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[ Interview avec Imane Ouhaddi ] “Slow fashion” vs “Fast fashion” : la seconde main est en vogue


Rédigé par Safaa KSAANI le Mercredi 20 Avril 2022

Si les vêtements d’occasion ont souvent été assimilés aux franges de la population la plus pauvre, ils semblent avoir la cote. Voici l’avis de Imane Ouhaddi qui a lancé sa propre marque de revente, et donc recyclage, de vêtements que l’on ne met plus.



- Selon le baromètre «Sustainability Trends 2022» publié récemment par l’Institut d’études Kantar, la volonté de consommer moins et mieux s’illustre. Le constatez-vous également, vous qui êtes propriétaire d’un magasin de vente en ligne de vêtements d’occasion ?

- J’ai également constaté que les gens privilégient de plus en plus des matières nobles, à savoir la soie, le cachemire, la laine, le vrai cuir...les consommateurs ne veulent plus porter du polyester. Ça montre qu’ils ont pris une certaine conscience. Ils optent pour ces matières car ils savent que c’est durable. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur la qualité.

C’est vrai que le nombre des personnes qui privilégient la qualité est très important, mais ça reste très timide et modeste par rapport à l’autre catégorie de personnes qui achètent sans se soucier de la matière ou des produits de fabrication des habits et qui veulent juste acheter parce que ce n’est pas cher.


- Les habits neufs pas chers proposés par de nombreuses enseignes de prêt-à-porter cachent des dessous peu glorieux : consommation d’eau inouïe, coton de mauvaise qualité, exploitation de populations pauvres, fibres gourmandes en pesticides… Serons-nous bientôt devant une catastrophe écologique ?

- Bien évidemment. Ces enseignes utilisent des ressources naturelles, à savoir du bois, du pétrole, de l’eau,... Généralement, ces ressources ne sont pas renouvelables et exigent beaucoup de temps pour se régénérer. C’est tout à fait logique que si on continue d’abuser de ces ressources, on arrivera à un point de non retour. Ainsi, nous serons devant une catastrophe écologique.

De plus, leur processus de production engendre des tonnes de déchets annuellement extrêmement toxiques pour la faune et la flore. Le pire est que ces entreprises ne semblent pas être prêtes à mettre fin à ce processus.


- Nous jetons chaque année des kilogrammes de vêtements par personne, pour la plupart issus du pétrole. Face à ces faits, quelles sont les solutions ? A quel point la vente de vêtements d’occasion en ligne constitue-t-elle une solution ?

- Cela passe tout d’abord par investir dans des vêtements d’une qualité supérieure qui vont durer. Certes, ce n’est pas tout le monde qui peut se permettre d’acheter des pièces de bonne qualité et chères, ce qui rend la seconde main l’une des meilleures alternatives, à la fois écologiques et abordables. On peut également inclure le concept d’ “Upcycling” (le surcyclage, qui consiste à récupérer des matériaux ou des produits dont on n’a plus l’usage afin de les transformer en matériaux ou produits de qualité ou d’utilité supérieure, ndlr).

Il est facile de transformer ses vêtements indésirables en produits fonctionnels. Un t-shirt trop grand ou délavé peut être idéal pour un pyjama confortable. Un t-shirt déchiré peut être aussi idéal pour faire le ménage, etc. Il est également possible de vendre ou donner ses vêtements en bon état. Il est extrêmement nécessaire de bien réfléchir avant d’acheter et se demander si on peut en passer ou bien si on peut trouver une version plus durable.

En gardant ces conseils à l’esprit, nous pourrons éviter le fait de jeter beaucoup de vêtements et par conséquent nous pourrons constituer des garde-robes plus respectueuses envers l’environnement. Il faut aussi savoir que vendre en ligne des vêtements d’occasion veut dire qu’on a passé beaucoup de temps pour les chercher, les envoyer au pressing, les réparer en cas de besoin, les prendre en photos, avant de les livrer aux clients.

La digitalisation de l’achat de la seconde main a fait que ce concept prend son essor au Maroc. Acheter de la seconde main va petit à petit modifier les pratiques des gens. S’ils achetaient du 100% neuf, ils en achèteront 60% jusqu’à ce qu’une bonne partie de leurs achats soit complètement de la seconde main. D’ailleurs, si vous tapez “Thrift” sur la barre de recherche d’Instagram, vous aurez une idée sur le nombre de pages qui s’intéressent à ce concept. L’achat de vêtements d’occasion est la meilleure alternative à l’achat de chez des marques de la “Fast Fashion”. Acheter des vêtements d’occasion en ligne rend cette tendance plus accessible et plus pratique.


- Les consommateurs ne sont pas à l’aise avec des vêtements d’occasion. Comment faire aimer ces vêtements à des consommateurs habitués à la “Fast Fashion” ?

- Lorsque j’ai commencé en 2018, les gens étaient vraiment réticents vis-à-vis de la seconde main, que ce soit pour des raisons d’hygiène, de style, ou simplement car ils n’étaient pas habitués à acheter de la seconde main. Mais avec le temps, j’ai constaté un réel changement. Il y a plus d’engouement pour ces biens, et même une fierté de porter du vintage ou de la seconde main.

Cela revient à une énorme prise de conscience de la part des consommateurs, mais aussi de la part des acteurs de la “slow fashion”, qui mettent en lumière perpétuellement les avantages de la seconde main, dont la protection de l’environnement, la promotion de la mode circulaire et faire des économies. Je pense qu’avec le temps, l’achat de la seconde main sera de plus en plus adopté.


Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait


Le vintage, une vocation
 
Imane Ouhaddi a choisi de vivre de sa passion pour le vintage. Alors qu’elle était encore étudiante à l’ENCG en finance et management des risques, elle n’a pas lésiné sur les moyens pour lancer son projet.

« L’idée m’est venue naturellement car j’étais une grande consommatrice de la seconde main. J’ai toujours adoré les pièces vintage. J’avais une garde robe pleine de pièces uniques. Le jour où j’ai senti la nécessité d’avoir une certaine indépendance financière, en étant étudiante, j’ai eu l’idée de vendre ce que je ne portais plus. Je travaillais à mi-temps. Je livrais les commandes après mes cours du matin », nous raconte-t-elle.

De quasiment rien, elle a pu agrandir son projet et répondre à une demande de plus en plus croissante. « Lorsque j'ai vendu tout ce que j’avais, la demande était toujours présente. Cela m’a obligé à chercher d’autres pièces pour répondre à une demande croissante », constate-t-elle.
 








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