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Interview avec Hicham Lasri : « La majorité des films marocains sont des soap opéras »


Rédigé par Safaa KSAANI le Jeudi 11 Août 2022

Le cinquième opus de Hicham Lasri est un roman de science-fiction. L’engouement pour ce genre de littérature laisse à désirer et cela pour plusieurs raisons.



- Le titre de votre cinquième roman «Big Data Djihad : comment j’ai détruit internet et sauvé le monde» laisse présager que le monde serait sauvé en détruisant Internet. Quels messages souhaitez-vous véhiculer à travers votre science-fiction ?

- Le titre est à la fois une invitation à la réflexion et une dramatisation dans le sens où le Big Data Djihad est un concept différent. L’idée du sous-titre est de montrer que la science est une arme à double tranchant. Les gens sont de plus en plus addicts à internet, aux réseaux sociaux… Ils y passent beaucoup de temps au point de “se zombifier” et devenir incapables de se concentrer sur d’autres choses. C’est comme une drogue. L’objectif dans toute science-fiction est d’être alarmiste, de jouer les cassandres à partir d’un élément simple, sans oublier de créer une histoire haletante, créative, mais aussi ultra dramatisée. On avait un aperçu sur cela quand Facebook a été traqué il y a quelques mois pendant six heures et que tout le monde avait peur de ne plus pouvoir se reconnecter à ce monde.


- Le cyber hacking est une thématique assez fréquente dans les productions hollywoodiennes. Comment expliquez-vous cet engouement ?

- L’un des premiers films faits sur internet est «The Net» sorti en 1995, ensuite The Matrix en 1999. A chaque fois qu’une nouvelle technologie apparaît, il y a les dangers qui vont avec, à l’instar de l’invention de l’arme atomique. L’idée est de dramatiser cet élément pour raconter le récit qui m’intéresse. Mon histoire est celle d’un génie rejeté par une femme “influenceuse”. Il devient méchant, rancunier, violent, comme c’est le cas dans les séparations qui se passent très mal. Il va donc tout faire pour casser Internet et l’empêcher d’exister littéralement. C’est en quelque sorte un crime virtuel.. C’est un danger que je trouvais intéressant à explorer pour faire sortir de la matière narrative et une histoire qui soit casablancaise et qui tient la route avec un style particulier et de punkitude.


- Dans un passage, il est écrit : «On a appris de sources sûres que l’homme qui a piraté le réseau d’Internet mondial est un Marocain d’origine marocaine. Certains semblent être fiers que le plus grand terroriste du nouveau siècle soit encore un Arabe, mais le monde est sous le choc : choc économique, choc social et choc culturel dont le retentissement, selon les spécialités, est encore très loin d’avoir été mesuré à sa juste valeur.» Et si cette idée se concrétise, quel retentissement imaginez-vous ?

- Le postulat de départ est de la pure fiction. Le roman “Big Data Djihad” lie deux concepts qui sont presque antinomiques. Le djihad appartient au passé, à la guerre sainte, même s’il est exploité autrement actuellement quand on parle de Daesh et d’Al Qaida…

Le Big Data est la nouvelle richesse plus que tous les minéraux. D’où l’importance de créer ce qu’on appelle une rupture. Ce qui m’intéresse et qui risque d’arriver d’une manière ou d’une autre, c’est cette rupture. Tout repose sur Internet qui est contrôlé par des entités comme Meta, Amazon, Google…qui ont dépassé en pouvoir et en richesse des Etats et qui nous ramènent à des formes d’existence très différents de ce qu’on a vécu depuis l’invention de la Cité par Platon. L’idée est de créer chez le lecteur une réflexion par rapport à notre avenir, comment les gens finissent par procrastiner. La thématique est là. J’essaie d’exagérer pour la dramatiser et d’en faire quelque chose de post apocalyptique.
 
Si on laisse des gens parasites du système s’engouffrer dans la brèche, le niveau en général baisse et une forme de pollution est créée.

- Quelle dimension prend le terrorisme dans votre roman ?

- Dans mon roman, la question du terrorisme est métaphorique. C’est la version, une version “romantique” du terrorisme, qui est différent de celui d’après le 11 septembre 2001. L’idée est de travailler sur ce qui ressemble au terrorisme, alors que c’est juste un acte de vengeance qui n’est pas forcément lié à des croyances. Ce n’est pas un personnage brainwashed qui va faire une connerie. C’est juste un homme qui veut se venger d’une nana qui l’a jeté. C’est quelque part une histoire d’amour détraquée. Big Data raconte ça avec un style particulier et on ne sait pas vraiment en quelle année on est. C’est mon troisième roman de science-fiction.

Je trouve toujours intéressant d’attaquer la réalité différemment du réalisme littéraire que suivent d’autres auteurs. Je trouve intéressant de se projeter dans le futur et d’avoir une distance qui permet une observation à froid. Cette observation, dans son aspect scientifique, permet de donner énormément d’émotion au personnage et aux enjeux.


- Par ailleurs, à quel point être scénariste aide à devenir romancier, dont les récits prennent plus que quelques pages et ne suivent généralement pas un parcours linéaire ?

- Les soft skills d’un roman sont différents d’un scénario. Une histoire devient un roman car c’est sa seule forme matricielle. Quand j’écris un scénario, je pars avec une idée qui deviendra un film… Pour moi, l’écriture littéraire est d’abord une question de style, d’approche et de flow. Il y a toujours des histoires à raconter. La manière de les raconter est ce qu’il y a de fondamental dans la littérature.


- Comptez-vous réadapter «Big Data Djihad» en film ?

- Je pense que ça n’a aucun intérêt de chercher à adapter le roman en film car c’est sa finalité. L’objectif est de le partager avec les personnes qui s’intéressent à la science-fiction, à la lecture… Après, il ne faut jamais dire jamais… ça pourrait arriver un jour.


- Ne trouvez-vous pas que la dramaturgie laisse à désirer dans les productions nationales ?

- Je pense que c’est toujours facile d’émettre des jugements et de tirer sur l’ambulance. Si on laisse des gens parasites du système s’engouffrer dans la brèche, le niveau en général baisse et une forme de pollution est créée. Globalement, je pense que les gens manquent d’imagination. La thématique la plus traitée dans les films au Maroc est celle d’héritage, de familles, de dignité,... c’est de l’ordre du soap opéra, pas de la science-fiction élevée. Je pense que chacun fait ce qu’il veut et comme il peut. Parfois, des problèmes de temps, de budget, ou d’incompétence peuvent enlever de la force à n’importe quelle histoire.



Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait


Il a plus d’une corde à son arc
 
Hicham Lasri est un réalisateur, scénariste, romancier et dessinateur. Ce casablancais, né le 13 avril 1977, est essentiellement connu pour ses films de cinéma, de The End (2011) à Jahilya (2018), en passant par C’est eux les chiens (2013), The Sea Is Behind (2014), Starve Your Dog (2015), entre autres, en attendant ses deux prochains longs métrages prévus respectivement pour 2022 et 2023.

Couronnés de succès et régulièrement présentés à l’international, ses films, pièces de théâtre, romans, romans graphiques, séries et autres web-séries se distinguent par leur insolence et leur extravagance. Sous la casquette d’écrivain, Hicham Lasri a sorti cinq opus. Dernier en date : « Big Data Djihad : comment j’ai détruit Internet et sauvé le monde ».

En parallèle, Hicham Lasri est auteur de bandes dessinées dont Sainte Rita (2015), Fawda (2017) et L’improbable Fable de Lady Bobblehead (2020).
 



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