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Interview avec Driss Roukhe : « Dans le théâtre, le moi et l’autre sont intrinsèquement liés »


23 Juin 2022

Driss Roukhe présentera, le vendredi 24 juin à Kénitra, son ouvrage intitulé “Le théâtre, le moi et l’autre”. Le fondateur de la troupe du Théâtre des sept semble toujours autant attaché à cette expression dramatique qu’au 7ème art.



- Pouvez-vous d’abord nous présenter votre ouvrage “Le théâtre, le moi et l’autre” consacré au théâtre ? Quel est le point de départ de son écriture ?

- J’ai écrit l’ouvrage avant et pendant le confinement généralisé au Maroc qui a mis les activités artistiques à l’arrêt total que ce soit le théâtre, la télévision, le cinéma ou encore les festivals et bien d’autres manifestations. Pendant cette période, beaucoup d’idées ont envahi mon esprit autour du théâtre et d’autres thématiques.

Je me suis posé des questions sur le lien entre le théâtre et autrui, pourquoi nous travaillons au Royaume sur un style précis tandis que d’autres styles sont en vogue sous d’autres cieux ? Quelles différences existent entre ces écoles à travers le monde ? Comment persiste le théâtre face au développement technologique ?

Autant de questions qui m’ont donné l’idée de travailler sur cette expression dramatique depuis son apparition jusqu’à présent. C’était l’occasion d’analyser les origines du théâtre et de permettre au lecteur de mieux comprendre les synergies qui existent dans cet art. Il s’agit d’un recueil d’articles condensés sur le théâtre, que je commente selon mon point de vue et mes expériences en tant qu’acteur, metteur en scène et formateur dans de nombreuses écoles. J’estime d’ailleurs que la société a besoin de sujets qui vont au-delà des frontières et de la volonté de l’individu pour ne pas se limiter à sa société.


- Le titre de votre ouvrage laisse penser à notre rapport avec le théâtre en tant qu’art d’expression et lieu de rencontres. Comment décrivez-vous ce lien ?

- Dans le rapport entre nous et le théâtre, entre la manière de le faire et de le recevoir, et donc entre l’émetteur et le récepteur, il y a deux approches différentes. C’est ce qui explique en partie mon choix de travailler sur la manière de présenter le théâtre comme une structure qui relie différents éléments complémentaires. Il y a un travail sur le fond, la forme, la canalisation, le pont de communication entre le moi et l’autre, entre le créateur et le public. Le théâtre est aussi une manière de coexistence sur tous les plans.
 
«Dans le rapport entre nous et le théâtre, entre la manière de le faire et de le recevoir, il y a deux approches différentes»

- Ce lien a connu un changement, notamment suite à l’apparition d’Internet et des réseaux sociaux. Peut-on pointer du doigt ces outils ?

- Tous ces moyens restent du virtuel. C’est d’ailleurs pourquoi le théâtre existe et existera toujours jusqu’à la fin des temps. Simplement parce qu’il est fondé sur la manière de voir ce rapport avec l’univers. Donc, le théâtre n’est pas fait pour se montrer et être le moi sans l’autre, contrairement aux réseaux sociaux où le moi se considère comme l’unique et le pérenne.

Dans le théâtre, c’est différent. Le moi et l’autre sont intrinsèquement liés. Dans les pays où le théâtre se respecte et où il est considéré comme une expression de la culture, de la civilité et de la conscience d’une population, il est une forme de critique et d’éducation.


- Quel avenir le théâtre a, ici et ailleurs ?

- Le théâtre ne va jamais mourir, malgré tous les essais pour changer cela. Il y aura toujours une bataille féroce entre ses défenseurs et les adeptes du monde virtuel… Les émotions sont le moteur de l’univers. Le théâtre remporte toujours la bataille.



Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait


Des caméras... caché
 
A 7 ans, le décès prématuré de son père l’a poussé à affronter avec ses 6 frères des conditions de vie difficiles. Sa graine de comédien qui a explosé sur le terreau de son quartier natal à Meknès, «Dyour Jdad, B’ni M’Hamed», puis à «Ibn Toumart», l’école où Roukhe se fait remarquer par son don pour le spectacle, lui a permis de rebondir face à l’adversité. «J’étais sollicité à plusieurs occasions pour faire du théâtre, lors des fêtes du Trône, ou de fin d’année», se rappelle-t-il avec joie.

Un peu plus tard, à sa vocation de petit comédien s’ajoute sa passion pour l’animation qui éclot à l’ombre du collège «Allal El Fassi». Mais pas que ! «En plus du théâtre, je rêvais de faire du football. J’étais prédisposé à intégrer le club de Meknès», se souvient-il. Une ambition qui n’a pas duré longtemps à cause d’une fracture fatale à la jambe. Un mal pour un bien qui l’a poussé à renouer avec ses études au lycée Ibnou Al Haytam, pour se consacrer à la littérature.

Depuis, l’adolescent établit des contacts avec plusieurs associations et troupes de théâtre, dont «Rouad Al Khachaba» (Les Pionniers de la scène) et «Foursane Al Khachaba» (Les Chevaliers de la scène). Roukhe se dit redevable à la vie associative de lui avoir permis d’affûter ses armes et s’affirmer artistiquement.

«Dans le cadre des colonies de vacances, organisées à l’époque par le ministère de la Jeunesse et des Sports, j’ai monté des sketches et animé des jeux au profit des enfants», explique-t-il. L’homme de théâtre suit ensuite une formation théâtrale à l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC) de Rabat de 1990 à 1994.

En tournée à Strasbourg avec la pièce « Le Collier des ruses », il se fait remarquer et décroche une bourse d’études au Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) de Paris d’où il sort licencié en 1995.

Il part ensuite en Jordanie et en Égypte, toujours pour apprendre son métier d’acteur, fait un détour par la Suède au théâtre d’Angered à Göteborg, puis au Théâtre dramatique royal de Stockholm et se produit au théâtre El Garage d’Alexandrie. L’acteur et réalisateur marocain a joué dans des films marocains et quelques film américains. On le voit notamment dans “Et après ?” de Mohamed Ismaïl, “Le Regard” et “Casanegra” de Nour-Eddine Lakhmari, et “L’Enfant cheikh” de Hamid Bénani.

Il tourne pour des réalisateurs français comme Laurent Heynemann, Jean-Jacques Annaud et Philippe Haïm, et pour l’Allemand Michael Dreher (La Double Vie de Daniel Shore). Également acteur dans des productions américaines, il est le partenaire, entre autres, de George Clooney dans Syriana, Brad Pitt et Cate Blanchett dans Babel et Matt Damon dans Green Zone.
 







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