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Actu Maroc

Interview avec Jamaâ Baida : Les Archives du Maroc en quête de valorisation [INTÉGRAL]


Rédigé par Oussama ABAOUSS Mardi 13 Juin 2023

À l’occasion de la Journée mondiale des Archives, célébrée le 9 juin 2023, nous avons interviewé M. Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc.



- Quelles sont les valeurs ajoutées que les Archives du Maroc ont pu apporter depuis leur création ?

- Avant la création des Archives du Maroc, il n’y avait pas d’institution dédiée pour veiller à l’application de la réglementation relative aux archives (loi qui avait été promulguée le 30 novembre 2007). C’est en cela que les Archives du Maroc, en tant qu’institution, a pu jouer un rôle important, puisque, depuis sa création, il n’est plus permis à des personnes physiques ou morales de détruire impunément leurs archives. Depuis lors, les entités concernées font très attention à cet aspect, surtout depuis que nous avons publié le guide référentiel de la gestion des archives publiques au Maroc et qu’une circulaire du chef du gouvernement a incité tous les départements ministériels à s’y conformer. Concernant les archives privées, grâce aux efforts que nous déployons pour diffuser la culture des archives, le résultat est assez appréciable à mon sens puisque nous avons depuis 10 ans pu constituer une centaine de collections grâce aux différentes donations.

- Quelles sont, selon vous,  les pièces archivistiques les plus anciennes conservées par votre institution ou encore celles qui ont le plus de valeur à votre point de vue ?

- Quand on parle d’archives, la valeur patrimoniale n’est pas le seul critère d’importance d’une pièce. Si par exemple un chercheur a du mal à trouver un document particulier pour élaborer sa thèse - et je parle en connaissance de cause en tant qu’historien - le fait d’arriver au bout de dix ans à dénicher cette pièce manquante dans son puzzle, quelle que soit son ancienneté, est un pur bonheur. Je pense ainsi qu’il n’est pas toujours pertinent de tenter d’évaluer l’importance d’une archive juste par l’ancienneté. Je tiens par ailleurs à noter que ce ne sont pas les Archives du Maroc qui détiennent les pièces les plus anciennes. Ce genre d’archives a historiquement été conservé dans les Palais Royaux et se trouve aujourd’hui soit à la Bibliothèque Royale Hassanya ou à la Direction des Archives Royales. Aux Archives du Maroc, nous avons cependant quelques pièces très anciennes qui datent de 4 siècles et qui sont notamment écrites sur des tablettes en bois. Il s’agit dans ce cas de figure d’archives de la région de Souss où figurent les us et coutumes des tribus, ou encore les lois coutumières relatives au partage de l’eau, etc.

- Quels sont les dispositifs spécifiques déployés pour sauvegarder les archives dans des conditions optimales ?

- Les archives sont avant tout une affaire d’archivistes. Nous avons des techniciens spécialisés qui, chaque jour, sillonnent les 5000 mètres linéaires de rayons d’archives que nous avons afin de vérifier les paramètres liés notamment à la température, l’humidité ou encore l’éclairage. Pour pouvoir sauvegarder les archives en bon état, il est bien évidemment important de veiller à bien contrôler ces paramètres dont la fluctuation peut éventuellement dégrader les documents et les pièces conservées.

- À quel moment certaines pièces archivistiques peuvent-elles être considérées comme ayant plus leur place dans un musée que dans des archives ?

- Il est vrai que la frontière entre un musée et un centre d’Archives peut parfois prêter à confusion. Personnellement, je déconseillerai l’exposition (pour une longue durée) d’archives dans un musée. Les archives doivent être gardées dans des centres d’archives, mais peuvent toutefois être empruntées par des musées pour des expositions provisoires. Cela peut se justifier par le fait que les musées ont leurs propres règles de conservation qui sont parfois différentes ou pas adaptées à la sauvegarde à long terme de pièces archivistiques, surtout les anciens parchemins, qui sont plus l’affaire des archivistes que des muséologues.

- Comment peut-on décrire le patrimoine archivistique géré par votre institution en termes de quantité et de qualité ?

- Quantitativement parlant, étant malheureusement encore dans un siège provisoire, l’espace dont nous disposons ne nous permet plus de recevoir les archives publiques. Donc, l’instruction pour l’instant est que les producteurs des Archives continuent de les garder temporairement dans leurs locaux, mais sous notre supervision. Cela nous permet de continuer à recevoir les Archives privées en essayant de leur trouver la place nécessaire. Nous priorisons ces archives privées parce que si nous n’agissions pas de la sorte, ces pièces auraient pu finir ailleurs, notamment à l’étranger, ce qui aurait été vraiment regrettable. Sinon, en termes qualitatifs, l’état des pièces archivistiques publiques peut varier d’un département ministériel à un autre, mais demeure bon dans son ensemble.

- Les Archives du Maroc sont-elles à la disposition des chercheurs et des citoyens qui veulent les consulter ?

- Je tiens d’abord à souligner que nous avons dans notre institution une galerie d’archives où il y a des expositions épisodiques à destination des visiteurs, et qui sont organisées dans le respect de toutes les précautions en vigueur. Les Archives du Maroc sont par ailleurs ouvertes à tous les citoyens sur la simple présentation d’une pièce d’identité et le renseignement d’un petit descriptif qui nous permet de consolider annuellement les statistiques des visites et les pièces ou types d’archives qui ont été consultés. Les visiteurs et les chercheurs nous viennent parfois de très loin.

- Existe-t-il aux Archives du Maroc des pièces archivistiques considérées comme confidentielles ?

- Je dirai plutôt que certaines pièces archivistiques sont pour l’instant considérées comme non communicables. Il s’agit en l’occurrence d’archives qui contiennent des données personnelles de personnes encore en vie. C’est le cas par exemple de certains documents de l’Instance Equité et Réconciliation qui contiennent des dossiers médicaux que nous sommes tenus légalement de ne pas communiquer. La deuxième catégorie concerne certaines archives personnelles dont les donateurs ont expressément demandé un certain délai avant qu’elles puissent être communicables. Autrement, concernant les archives institutionnelles qui nous sont remises, pour l’essentiel il s’agit de documents qui sont déjà arrivés à l’âge d’archives historiques. C’est-à-dire qu’ils sont arrivés à une phase où ils ont perdu toute utilité administrative et n’ont gardé que l’utilité patrimoniale, culturelle et académique. Ils sont de ce fait librement consultables, bien qu’il nous incombe de vérifier si des pièces qui ont un caractère trop sensible ou stratégique font partie du lot et, le cas échéant, nous veillons, quand l’intérêt public l’impose, de les classer parmi les pièces qui ne sont pas communicables.

- Cela implique donc de parcourir toutes les pièces archivistiques que vous recevez. C’est une tâche énorme !

- En effet, c’est colossal. Malheureusement, ce travail n’est pas apprécié à sa juste valeur par nos décideurs, la preuve en est que depuis 12 années, nous essayons de nous affranchir du carcan de notre siège provisoire qui ne nous permet pas de faire notre travail comme il faut. Bien que nous ayons acquis un terrain de 4 hectares à proximité de la Technopolis, le gouvernement estime pour l’instant que le budget nécessaire pour pouvoir construire n’est pas disponible. Nous manquons également de postes budgétaires supplémentaires pour étoffer nos équipes comme nous manquons d’espaces pour les installer. À l’occasion de la Journée mondiale des Archives, je pense qu’il est important de prendre en compte l’importance de valoriser les archives et les archivistes. Pour la simple raison que les archives sont un des piliers d’un Etat moderne et un baromètre qui permet d’évaluer le degré d’insertion d’un pays dans la modernité.
 
Oussama ABAOUSS
 

Profession : À l’ère du tout numérique, le métier d’archiviste a-t-il de l’avenir ?

Souvent méconnu, le métier d'archiviste joue un rôle crucial dans la conservation et la préservation du patrimoine documentaire. Même à l'ère numérique, de nombreux documents analogiques nécessitent une expertise pour leur conservation à long terme. Les archivistes sont formés pour gérer ces documents et appliquer les meilleures pratiques en matière de préservation. Ils participent à créer des stratégies de préservation numérique, pour organiser, classifier et rendre accessibles les archives numériques, et pour assurer leur pérennité dans un contexte technologique en constante évolution.

Leur rôle s’étend par ailleurs à la fourniture d'un accès à l'information historique et administrative. Ils sont ainsi formés pour évaluer, cataloguer et organiser les documents d'archives, facilitant ainsi la recherche et l'accès aux informations pour les chercheurs, les historiens et le grand public. Avec des préoccupations croissantes concernant la protection des données et de la vie privée, les archivistes sont également impliqués dans la gestion de ces questions au sein des archives. Ils veillent à ce que les documents sensibles soient protégés et que les politiques de confidentialité soient respectées lors de la consultation des archives. Dans un autre registre, les archivistes sont de plus en plus impliqués dans la gestion de l'information au sein des organisations (publiques et privées). Ils aident à élaborer des politiques et des procédures pour la gestion des documents et des archives, garantissant ainsi la transparence, l'efficacité et la conformité aux réglementations.
 
 
 
 
 
 

Histoire : Quand les archives d’une civilisation traversent les millénaires…

Mardi dernier à Rabat, deux accords de don ont été conclus par les Archive du Maroc afin de recevoir les archives de l'ancien parlementaire et ministre feu Abdelouahed Radi, ainsi que celles du photographe français Robert Chastel. Le premier accord, paraphé par Mme Lamia Radi, fille de feu Abdelouahed Radi, et le directeur des Archives du Maroc, M. Jamaâ Baida, prévoit la remise des archives personnelles de l'ancien ministre. Le deuxième accord concerne l'ensemble des archives de l'écrivain français Robert Chastel, un passionné d'Histoire et de photographie. Ces archives ont été acquises par la Banque Marocaine pour le Commerce et l'Industrie (BMCI) au profit des Archives du Maroc. Les archives de Chastel comprennent plus de 2500 documents, dont 527 cartes postales, 1200 diapositives, 700 photographies, 141 plaques photographiques et un film négatif qui, retraçant l'Histoire patrimoniale de la ville de Casablanca de 1880 à 1952, illustre la passion de Robert Chastel pour la photographie. La signature desdits accords s'inscrit dans le cadre des activités des Archives du Maroc à l'occasion de la Semaine internationale des Archives qui a pris fin le 9 juin 2023, Journée internationale des Archives. À noter que la célébration de la Semaine internationale des Archives s’est illustrée par le vernissage d'une exposition de photos et de documents et d'une rencontre-hommage sous le signe « Brahim Akhiat : un parcours dense de militantisme pour la culture amazighe ».
 
(avec MAP)

Histoire : Quand les archives d’une civilisation traversent les millénaires…

Constituer puis entretenir un système d’archives sont des pratiques qui remontent à plusieurs milliers d’années. L'Empire babylonien est un des premiers adeptes de systèmes d’archivages puisque les anciens Babyloniens, qui ont prospéré autour du deuxième millénaire avant notre ère, ont développé des systèmes d'archivage sophistiqués. Des milliers de tablettes d'argile portant des inscriptions cunéiformes ont ainsi été découvertes, contenant des lois, des contrats, des correspondances et des registres comptables. L'Égypte antique n’est pas en reste puisque sa civilisation antique est également réputée pour ses systèmes d'archivage avancés.

Les archives égyptiennes les plus anciennes remontent ainsi à plus de 5000 ans, avec des documents administratifs, des registres fiscaux et des correspondances conservés sur des tablettes d'argile et des papyrus. Si un nombre considérable de ces artefacts a été perdu ou détérioré, le peu (relativement) qui a pu traverser les temps est considéré comme un véritable trésor de l’humanité.








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