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IRESEN : Cartographie des ressources renouvelables, futur vecteur de compétitivité


Rédigé par Saâd JAFRI le Lundi 28 Mars 2022

IRESEN et Green Energy Park ont lancé un Géoportail pour la cartographie des ressources renouvelables. Détails d’une plateforme stratégiquement primordiale pour le Royaume au moment où la course pour le positionnement sur l’échiquier mondial de l’hydrogène vert bat son plein.



Alors que le Maroc a mis en place d’ambitieux plans de développement de l’énergie solaire et éolienne, et s’est doté d’un cadre d’intervention global pour les énergies renouvelables, la mise en place d’une cartographie des ressources renouvelables devient un atout incontournable pour que le secteur puisse atteindre son plein potentiel.

Les pouvoirs publics disposent bien de cartes des vents et de l’ensoleillement, néanmoins leur degré de précision demeure insuffisant car ne permettant pas de déterminer le plein potentiel solaire et éolien du pays, rendant la localisation des sites à mettre en valeur une mission difficile. C’est pour répondre à ce besoin que l’Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles (IRESEN) et le Green Energy Park (GEP), en collaboration avec Mine-ParisTech et Transvalor, ont mis en place un Géoportail pour la cartographie des ressources renouvelables (solaire, éolien et cadastre) sous forme d’application web baptisée « GEP Mapping ».

L’objectif est de présenter et partager les informations du potentiel technique renouvelable grâce à des outils de cartographie développés au niveau du Green Energy Park pour le Royaume du Maroc et pour le continent africain. “Stratégiquement, il est primordial de bien estimer ses ressources nationales”, nous indique Badr Ikken, Directeur général d’IRESEN, ajoutant que le Royaume jouit d’un gisement solaire et éolien extraordinaire, estimé à 49.000 TWh/an de potentiel technique solaire et de 11.500 TWh/an de potentiel technique éolien, “mais les vitesses de vent, les facteurs de charge, le potentiel solaire diffèrent d’une région à l’autre”

Parfois même, d’importants écarts sont relevés au niveau de la même région indépendamment de l’orographie du sol, de la distance des côtes maritimes, note Ikken, avant de développer que la maîtrise de la cartographie et le développement de modèles de cartographie propres permettent d’améliorer continuellement la qualité de la data régionale. Ceci passe à travers l’augmentation de la résolution, l’utilisation de nouveaux algorithmes, l’intégration de la calibration des modèles par des stations de mesure au sol et des mats de mesures, mais également à travers des données réelles d’installations solaires ou de parcs éoliens.

Un vecteur de compétitivité

La cartographie a, également, comme objectif d’intégrer les critères et les zones d’exclusion pour que l’exploitation des centrales renouvelables ne se fasse pas au détriment de terrains agricoles ou limite l’expansion de nos villes, nous explique le patron d’IRESEN. L’exploitation de ces ressources doit se faire en parfaite harmonie avec la nature et les plans d’aménagement urbains et ruraux.

Par ailleurs, le Cadastre solaire est également inclus dans GEP Mapping et permet aux utilisateurs d’évaluer le potentiel de leur patrimoine immobilier pour une installation solaire photovoltaïque en toiture avec une précision allant jusqu’à 30 m. Le Cadastre couvre actuellement 7 villes marocaines et sera étendu au fur et à mesure pour inclure toutes les villes du Royaume.

Cela dit, selon Badr Ikken, cette initiative pourrait être un atout en termes de compétitivité. «Les ressources abondantes en énergies solaire et éolienne au Maroc ainsi que l’existence de sites qui allient les deux, nous placent parmi les pays au plus fort potentiel de production et d’export d’électricité et de molécules vertes. Dans le cadre de la course de positionnement sur l’échiquier mondial de l’hydrogène vert, nos ressources et nos sites uniques au niveau continental nous permettront d’attirer les plus grands investisseurs et de mettre en oeuvre les meilleurs projets», estime notre interlocuteur.

A entendre les propos de ce dernier, cette filière contribuera à décarboner l’économie nationale, tout en créant énormément de valeur ajoutée à travers l’export de ces matières premières décarbonées car produites grâce à de l’électricité verte. «Je pense que d’ici 2035, cette filière pourra être aussi ou encore plus importante que la filière automobile qui constitue aujourd’hui une fierté nationale», confie Badr Ikken. Et le portail GEP Mapping permettra bientôt d’identifier les hotspots nationaux, les oasis et les vallées de l’hydrogène vert pour rendre cet objectif facilement atteignable.



Saâd JAFRI

3 questions à Badr Ikken, Directeur Général d’IRESEN



«GEP Mapping permettra de lier les entreprises agréées au niveau des différentes régions»
 
- Dans un contexte marqué par l’accroissement de la volatilité des coûts des énergies et par une attention grandissante portée au problème du réchauffement climatique, quelle serait la valeur ajoutée d’une bonne cartographie des ressources renouvelables ?

- Un instrument tel que GEP Mapping constitue un véritable outil d’aide à la décision concernant l’utilisation des énergies renouvelables en villes. C’est également un outil pour élaborer de nouveaux schémas directeurs incluant les potentialités et les contraintes techniques afin de prévoir les sites et les zones qui pourront accueillir les grandes centrales solaires ou parcs éoliens pour répondre à la demande nationale mais aussi pour exporter cette énergie propre sous différentes formes.

Aujourd’hui, le portail GEP Mapping permet aux gestionnaires de biens immobiliers d’identifier le potentiel solaire de leurs toitures et encouragera l’exploitation des 3,5 GW de potentiel de toitures solaires au Maroc. Le site sera continuellement actualisé et intégrera très prochainement des applications pour calculer le rendement d’une installation potentielle et permettra la mise en relation avec les entreprises agréées au niveau des différentes régions.


- Quel serait l’apport de cette cartographie à la gestion locale des ressources renouvelables, notamment dans les zones rurales ?

- Dans le cadre de l’utilisation du solaire photovoltaïque pour le pompage ou pour le traitement des eaux saumâtres, GEP Mapping permet d’identifier le potentiel, le rendement de l’installation, la surface nécessaire au sol et le coût.

Il faut savoir qu’en 10 ans, le prix du kilowattheure solaire photovoltaïque est passé de 3 dirhams à 30 centimes et il offre aujourd’hui une véritable alternative au réseau électrique, mais surtout à l’utilisation du gaz butane, devenu malheureusement la source principale d’énergie utilisée pour le pompage de l’eau souterraine dans les exploitations agricoles. GEP Mapping couvre les zones rurales avec des résolutions d’1 km jusqu’à 30 mètres et soutiendra le développement du solaire en zones rurales tant au niveau national que continental.


- Y a-t-il des freins à surmonter et des leviers à activer pour permettre à de telles initiatives d’atteindre leur plein potentiel ?

- Heureusement, aujourd’hui le coût, la maturité des technologies et la disponibilité de l’expertise nécessaire ne constituent plus de freins au développement des technologies renouvelables. Cependant, le cadre règlementaire pour la moyenne et basse tensions n’est toujours pas adéquat. Plusieurs lois relatives aux énergies renouvelables doivent être modifiées rapidement en prenant en considération les contraintes nationales et les modèles économiques de nos villes.

La volatilité des coûts des énergies fossiles devrait nous motiver à mettre en place de nouvelles règlementations incitatives à l’utilisation des énergies renouvelables et adaptées à la transition énergétique. L’UE, premier partenaire économique du Royaume, prévoit la mise en place progressive de mécanismes d’ajustement carbone aux frontières à partir de 2025. Il faut rapidement créer un environnement propice au développement et à l’utilisation des énergies renouvelables afin que cette taxe carbone ne constitue pas un handicap pour nos entreprises, mais plutôt une opportunité.


Recueillis par S. J.