de la Chine, mais l’endroit exact où la plante est apparue n’est, à ce jour, pas connu. Il est toutefois admis que le thé accompagne l’humanité depuis des millénaires : il était déjà consommé en Chine il y a 5.000 ans.

Les Nations Unies considèrent que la production et la transformation du thé constituent l’une des principales sources de revenus pour des millions de familles dans les pays en développement, ainsi que le principal moyen de subsistance pour les familles les plus pauvres des pays les moins avancés.

L’industrie du thé est en effet une source majeure de revenus et de recettes d’exportation pour certains des pays les plus pauvres et, grâce à son fort besoin en main-d’oeuvre, elle génère de nombreux emplois, notamment dans les zones reculées et défavorisées sur le plan économique.

La consommation de thé est également bénéfique pour la santé, grâce à ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. « Consciente de l’importance que revêt le thé pour permettre le développement rural et assurer des moyens de subsistance durables, l’Assemblée Générale des Nations Unies a décidé de proclamer le 21 mai Journée internationale du Thé, afin de sensibiliser le public à cet enjeu et d’encourager la mise en place d’actions collectives et de mesures favorables à une production et une consommation durables de thé », souligne un communiqué des Nations Unies.

 

3 questions à M. Mohamed Astaib, président de l’AMITC


« Le thé est considéré comme un produit de première nécessité dans notre pays »

Président de l’Association Marocaine des Industriels du Thé et du Café (AMITC), M. Mohamed Astaib répond à nos questions sur le marché local et les perspectives d’avenir du secteur du thé.

- Les impacts de la guerre en Ukraine ont-ils touché les industriels du thé au Maroc ?

- L’impact de la guerre en Ukraine s’est fait ressentir au Maroc principalement à travers la hausse des prix de l’énergie et des carburants. Il va donc sans dire que la conséquence pour notre secteur s’est matérialisée au niveau des coûts de distribution locale des produits. Cela dit, le thé est considéré comme un produit de première nécessité dans notre pays. C’est pour cette raison que les professionnels font de leur possible pour en stabiliser les prix et que l’augmentation des coûts de distribution n’a pas été répercutée sur le prix final.


- À part la Chine, quel autre pays pourrait devenir un nouveau partenaire commercial pour le Maroc dans le secteur du thé vert ?


- Il existe actuellement des opportunités avec certaines entreprises japonaises versées dans ce secteur d’activité pour le thé vert. Les produits japonais connus pour leur originalité séculaire se situent dans des segments qualitativement élevés par rapport à ses concurrents, ce qui laisse présager, à l’avenir, des possibilités d’affaires sur le haut de gamme et également la création de joint-ventures sur ces créneaux.


- Au vu de la multitude de marques marocaines de thé, est-il envisageable de tenter de les exporter ?

- La profession s’inscrit effectivement dans la recherche des marchés africains potentiellement ouverts à une introduction des marques de thé marocain. Cela se justifie entre autres par l’existence d’accords commerciaux bilatéraux octroyant des exonérations ou tarifs préférentiels au niveau des droits de douane.


Recueillis par O. A.
 







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