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Interview avec Mehdi Laraki :« Le Titre restaurant rapporte à l’Etat bien plus qu’il ne lui coûte »


Rédigé par Safaa KSAANI le Jeudi 31 Mars 2022

Nés il y a plus de 50 ans en France, les Titres restaurant (Titres vendus aux salariés d’une entreprise, leur permettant d’accéder à certains restaurants) présentent des avantages économiques et sociaux. Le point sur leur utilisation au Maroc avec Mehdi Laraki, Secrétaire général de l’Association marocaine des émetteurs de titres de services (ASMETS).



- Quel état des lieux de la réglementation du Titre restaurant au Maroc dressez-vous ?

- Aujourd’hui, les Titres restaurant sont malheureusement peu utilisés. Mais il y a une volonté de l’Etat marocain d’inverser cette tendance. En effet, il y a une exonération de la CNSS et de l’Impôt sur revenu (IR) sur les Titres restaurant. Cette exonération, qui était de 20 dh, est passée à 30 dh actuellement. Le souci majeur qu’on a c’est que chaque fois que nous proposons le titre restaurant aux sociétés, nous avons la prime panier (du cash), qui est exonérée à peu près à la même hauteur. Cette prime panier fait de l’obstruction et ne permet pas le développement du titre restaurant. Il faudrait un alignement entre l’exonération de la CNSS et de l’IR.


- Quel est l’impact macroéconomique des titres repas et quels en sont les bénéfices pour l’entreprise ?

- Aujourd’hui, l’entreprise a énormément d’avantages à proposer ces titres restaurant. Il y a une meilleure productivité et une ponctualité, pour ne citer que ces exemples. Ils donnent un pouvoir d’achat plus important à l’employé. Suivant la pyramide de Maslow, cela permet d’avoir un besoin d’accomplissement de soi pour l’employé. Il y a aussi un autre avantage important à l’entreprise, celui de fidéliser ses salariés.


- Pensez-vous que les salaires perçus par les salariés modestes ne leur permettent pas de prendre une collation ou un repas, selon les normes de l’OMS ? Que proposez-vous pour promouvoir le titre restaurant au Royaume ?

- Aujourd’hui, à 30 dh, il est clair que nous ne pouvons pas avoir un accès suffisant pour un repas équilibré. On a trois principales options pour promouvoir les titres restaurant. La première est d’avoir une exonération plus importante des supports dédiés à la restauration alimentaire par rapport aux exonérations octroyées à la prime panier. Je donne un exemple. L’exonération du titre restaurant est égale à deux fois la prime panier. Donc, l’exonération sera sur 1400 dh versus la prime panier exonération de 760 dh.

La deuxième option est le cumul de l’exonération pour les deux avantages. On prend la prime panier, une exonération de 760 dh qui sera utilisée en cash, mais où il y aura une traçabilité. Là, la digitalisation peut apporter énormément. Et le titre restauration-exonération est de 760 dh mais qui ne sera utilisé qu’en restauration, pour la simple raison que quand on les utilise en grande surface, il n’ y a pas de création d’emploi. La troisième option est d’absorber la prime panier en tant que participation salariale dans le titre restaurant.

Donc, arriver à avoir un titre restaurant qui est de l750 dh. Mais ça va poser un petit souci parce qu’on demandera par exemple d’avoir une part salariale de 50%. Mais je pense que la deuxième solution est la plus adéquate, à savoir augmenter la valeur faciale et avoir un double “wallet”, un pour la restauration et un autre pour le pouvoir d’achat qui sera de la prime panier.


- A quel point ce secteur est-il pourvoyeur d’emplois ?

- Il faut savoir que quand on a 15 personnes qui utilisent leurs titres restaurant et qui partent manger dans un restaurant, ça crée un emploi direct. Si vous prenez 100 utilisateurs récurrents, ça crée 6,6 emplois directs. Le restaurateur ne demandera pas mieux d’avoir beaucoup plus de personnes qui viendront manger régulièrement dans son restaurant. Cela crée une dynamique. Il aura besoin de recruts. Il y a vraiment un impact à différents échelons, aussi bien au niveau des restaurateurs que de leurs fournisseurs.

Donc, des emplois directs et indirects sont créés rapidement. Avec la force active, l’idéal est que nous ayons à moyen terme 1 million de personnes salariées qui pourraient aller manger aux restaurants, avec leurs titres pour avoir un repas équilibré et sain. Malheureusement, le titre restaurant reste faible, à 30 dh, ce qui ne permet pas actuellement d’offrir un repas équilibré. Il faudrait avoir une valeur faciale plus importante.
 
Si vous prenez 100 utilisateurs récurrents, ça crée 6,6 emplois directs.

- En termes de chiffre d’affaires et de volume de fonds qui seront injectés par les entreprises, quels sont les gains et bénéfices prévus pour ce segment ?

- Les titres restaurant permettent un pouvoir d’achat important, ce qui permettra à l’Etat marocain de récupérer la TVA, ce qui n’est pas possible au niveau de la prime panier qui n’est que du cash. En 2018, en France, les titres restaurant ont permis la création de plus de 125.000 emplois. C’est une chose qui peut être effectuée chez nous aussi bien pour la restauration que pour le voyage, dont des chèques seront appréciés à la sortie de la pandémie. C’est aussi une solution pour ces secteurs qui ont été très touchés.

Le titre restaurant protège l’emploi pour les restaurateurs, favorise la transparence de l’économie de l’informel, et contribue à la productivité et la santé des employés. Le titre restaurant rapporte à l’Etat bien plus qu’il ne lui coûte grâce à la contribution fiscale et sociale du secteur de la restauration, dont le chiffre d’affaires et le nombre des salariés augmentent.


- Qui doit contrôler le respect de la mise à disposition des tickets restaurant et des primes panier ?

- Il y a plusieurs solutions. La prime panier reste un frein important au développement de ce segment. Je ne demande pas d’éliminer la prime panier, ce qui serait impossible à faire. Par contre, on peut augmenter la valeur faciale en cumulant la prime panier avec le titre restaurant. Avec la digitalisation, c’est quelque chose sur laquelle nous sommes prêts, nous émetteurs de titres restaurant. Cela nous permettra également de tracer les opérations et fiscaliser l’économie de l’informel.



Recueillis par Safaa KSAANI



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