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[ Interview avec Othmane Samie ] Le NMD n’offre aucun mécanisme clair pour assurer une justice efficace


Rédigé par Safaa KSAANI le Mardi 22 Juin 2021

Othmane Samie, premier avocat marocain à siéger au Barreau de la Californie aux Etats-Unis, nous livre les détails de son parcours et sa vision du Nouveau Modèle de Développement (NMD).



[ Interview avec Othmane Samie ] Le NMD n’offre aucun mécanisme clair pour assurer une justice efficace
- Vous êtes le premier avocat marocain à siéger au Barreau de la Californie aux Etats-Unis. Comment êtes-vous arrivé là ?

- Bien heureusement, la nationalité américaine n’est pas un requis pour avoir accès au métier d’avocat sur tout le territoire américain, et non pas uniquement en Californie où j’ai passé mon Barreau. Cela va de pair avec l’esprit d’un système américain qui se veut flexible. C’est pourquoi on y trouve beaucoup d’avocats étrangers.

Il y a une diversité culturelle qui rend le métier d’avocat aux Etats-Unis très performant et efficace. Pour répondre à votre deuxième question, après une double licence de droit, en France et au Maroc, je me suis envolé aux Etats-Unis pour continuer mon aventure académique en allant à l’Université de Californie du Sud pour passer un Master de droit.J’y ai étudié des matières très diverses, notamment le droit du divertissement, le droit pénal, le droit des affaires, le droit bancaire,… C’était divers et enrichissant. J’ai ensuite passé mon examen du Barreau californien.

Les résultats ont été affichés quelques semaines après. Le système américain est flexible et permet d’être en dehors des considérations bureaucratiques qu’on peut trouver en France ou dans les pays francophones qui s’en inspirent. Pour avoir accès à la profession d’avocat au Maroc, on passe deux ans dans un institut de formation. A l’issue de ces deux années de formation, on n’est pas encore avocat professionnel. L’étudiant passe encore deux années de stage professionnel. A la fin de ces quatre années, on devient officiellement avocat, ce qui est différend de l’Amérique.

En Californie, à l’issue du Master, nous passons un examen du Barreau californien, qui est, certes, l’examen du Barreau le plus difficile du monde. Les étrangers représentaient 1 ou 2% des candidats cette année. L’Etat de la Californie mène des investigations sur nous. Celles-ci durent quelques mois. On est alors officiellement avocat, sans devoir passer obligatoirement un stage. L’avocat est un métier prépondérant aux USA. C’est l’avocat qui cherche les preuves au lieu du juge d’instruction, ce qui n’est pas le cas au Maroc ou en France.


- A trois mois des élections législatives et communales de 2021, quel commentaire faites-vous sur l’offre politique au Maroc ?

- Je ne me ferai pas encore une fois le chantre de la critique systématique. Je peux dire que l’offre politique est là, mais elle est en quelque sorte défaillante. A mes yeux, ce sont toujours les dinosaures de la politique au Maroc qui détiennent ce monopole. Il n’y a aucun problème là-dessus ! Mais c’est encore une fois la vision des partis politiques qui ne change pas. Ce sont les mêmes personnes, issues de l’ancienne garde politique, qui dirigent. On ne voit pas de renouveau dans l’offre politique. A ce moment-là, elle devient, à mes yeux, défaillante. L’offre globale manque de vision.

De nouvelles idées doivent émerger, comme celles relatives à la transition écologique, à la digitalisation de la vie et au renouveau de notre mode de consommation. Encore une fois, ce sont les mêmes questions qui reviennent toujours depuis des dizaines années sans avoir une vision du futur. C’est aussi l’un des problèmes du Nouveau Modèle de Développement.

 
« Le but de ce partenariat est d’aider nos investisseurs marocains qui s’installent dans d’autres pays africains, et vice-versa, à mieux comprendre le droit du pays hôte »



- En tant que jeune avocat, quelle lecture faites-vous sur l’intégration d’une justice efficace et intègre dans le Nouveau Modèle de Développement (NMD) ?

- Que le NMD soit efficace ou pas, que ses résultats soient vus dans quelques années ou pas, il faut saluer le travail de longue haleine qui a été fait par la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement. Ce qui est sûr est que c’est un nouveau modèle de développement qui comprend plusieurs points intéressants.

On a parlé de justice efficiente et intègre, d’équité fiscale, de digitalisation, de droit des femmes, on a effleuré le sujet de la transition écologique. Mais il y a encore des points défaillants. Aucun mécanisme clair n’a été proposé. Concernant la justice intègre et efficiente, quels sont  les points concrets qu’on  a pu évoquer dans le rapport du NMD ? En tant que jeune avocat et humain, j’espère voir la justice intègre liée au développement économique du Royaume.


- Vous êtes actuellement en Côte d’Ivoire pour créer une Association d’avocats africains. Quels sont les sujets fondamentaux que vous comptez traiter en premier abord ?

- Ce n’est pas forcément une association. Ça pourrait être des associations, à court, moyen ou long termes. Le but en est de créer un partenariat avec des avocats ivoiriens, camerounais, ghanéens, burkinabés… C’est un partenariat entre avocats africains qui partagent les mêmes visions et objectifs sur les plans juridique, politique, diplomatique, économique… dans le but d’aider nos investisseurs marocains qui s’installent dans d’autres pays africains, et vice-versa, à mieux comprendre le droit du pays hôte.

L’ultime objectif est de créer une inclusion africaine, s’aider les uns des autres, aider les pays de manière globale en termes de justice et système légal à avancer et se faire aider par les pays avancés.


- Quel est le pays africain qui a besoin de plus d’attention en terme de justice ?

- Les pays les plus démunis ont besoin de plus d’attention. Encore une fois, le développement du système économique va de pair avec le développement du système judiciaire. Ces pays sont également minés par des guerres fratricides à l’intérieur des guerres ethniques et tribales, contre le terrorisme… Il faut ajouter l’effectif des magistrats, créer plus de tribunaux, apporter un accès à la justice pour tous. Il faut d’abord créer les circonstances pour arriver à un système judiciaire efficace.
Les pays locomotives sont ceux qui ont connu un développement économique incroyable, comme au Rwanda, en Afrique du Sud, au Maroc...

 
« L’Afrique de demain est une Afrique de paix qui n’a pas des frontières administratives mais plutôt une inclusion et une union africaine! Nous avons tous les moyens pour le faire »


- Comment imaginez-vous l’Afrique de demain ?

- En parcourant l’Afrique, je remarque toujours une chose, qui paraît comme un cliché. Je vois une incroyable force mentale et résilience chez les Africains ! L’Afrique est le continent le plus jeune, donc le plus riche matériellement et immatériellement. L’Afrique de demain et de l’après-demain est celle qu’on construit aujourd’hui.
C’est une Afrique pérenne, durable, qui sort des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Celle qui saura créer une conscience écologique chez chacun.Une Afrique qui mettra le point sur l’éducation et l’accès de santé à tous. Une Afrique qui prendra le train de l’innovation de la digitalisation. L’Afrique de demain est une Afrique où les présidents respecteront leurs mandats politiques.
Ce sera une Afrique de paix qui n’a pas des frontières administratives mais plutôt une inclusion et une union africaine ! Nous avons tous les moyens pour le faire.
Recueillis par Safaa KSAANI

 

  


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