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Culture

Interview avec Neila Tazi : « Nous ne quittons pas Essaouira, elle est la capitale de la tagnaouite »


22 Mai 2022

A la tête du Festival Gnaoua et Musiques du monde depuis un quart de siècle, cette femme culturellement engagée réussit crescendo le rayonnement de son évènement à l’international. Pour l’édition 2022 (3-24 juin), elle fait rencontrer les maâlems et leurs invités à Essaouira, Marrakech, Rabat et Casablanca. Le Tour déloge le Festival, « pas pour longtemps », assure-t-elle. Entretien etcetera.



Elle réussit crescendo à faire rayonner son évènement à l’international. Ph. Karim Tibari.
Elle réussit crescendo à faire rayonner son évènement à l’international. Ph. Karim Tibari.
- Comment s’est opéré le passage du Festival au Tour ?

- La pandémie a-t-elle donné à réfléchir ? Les conditions sanitaires en vigueur aujourd’hui au Maroc ne nous permettent pas de réunir autant de monde pour des concerts gratuits. Dès que ce sera possible, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde reviendra à Essaouira dans son format habituel.

Après deux éditions annulées en 2020 et 2021, nous ne voulions pas d’annulation pour une 3ème année consécutive. Nous ne le voulions pas d’autant plus que, depuis décembre 2019, les Gnaoua sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, à la veille de la pandémie du Covid-19 qui a eu des conséquences catastrophiques pour le monde des arts et de la culture partout à travers le monde.


- Dans le communiqué accompagnant l’annonce des dates et des lieux, il est question de « l’inclusion des artistes et de tous les professionnels des industries créatives et culturelles ». Comment arrive-t-on à concrétiser un tel projet ?

- Les professionnels du secteur des industries culturelles et créatives ont été paralysés pendant plus de deux ans. C’est un des secteurs qui a le plus souffert. Mais la volonté est toujours là pour continuer, solidaires avec les professionnels, déterminés à émettre un signal positif quant à une reprise pour relancer la dynamique et reprendre espoir.
 
En dehors d’Essaouira, les concerts ne seront pas gratuits. »

- La gratuité des spectacles et du produit culturel est belle, mais est-elle constructive ?

- La gratuité était une nécessité il y a 25 ans car nous voulions démocratiser l’accès à la culture, démontrer à quel point celle-ci est nécessaire pour l’épanouissement d’une jeunesse, le développement socio-économique et le rayonnement d’un territoire. Mais cette gratuité est un immense défi à relever car la culture, comme tout le reste, a un coût. Les villes qui veulent abriter des événements de qualité doivent se donner les moyens de le faire, et encore plus si la gratuité est un choix stratégique.

Lors de cette tournée, les concerts hors Essaouira ne seront pas gratuits, car les jauges autorisées sont limitées en raison des restrictions sanitaires. Dès lors que les espaces sont limitées, les modalités d’accès doivent être définies, et cela pour des raisons évidentes de sécurité et de gestion des flux.

C’est une expérience différente qui apportera ses enseignements sachant que le concept de la tournée payante a déjà été réalisé à Paris, New York et Washington, des villes où les mélomanes ont l’habitude d’acheter des billets pour des spectacles. Et c’est aussi cela qui en fait des capitales culturelles au rayonnement mondial. Le produit culturel a un coût et la gratuité ne peut pas être une solution durable pour les artistes et les professionnels qui doivent vivre de leur production.
 
« Seuls des musiciens aguerris savent fusionner avec les Gnaoua. »

- Et Yerma dans cette histoire ?

- Yerma est une Association que nous avons créée en 2009 pour oeuvrer à la préservation du patrimoine gnaoui et améliorer le statut des Gnaoua. Après 10 ans de plaidoyer, avec le soutien du Ministère de la Culture, nous avons réussi à inscrire les Gnaoua au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en décembre 2019. C’est un rêve improbable que nous avons pu réaliser, et c’est aujourd’hui un nouveau chapitre de cette belle histoire des Gnaoua qui continue de s’écrire chaque jour. Cette culture doit être préservée et promue encore bien plus qu’elle ne l’est aujourd’hui.


- Quitter une assise d’une vingtaine d’année à Essaouira n’engendre-t-elle pas un sentiment de délaissement ?

- Nous ne quittons pas Essaouira. Elle est la capitale de la tagnaouite ! Essaouira ouvrira le bal pour cette tournée exceptionnelle puis les Gnaoua et les artistes retrouveront leur public dans d’autres villes. Cette question me permet d’apporter une précision importante : les Gnaoua sont dans toutes les villes du Maroc et maintenant qu’ils sont classés à l’Unesco, cette tournée sera l’occasion aussi de le rappeler et de sensibiliser chaque territoire à l’importance d’oeuvrer à préserver cette culture ancestrale là où elle se trouve.


- Comment réussit-on une fusion entre des maâlems attachés à la tradition et des invités qui découvrent des réflexes ancestraux ?

- C’est le secret et la particularité qui fait la magie de ce festival. C’est le travail des directeurs artistiques qui va bien au - delà d’une simple programmation, et qui consiste à préparer en amont les musiciens qui vont fusionner. Les directeurs artistiques sont des musiciens eux aussi, ils organisent et orchestrent des répétions plusieurs jours avant les concerts.

Seuls des musiciens aguerris savent fusionner avec les Gnaoua et les artistes étrangers viennent avec beaucoup d’humilité à la rencontre de ces musiciens respectueux de leurs rythmes, de leur répertoire et de leur tradition.
 
« Les Gnaoua sont dans toutes les villes du Maroc. »

- Que pèse l’apport de l’Afrique (hors Gnaoua) dans cette fête aussi musicale que spirituelle ?

- Elle est à l’honneur et partout, naturellement, car l’art des Gnaoua est un héritage de l’Afrique subsaharienne.


- Es-tu une organisatrice heureuse ?

- Forcément, comment ne pas l’être lorsque 25 ans après le lancement du premier festival, celui-ci continue de susciter autant d’intérêt auprès des jeunes et de tous les publics, nationaux et étrangers.




Entretien réalisé par Anis HAJJAM







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