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Environnement

Hydrogène vert : le gaz propre qui promet une nouvelle ère énergétique


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Dimanche 6 Décembre 2020

Filière porteuse d’espoirs et préalable d’une transition énergétique à venir, la production de l’hydrogène
vert a été au cœur des débats lors de la première édition du World PtxSummit 2020.



Hydrogène vert : le gaz propre qui promet une nouvelle ère énergétique
Du 1er au 3 décembre 2020, s’est déroulée la première édition du World PtxSummit 2020. L’événement en ligne, organisé par l’Institut de recherche en énergie solaire et en énergies nouvelles (IRESEN), en partenariat avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), a connu la participation de représentants d’une soixantaine de pays, dont des responsables et des experts marocains et étrangers. Ce Sommet virtuel avait pour objectif de favoriser la création d’une plateforme régionale dédiée à l’hydrogène vert et à ses applications dans l’ensemble de l’économie « Power-To-X » (PtX). Cette plateforme ambitionne de déclencher des discussions de haut niveau et des partenariats pour une « nouvelle ère d’énergie propre », rendue possible grâce aux opportunités offertes par l’hydrogène vert, ainsi que de rassembler les principaux investisseurs, les décideurs politiques, les innovateurs, les leaders de l’industrie et les experts de la recherche dans le domaine.

Un énorme potentiel
Les multiples sessions de la conférence accompagnée de stands virtuels interactifs ont permis aux participants d’avoir un aperçu des tendances et avancées récentes liées au déploiement de l’économie basée sur l’hydrogène vert. Si le sujet s’érige petit à petit comme une filière fondatrice pour l’industrie de demain, le Maroc figure pour sa part parmi les pays qui ont le plus d’atouts pour se positionner comme un leader régional dans ce domaine. « En 2018, une étude du World Energy Council a identifié le Maroc parmi les 6 pays qui ont le plus fort potentiel pour devenir des exportateurs de « Power-To-X ». Il y a eu également plusieurs études qui ont été menées, avec le ministère de tutelle, notamment des études sur la maturité technologique, les opportunités socioéconomiques ou encore les secteurs pertinents sur le court, moyen et long terme », souligne Badr Ikken, Directeur Général de l’IRESEN.

De l’eau à l’énergie
Comment donc peut-on fabriquer cet hydrogène vert ? « On obtient de l’hydrogène par électrolyse de l’eau. Ce procédé existe depuis plus de 100 ans, sauf qu’on utilisait une énergie fossile pour faire cette électrolyse. L’hydrogène vert est obtenu avec le même procédé sauf que l’énergie utilisée est propre puisque issue de sources renouvelables», explique Badr Ikken. Le Maroc, qui continue chaque année à renforcer son parc d’énergie solaire et éolienne, se retrouve donc particulièrement favorisé pour construire des centrales de production d’hydrogène vert. « Actuellement, avec la baisse du prix des énergies renouvelables, il devient possible de produire de l’hydrogène à un coût compétitif », poursuit le Directeur Général de l’IRESEN qui précise que « lorsqu’on produit cet hydrogène propre ou hydrogène vert, on peut l’utiliser comme une matière première décarbonée ou encore comme un vecteur d’énergie ».

Des filières et des dérivés
Le stockage et le transport de l’hydrogène impliquent cependant certaines contraintes techniques et de sécurité, car cette matière nécessite des températures très froides et des pressions très élevées. En attendant une phase où le Royaume pourra mettre en place les dispositifs nécessaires, l’application la plus intéressante est la production d’ammoniaque décarbonée à partir de l’hydrogène vert. « En ajoutant de l’azote à l’hydrogène vert, on peut produire de l’ammoniaque qui peut ensuite être utilisé pour produire des engrais. C’est ainsi que nous pouvons décarboner un secteur industriel qui, actuellement, utilise de l’ammoniaque importée. En ajoutant du carbone à l’hydrogène vert, on peut également produire du méthane ou du méthanol. On peut aussi aller plus loin et produire du diesel synthétique à partir du même hydrogène vert», explique Badr Ikken. Sachant que l’hydrogène vert et ses dérivés seront les matières premières et les vecteurs d’énergie qui, petit à petit, remplaceront les sources d’énergies fossiles, l’énorme potentiel de notre pays dans ce domaine font du « Power-To-X » une promesse d’un avenir prospère où convergeront enfin les visions respectives des écologistes et des industriels.

Oussama ABAOUSS

3 questions à Badr Ikken, Directeur Général de l’IRESEN

Badr Ikken
Badr Ikken
« Il est important de préparer le cadre et le terrain pour pouvoir développer cette filière »

Directeur Général de l’Institut de recherche en énergie solaire et en énergies nouvelles (IRESEN), M. Badr Ikken a répondu à nos questions sur le potentiel de l’hydrogène vert.

- Comment les pays - qui ont un gisement renouvelable - peuvent-ils bénéficier de l’hydrogène vert ?
- Sur le moyen-long terme, tous les pays qui ont un gisement renouvelable important pourront commencer à produire et à utiliser de l’hydrogène vert et des combustibles synthétiques. Cela leur permettra de décarboner leurs propres économies, mais aussi d’exporter. Ça veut dire qu’on pourrait éventuellement avoir une meilleure distribution de la création de la richesse parce qu’il y a beaucoup plus de pays qui ont un potentiel de ressources renouvelables important que de pays qui ont des réserves d’énergies fossiles. C’est pour ça que cette filière est importante pour le Maghreb et pour le continent africain.

- Le Maroc pourra-t-il bientôt bénéficier des valeurs créées par la production de l’hydrogène vert ?
- Il s’agit d’une opportunité dont les fruits seront récoltés à moyen et long terme, pas dans l’immédiat. En revanche, ce qui est pour nous très important, c’est de préparer le cadre et le terrain pour pouvoir développer cette filière, et en même temps faire le nécessaire pour ne pas être uniquement des producteurs, en nous positionnant dès le départ dans la perspective d’une intégration industrielle pour devenir un hub technologique au niveau régional.

- Les diverses parties prenantes sont-elles prêtes à contribuer à cet effort ?
- Notre objectif est que toutes les parties prenantes s’impliquent dans cet effort de positionnement : les pouvoir publics, mais également le monde académique et le monde socioéconomique. Je pense que nous sommes actuellement dans la bonne voie pour y arriver.

Recueillis par O. A.

Encadré

Transition énergétique : L’hydrogène vert et ses dérivés finiront par remplacer les énergies fossiles
À part l’ammoniaque et le méthanol, il est également possible de produire du diesel synthétique ou du kérosène synthétique à partir de l’hydrogène vert. Si le Maroc n’a pas encore une demande interne pour ce genre de carburant, l’Union Européenne prévoit, pour sa part, d’en augmenter l’utilisation dans son territoire dans les prochaines années. En mettant en place une filière diversifiée de production d’hydrogène vert et de ses dérivés, le Royaume pourra combler la demande interne pour les produits qu’il peut utiliser dans son industrie et exporter les autres produits en attendant l’émergence de la demande locale. Le Royaume dispose à cet égard d’une connectivité maritime et routière qui lui facilitera le processus d’export. « A moyen et long terme, des opportunités émergeront dans le secteur de la mobilité lourde : le transport maritime et l’aviation notamment. Dans une perspective d’avenir, on pourrait voir un développement important de l’hydrogène vert pour la mobilité légère ou urbaine. Il y a également l’utilisation de l’hydrogène pour la chaleur industrielle qui viendrait aussi à long terme. Une utilisation domestique pourrait également apparaître, pour la cuisson par exemple, et remplacerait le gaz butane », explique Badr Ikken, Directeur Général de l’IRESEN. L’hydrogène vert et ses dérivés se confirment ainsi comme des alternatives valables et tout aussi efficaces pour les énergies fossiles devenant ainsi les fils conducteurs de la fameuse - et tant attendue - transition énergétique et technologique.

Repères

Projet de centrale hybride 
En octobre 2020, l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN) a annoncé le développement d’une centrale hybride photovoltaïque/éolienne destinée à alimenter une usine d’hydrogène vert d’une capacité d’électrolyse d’environ 100 MW. L’agence envisage de finaliser l’étude de faisabilité début de l’année prochaine avant de lancer, durant la même année, le processus de pré-qualification. L’adjudicataire du marché devra être annoncé en 2022 pour une mise en service commerciale du site entre 2024 et 2025
Commission nationale d’hydrogène
En juillet 2020 a été annoncée la création d’une commission nationale d’hydrogène qui aura pour mission de diriger et d’assurer le suivi de la réalisation des études dans le domaine d’hydrogène, et d’examiner la mise en œuvre de la feuille de route de production de l’hydrogène vert et ses dérivés. Une commission scientifique, issue de la commission nationale d’hydrogène, veillera à l’élaboration des orientations stratégiques, et à l’identification des projets pilotes pour la mise en œuvre de la feuille de route dédiée.

  


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