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Interview avec Hichem Aboud : «Le régime voyou des généraux algériens fait cavalier seul dans sa tentative de guerre contre le Maroc»


Rédigé par Sâad JAFRI le Vendredi 12 Novembre 2021

Journaliste contestataire et opposant politique en asile en France, écrivain auteur du brûlot best-seller “La mafia des généraux”, Youtubeur célèbre dont les followers se comptent par centaines de milliers, ex-officier de l’Armée Nationale Populaire (ANP) algérienne et ancien rédacteur en chef de son organe officiel «El Djeich», Hichem Aboud est un personnage trouble, aux multiples facettes, connu pour son franc parler et ses positions tranchées. Nous l’avons interviewé concernant les derniers développements de la crise diplomatique sans fin entre le Maroc et l’Algérie. Parler franc et phrasé brut, l’homme, connu pour son exécration du régime algérien qu’il qualifie de bande de voyous, ne mâche pas ses mots, aussi bien à l’encontre de ces derniers qu’à l’encontre du Maroc concernant lequel ses positions et propos borderline sont à prendre dans leur entièreté. Interview incisive et sans filtre.



Interview avec Hichem Aboud : «Le régime voyou des généraux algériens fait cavalier seul dans sa tentative de guerre contre le Maroc»
- Sommes-nous au bord d’une guerre entre le Maroc et l’Algérie ?

- Avant de répondre à la question, permettez-moi de dire qu’entre l’Algérie et le Maroc, il n’y a aucun conflit, cependant, le problème est avec une bande de voyous, et je pèse bien mes mots. Des hors-la-loi qui se sont imposés à la volonté des Algériens par la répression, par le sang et par le feu. Ces mêmes personnes ont pillé les biens de l’Algérie et elles ont également volé la révolte des Algériens du 22 février 2019.

La qualification de voyous est de mise du fait qu’ils ne se soumettent à aucune loi, ils n’en font qu’à leur tête, ils prennent des initiatives de va-t-en-guerre, sans qu’ils ne soient élus démocratiquement par le peuple. Par la faute de cette bande, l’Algérie se retrouve aujourd’hui isolée du fait que ce régime est belliqueux avec le Maroc, avec la France, avec l’Afrique et le monde arabe.

D’ailleurs, l’Algérie est aujourd’hui le seul pays au monde qui compte deux ex-Premiers ministres et tout un gouvernement en prison, en plus de chefs d’entreprises, des hauts commis de l’Etat, sans oublier une trentaine de généraux et colonels qui sont tous derrière les barreaux pour corruption, enrichissement illicite, dilapidation de deniers publics. Ce n’est pas moi qui les accuse, ils s’accusent eux-mêmes. Il faut donc faire la nuance entre l’Algérie et cette bande de voyous qui ne représente nullement mon pays.
 
« Le régime algérien n’a la caution d’aucune puissance, pas même de la Russie »
 
- Cette «bande» dont vous parlez peut-elle provoquer un affrontement armé direct entre nos deux pays ?
 
- J’ai lu dernièrement un rapport du département d’Etat américain qui exclut toute guerre entre l’Algérie et le Maroc. Car une guerre n’est pas que l’affaire de deux pays belligérants. D’autant plus qu’Alger fait cavalier seul dans cette belligérance et dans ses actions hostiles à l’encontre du Maroc. Le régime algérien n’a la caution d’aucune puissance, pas même de la Russie qui est son allié stratégique et historique.

Pour les Etats Unis et l’Union Européenne, l’Algérie des généraux est un élément perturbateur et déstabilisateur dans la région. Parler donc d’une confrontation armée entre l’Algérie et le Maroc est quasiment exclu, pour la simple raison que la communauté internationale ne ménage pas ses efforts pour empêcher cette guerre.

Bien sûr, si une seule partie décide de passer à l’acte (Ndlr : l’Algérie), il s’agirait d’une agression. La deuxième raison qui exclut l’éventualité d’une escalade armée, c’est que le commandement de la junte militaire n’a pas confiance en l’armée algérienne, car il est complètement détaché de cette armée. Preuve en est qu’à chaque fois qu’un officier supérieur est mis à la retraite, il est envoyé en prison sous des accusations fallacieuses. Dernier en date, le général-major Mohamed Kaïdi qui semblait pourtant hors de toute accusation, mais aujourd’hui il est arrêté pour enrichissement illicite, abus de fonction et détournement de deniers publics.


- Outre les éléments que vous avez évoqués, il y a également des défis internes (inflation, tensions sociales, pénuries) et externes (menaces terroristes en provenance du Sahel, etc.) auxquels est confronté Alger. Le régime des généraux peut-il supporter une confrontation armée avec un autre pays ?

- Le régime algérien cherche à allumer le feu d’une guerre, qu’il ne peut pas mener d’ailleurs, car son principal objectif est de faire diversion. Premièrement parce qu’en Algérie, il y a une grave crise socio-économique, chose qui est de notoriété publique. Donc, une explosion sociale peut se produire d’un jour à l’autre.

Par ailleurs, la bande de voyous qui dirige actuellement l’Algérie a la phobie du Hirak qui a fait tomber une partie de cette dernière. Ces malfrats, qui sont aujourd’hui au pouvoir, essaient donc de se rallier l’opinion publique algérienne. Mais le peuple n’est pas dupe. Les Algériens ne croient pas en leur littérature belliciste envers le Maroc.

Sur le plan local et pour leurrer l’opinion publique, le régime crée également des ennemis internes en collant des étiquettes de terroristes à des citoyens au-dessus de tout soupçon, dont moi-même (le 23 mars 2021), mais également Amir DZ qui est un blogueur réputé qui en fait voir de toutes les couleurs à cette bande, sans oublier Abdou Semmar, un journaliste qui ne plaît pas au pouvoir, Mohamed Larbi Zitout, un ancien diplomate algérien aujourd’hui opposant, ainsi que Mohammed Abdellah, un ancien gendarme, aujourd’hui emprisonné en Algérie suite à son extradition d’Espagne. Ils ont aussi accusé le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) d’organisation terroriste.

Il s’agit là d’un mouvement dirigé par un intellectuel, diplômé en sciences politiques, écrivain, essayiste, chanteur, compositeur… Ce qui est une aberration lorsque l’on sait qu’un artiste comme Ferhat Mhenni, notoirement pacifiste, ne pourrait jamais penser à tremper dans des affaires de terrorisme. Et les exemples sont loin d’être exhaustifs.

Au final, les accusations envers le Maroc, comme celles de terrorisme collées à tout Algérien qui dérange, constituent l’ultime arme de diversion massive que cette bande de mafieux qui incarne la hogra a inventée pour détourner l’attention de l’opinion publique. Alors même que l’on sait qui sont les vrais terroristes.


- La récente accusation du Maroc d’être derrière le présumé bombardement des camions algériens entre-t-elle dans cette manoeuvre ? Cette accusation précipitée et sans preuves aura-t-elle des conséquences sur le régime ?

- La précipitation de Tebboune que les Algériens appellent à raison «Keddaboune» dans ses accusations envers le Maroc n’est pas la première du genre. Il avait déclaré à maintes reprises qu’il disposait de toutes les preuves témoignant des agressions quotidiennes du Maroc à l’encontre de l’Algérie, sans jamais présenter le moindre indice ou début de preuve.

Dans le même sens, lorsqu’il profère des accusations directes contre le Maroc dans cette affaire de bombardement, alors même que les autorités mauritaniennes avaient démenti tout incident sur leur territoire et que les sahraouis du Polisario n’avaient pas pipé mot concernant cet incident qui a pourtant eu lieu dans une zone qu’ils sont censés contrôler, cela ressemble fort à des mensonges.

Cela fait plusieurs mois que le Polisario annonce presque quotidiennement avoir mené des attaques contre les Forces Armées Royales dans cette zone, pourquoi ne pas les interpeller sur la question et demander pourquoi ils ont laissé des camions civils prendre cette route ? Il faut aussi se demander que faisaient des camions civils dans une zone d’accrochage, sachant qu’il y a le passage Mostefa Ben Boulaïd, un poste frontalier sécurisé entre l’Algérie et la Mauritanie. Certains avancent qu’ils voulaient prendre un raccourci, sauf qu’on ne prend pas de raccourci au péril de sa vie.

Maintenant, supposons que le Maroc ait effectivement bombardé les camions en question. Si le régime algérien ne réagit pas, ça veut tout simplement dire que c’est un pouvoir qui n’a pas raison d’exister. Car face à un acte pareil, on se doit de répliquer, comme ce fut le cas pour l’accrochage d’Amgala en 1976. Et lorsqu’on ne peut pas répliquer militairement, on saisit au moins la communauté internationale en déposant une plainte officielle auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU, au lieu de continuer à s’apitoyer sur son sort comme une veuve qui a perdu ses enfants.
 
« Il y a une symbiose entre les peuples, malgré les menées hostiles des voyous d’Alger »
 
- Peut-être que simplement, l’Algérie ne dispose d’aucune preuve contre le Maroc ?

- Ils se sont contentés d’envoyer une lettre, sachant que normalement ils devaient présenter des preuves à l’ONU en demandant des sanctions contre le Maroc. S’ils ne le font pas, cela veut dire que c’est des gens irresponsables. D’ailleurs, ce qui est étonnant dans cette histoire de camions, c’est que lors des réunions avec les diplomates algériens (Ndlr : Conférence des chefs de missions diplomatiques et consulaires algériennes lancée le 8 novembre), Tebboune n’a pas soufflé un seul mot sur le sujet. Ce qui est impardonnable pour un chef d’Etat.

On n’oublie pas aussi vite la mort d’enfants de la patrie, quoique cela ne m’étonne guère de la part d’un régime qui brille par son indifférence face aux malheurs quotidiens des Algériens dont beaucoup meurent, à un rythme quasi-quotidien, noyés dans les eaux de la Méditerranée en voulant fuir leur pays qui était un paradis, aujourd’hui transformé en enfer par ces voyous.


- Le scénario de guerre étant improbable selon vous et nombre d’observateurs, quelle serait la suite des provocations d’Alger à l’égard du Maroc ?

- Le régime algérien n’a pas de stratégie et encore moins une vision. Les personnes qui manipulent les ficelles du pouvoir dans les coulisses sont des ignares qui n’ont aucune idée sur ce qu’ils peuvent ou doivent faire après cette histoire de camions, ou celle du gaz, ou encore après les allégations sur l’assassinat de Djamel Bensmaïl et les incendies en Kabylie. Ils continuent à mentir alors qu’un Etat ne doit pas mentir sur des questions pareilles.

C’est pour cela qu’aucun pays dans le monde n’a suivi la bande de voyous dans ses accusations de terrorisme contre le MAK, Rachad et le Maroc, comme dans leurs accusations contre le Maroc à propos de l’incident de Bir Lahlou. Je prévois que les conclusions de l’enquête menée par la MINURSO vont valoir une gifle mémorable à l’Algérie à cause de cette bande de voyous. Ce qui est regrettable pour un si grand pays.


- Les défunts camionneurs ont été enterrés, lundi dernier, à la va-vite, alors même que leurs dépouilles auraient dû être scientifiquement questionnées par la médecine légale dans le cadre d’une enquête internationale indépendante. Quelle est votre lecture de cette précipitation algérienne ?

- Cette action démontre à quel point le régime algérien ne respecte pas les lois, car les défunts, que Dieu ait leurs âmes, devaient absolument passer par la médecine légale avant d’être inhumés. Le pouvoir algérien devait demander instantanément une expertise de médecins étrangers. Ils ne l’ont pas fait, car c’est un pouvoir de hors-la-loi. Il est donc tout à fait légitime de les qualifier de voyous.


- Outre la main tendue de la plus haute autorité du Royaume en la personne de SM le Roi Mohammed VI, que pourrait faire le Maroc pour ramener Alger à la raison ?

- Le Maroc se trompe lourdement parce qu’il ne connaît pas la réalité des personnes à la tête de l’Algérie. Passons en revue les dernières actions du régime d’Alger. Il ferme les frontières avec le Royaume, qui en pâtit ? Ce sont les peuples algérien et marocain et les familles binationales déchirées. Il ferme l’espace aérien, qui en pâtit ? C’est la communauté algérienne qui vit au Maroc et qui ne peut plus rendre visite à ses proches. C’est la pire des tortures qu’on pourrait faire subir à un Algérien et le Maroc est en train de penser comment ramener à la raison des voyous.

On ne ramène jamais des voyous à la raison, on leur fonce dedans. Ces derniers ont accusé le Maroc d’avoir aidé et financé le MAK, Rachad et d’autres opposants, alors qu’il ne les a jamais aidés, ne serait-ce que moralement. Le moment est peut-être venu de songer à le faire réellement ? Ceci dit, je n’appelle pas le Maroc à aider les Algériens, mais je rappelle juste que les intérêts des deux peuples sont communs. Le violon d’Ingres du pouvoir algérien étant l’appel à l’autodétermination du peuple sahraoui, pourquoi le Maroc n’appuie-t-il pas le droit de l’ensemble du peuple algérien à l’autodétermination? Quarante millions d’Algériens sont en effet privés de choisir leurs dirigeants, un président de la République et un parlement, démocratiquement élus.
 
« Il faut se demander que faisaient des camions civils dans une zone d’accrochage »

- Ce serait un acte d’ingérence dans les affaires internes d’un autre Etat…
 
- L’Algérie parle du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, qui ne compte même pas 100.000 âmes, alors qu’elle refuse le même droit à 40 millions d’Algériens. Il faut répliquer par le même raisonnement. Heureusement que certaines organisations internationales des droits de l’Homme plaident la cause de ce peuple algérien laissé pour compte et le soutiennent.


- En attendant, le mouvement du Hirak, et en dépit de quelques signes d’essoufflement, n’a pas abdiqué. Quelle serait, selon vous, l’alternative politique acceptable par le peuple algérien et qui incarnerait cette alternative ?

- Il n’y a pas autre issue acceptable que la chute du régime. Une partie de la relève politique est en prison, une autre partie est exilée, sans oublier celle qui est sous contrôle judiciaire. La relève ne peut pas bouger, car elle est réprimée et terrorisée, d’autant plus que la communauté internationale, et même les voisins détournent le regard en n’apportant aucun soutien à ces victimes de la junte militaire terroriste.


- A votre avis, à quoi ressembleraient les relations entre le Maroc et l’Algérie dans un futur où le Hirak aurait triomphé ?

- Il faudrait tout d’abord une restauration de l’Etat algérien. Ensuite, les relations entre les deux pays devraient être à l’image de la relation qui a toujours subsisté, en dépit des tentatives de déchirement et de Fitna, entre les deux peuples. Il existe en effet une grande fraternité entre les Marocains et les Algériens dont témoignent ne serait-ce que les supporters de football des deux pays qui interagissent en paix, sachant que ce sport est connu pour enflammer les passions.

Quand une équipe algérienne joue contre une équipe égyptienne, c’est automatiquement la guerre, par contre avec les Marocains, les choses sont différentes. Il y a une réelle symbiose entre les peuples, malgré les menées hostiles des voyous d’Alger. Il faut donc que le dialogue reprenne et les échanges aussi, ensuite les relations entre le Maroc et l’Algérie ne peuvent être que meilleures.


Propos recueillis par Sâad JAFRI

Bio express


Hichem Aboud, du militaire au journaliste rebelle
 
Ancien officier de l'armée algérienne, journaliste, longtemps en butte avec la répression du pouvoir, Hichem Aboud est aujourd'hui réfugié politique en Europe. Fondateur du quotidien francophone “Mon Journal” et de sa version arabe “Jaridati”, Aboud intègre la scène médiatique en 1977 et collabore avec plusieurs supports, dont le quotidien de l'Ouest algérien «La République», avant de diriger le bureau d'Alger de l'hebdomadaire sportif El-Hadef dont le siège se trouvait à Constantine.

Il dirigea également l'édition francophone du magazine mensuel de l'armée algérienne «El-Djeïch» avant d’être appelé, en 1987, par le général Lakehal Ayat, alors délégué général à la sécurité préventive au ministère de la Défense nationale, qui le chargera du dossier du Moyen-Orient et du terrorisme international.

En 1990, il demande sa radiation des rangs de l'armée, qu’il obtient en octobre 1992, après un parcours de combattant. En France, il publie en 2002 un livre baptisé «La mafia des généraux» dévoilant la face criminelle du régime algérien. « Livre dissident, livre de témoignage et de révélation, livre de mémoire, d'Histoire et de justice », lit-on sur son synopsis. La mafia des généraux révèle la part d'ombre, les dix ans de guerre civile, les centaines de milliers de victimes et les milliards détournés qui font la réalité de l'Algérie d'aujourd'hui.

Grâce à ses années de services, Aboud raconte de l'intérieur, comment le « cabinet noir », par le crime et la corruption, puis la terreur, a assis son pouvoir sans partage sur les institutions, l'économie, les hommes, tout en manipulant jusqu'à ses ennemis supposés. Il révèle, après avoir enquêté auprès des acteurs secrets, les dessous des massacres, des assassinats, des répressions et des grandes affaires qui démontent, pièce après pièce, les versions officielles. Hichem Aboud a fui l’Algérie en août 2013 alors qu’il était sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire national.

Le 17 février 2021, il est condamné à sept ans de prison, avec émission d'un mandat d'arrêt international, pour avoir diffusé des informations confidentielles sur la famille de Khaled Nezzar, général et ancien ministre de la Défense algérien.

Aujourd’hui, Hichem Aboud fait partie des Youtubeurs les plus populaires qui dérangent le régime algérien et ses hommes forts. En moins de trois mois, sa chaîne YouTube, qui compte plus de 400.000 abonnés, a été piratée et supprimée à quatre reprises.

 

  


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